Les dernières tribulations de Kukoi Samba Sanyang : Un destin mouvementé jusqu’au pied de la tombe

Kukoi Samba SanyangSon enterrement s’est passé comme il a vécu : dans la turbulence. Depuis son décès le mardi 18 juin, Doudou Mouhamed Sagna plus connu sous le nom de Kukoi Samba Sanyang n’a rejoint sa dernière demeure qu’hier vers 20 heures.

La cérémonie funéraire a été un vrai casse-tête chinois et un véritable parcours du combattant pour sa famille qui a fait des pieds et des mains pour décrocher le permis d’inhumer. Le Quotidien a surpris à Thiaroye une véritable course contre la montre. Top chrono d’une journée fertile en émotions et rebondissements.

Dans la touffeur de la banlieue dakaroise, le quartier de la Rochette niché en plein cœur de Thiaroye abrite la demeure de Oumar Tamba, oncle maternel de Kukoi Samba Sanyang. Dans la modeste demeure, le deuil du fils est soutenu dans l’honneur et avec un courage non feints. Chez les habitants, les parents proches, amis et voisins qui squattent la bâche à l’entrée de la demeure et la cour, les sentiments sont contenus. Pas d’affliction exagérée. Oumar Tamba, le maître de maison, patriarche et oncle du défunt accueille avec simplicité : un petit protocole sans effusions superfétatoires. On devise tranquillement sur l’homme que fut Kukoi.

Ici, rien ne tranche avec les autres maisons endeuillées. Vers 14 heures, le riz à la tomate apprêté avec de la viande est servi à la ronde. Les plats sans fioritures sont bien dégustés. Les conversations vont leur train et avec empressement les proches s’emploient à corriger la version rabâchée par le gouvernement sur la vraie nationalité de Kukoi. Ici, on ne comprend toujours pas comment cette évidence (la nationalité sénégalaise de Kukoi) a pu être mise en doute et donner suite à une «regrettable histoire». Sur les frêles épaules de Oumar Tamba pèsent la lourde charge de «laver l’image de son neveu» et la preuve de sa «sénégalité».

Lui opère avec méthode et ne veut pas emmêler les pinceaux. Il avertit : «Je ne peux pas vous parler pour le moment parce que je suis très occupé. Je dois veiller à ce que le corps soit bien enterré. Alors seulement je pourrais parler parce que je suis d’accord sur le principe. Il faut que les Sénégalais soient édifiés.»

Mais dans la foule affligée, les choses sont très claires : «Le gouvernement sénégalais a fauté dans les grandes proportions. Il était inconcevable de chasser Kukoi vers le Mali. Son état de santé ne lui permettait pas un tel déplacement. D’ailleurs, lui-même avait averti les autorités sur sa condition physique.»

15 heures. Le vieux Oumar Tamba est scotché à son téléphone et le sourcil encore plus froncé. Le permis d’inhumer, document administratif sans lequel l’enterrement n’est pas autorisé, coince encore. Jusque-là les proches parents et amis patientent. Le statu quo qui persiste jusqu’aux environs de 17 heures avait fini par excéder la famille du défunt qui ne com­prend pas que le sésame pose autant de problèmes.

Malgré tout, le cortège s’ébranle vers l’hôpital de Pikine situé à un peu plus d’un kilomètre pour la levée du corps de Kukoi. A l’entrée de la morgue, les préposés à la sécurité filtrent les personnes. Devant le bâtiment qui abrite la morgue, les pourparlers pour disposer du corps du défunt commencent. Tout semble bien parti avant qu’on ne leur oppose un niet catégorique.

Course contre la montre

Sagna, un de ses parents est en rogne. Il dresse son réquisi­toire : «Kukoi a toujours été fatigué. Il a été tellement tourmenté dans sa vie qu’il est maintenant temps qu’on le laisse en paix. Depuis ce matin, je tourne en rond pour un permis d’inhumer qui ne devrait même pas poser de problème. Depuis mardi, il est décédé et on lui empêche de pouvoir enfin reposer en paix. Il est mort, quel mal peut-il causer ?» Pendant cinq jours, Oumar Tamba et Sagna ont arpenté les coursives de l’administration sénégalaise pour décrocher le permis d’inhumer.

Dans l’entrelacs des autorités à intervenir gambergent le préfet, le maire, le ministre des Affaires étrangères, le ministère de l’Intérieur, le Premier ministre. Les parents du défunt ont ces derniers jours valsé entre la préfecture et la mairie. Sagna n’y com­prend plus rien : «On nous a dit que le Premier ministre avait fait une sortie et qu’il fallait attendre par la suite. Il a dit que Kukoi n’est pas Sénégalais, mais sait-il au moins où il est né ?»

Excédée, la famille finit par lâcher un ultimatum : «Si on ne nous livre pas le corps avant 18 heures, on ameute la presse et on va faire des déclarations retentissantes. Ils nous l’ont tué et maintenant, ils ne veulent pas l’enterrer. Ils ont été bernés par Yahya Jammeh.» La tension grimpe à vue d’œil. Pour Oumar Tamba, qui prend son mal en patience devant la morgue, le souci est d’enterrer le cadavre avant la tombée de la nuit.

Ces événements cachent mal la résurgente question dans cette affaire. Kukoi Samba Sanyang est-il Sénégalais ? Chez les Tamba et autres proches parents la question prête au mieux à un sourire, au pire, elle arrache un rictus de mépris doublé d’une cinglante repartie : «Mais bien sûr qu’il est Sénégalais ! Il est né ici de parents sénégalais et a fait ses études ici. Qu’on laisse enfin Kukoi tranquille.»

Trompe-la-mort

Ici, on raconte des sourires contrits la saga d’un homme au destin fécond en rebondissements. Au milieu de ces requiem improvisés transparaît une surprenante question. «Kukoi est-il bien mort ?»

La question pour extraordinaire qu’elle paraisse trouve sa justification dans des épisodes de la vie de Kukoi. Doudou Mouha­med Sagna c’est aussi l’histoire d’un trompe-la-mort qui s’est toujours gaussé du rendez-vous fatal, esquivant les coups de la faucheuse. Plusieurs fois donné pour mort, maintes fois ressuscité Kukoi Samba Sanyang inquiète aujour­d’hui.

Les conversations tenues en messe basse racontent qu’en Gambie le doute est permis sur son décès. Mais son oncle affirme mordicus : «Je ne prêterai jamais à une pareille mascarade. Mon neveu est bel et bien décédé. D’ailleurs, j’ai fait venir ses enfants qui sont là.» Cette fois-ci, l’auteur du coup d’Etat en Gambie en 1981 n’a pas manqué le rendez-vous avec la mort, au Mali.

Il est 19 heures 10 minutes, quand le corps sort enfin de la morgue de l’hôpital et est introduit dans l’ambulance. Là encore, pas de crises de larmes. Juste un journaliste gambien appréhendé par la sécurité pour avoir pris des photos du cadavre à l’intérieur de la morgue.

Son fils enfin «entre ses mains», la famille Tamba s’élance dans un cortège vers le cimetière de Yoff. Là-bas, la prière mortuaire est rapidement expédiée. Dans le cimetière, sa tombe l’attend, prête à l’accueillir. Le corps de celui qui fut Kukoi Samba Sanyang est sorti de son cercueil en bois blanc verni tapissé intérieurement d’une plaque en aluminium.

Des prières sont psalmodiées. «Cette journée a été comme la vie de Kukoi, toujours faite de turbulences. Il en a été ainsi toute sa vie durant», prononce sur un ton sentencieux un parent. Après les dernières pelletées de sable sur la tombe, repose à jamais sous la terre de Yoff, celui qui, jusque dans la mort avait continué à donner du fil à retordre. Il faisait 19h 40 minutes.

abasse@lequotidien.sn

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