Bourses universitaires : Mary Teuw Niane annonce des ruptures

Dans cette deuxième et dernière partie de l’interview qu’il a accordée au journal Le Quotidien, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche parle des bourses et des nouvelles réformes qui entourent leur distribution. Entre autres, Mary Teuw Niane indique que les bourses vont permettre d’inciter les étudiants à aller dans les filières scientifiques et qu’il y aura désormais une discrimination positive en faveur des étudiants qui ont des bacs scientifiques.MAryTeuwNiane

Pensez-vous que la mesure de payer pour des étudiants dans le privé puisse être pérenne dans des pays comme le Sénégal ?
Nous n’avons pas le choix pour une durée donnée. Vous avez remarqué tout à l’heure le retard que nous avons en infrastructures. Ce retard, nous ne pouvons pas le rattraper en une année. Nous avons un plan de construction, l’Etat met un montant énorme au niveau du Bci, 21 milliards en 2014, 23 milliards en 2015, 26 milliards en 2016, 21 milliards en 2017. C’est important. Mais ces bâtiments, nous allons commencer à les réceptionner à partir de 2015 jusqu’en 2022. Il y a même des bâtiments qu’on a terminé dans les universités existantes et certainement d’autres qu’on va recevoir dans ces universités-là autour de 2015.
Il y a l’Université virtuelle du Sénégal qui va démarrer en janvier et qui n’a pas besoin de beaucoup de murs. Elle a juste besoin de temps pour prendre de l’ampleur. Mais tout cela ne suffira pas pour pouvoir absorber tous les bacheliers, si nous voulons rester dans cette dynamique de remobiliser l’université pour qu’elle ne soit pas seulement la meilleure université francophone d’Afrique, mais aussi la meilleure université africaine.

Cette ambition n’est possible que si nous faisons baisser l’effectif de l’Ucad de 75 000 étudiants à 50 000 ou 60 000 dans les 5 prochaines années. Il faudrait aussi qu’on renforce le plateau technique de cette université et le taux d’encadrement. C’est ça qui fait qu’il faudra sans doute, pendant une période donnée, chaque année prendre une part d’étudiants et les confier aux établissements privés d’enseignement supérieur. Il faut sortir d’un tabou qu’on a hérité du système français, qui dissocie le public du privé. Ce dont le Sénégal a besoin, c’est des diplômés compétents et qualifiés. L’élève sénégalais, qui a son baccalauréat, est un citoyen à part entière. Qu’il soit dans le public ou le privé, l’Etat a la même responsabilité sur lui et doit faire en sorte que ses études soient de qualité.
C’est la raison pour laquelle, pour alléger le public, l’Etat prend ses responsabilités et les prendra avec beaucoup de retenue, avec beaucoup de soucis d’équité, parce qu’en réalité, quels sont ces enfants qui ne sont pas orientés ? Les gens ne se posent pas la question ? Ce ne sont pas mes enfants, ni ceux des enseignants encore moins ceux de la bourgeoisie. C’est les enfants qui nous viennent de la campagne et des banlieues. C’est des enfants qui nous viennent de familles qui ne sont pas aisées. C’est ces enfants qui, en général, sont là au mois de février-mars, et n’ont pas la possibilité d’aller quelque part. Et c’est de l’équité que de leur donner la possibilité de réussir leurs études. L’Etat aurait pu dire : «On va pousser les facultés à les prendre.» Mais les facultés sont déjà surchargées.
L’Etat y a pensé, parce qu’il y a des infrastructures en cours. C’est vrai qu’elles ont mis du temps à être achevées, mais cette année toutes ces universités vont être achevées. Par exemple, je vous dirai simplement qu’à l’Université Gaston Berger (Saint-Louis), de nouveaux amphithéâtres vont être réceptionnés. Nous leur avons viré l’argent pour l’achat de tables-bancs, les équipements de labos et tout. Ils vont réceptionner deux amphithéâtres : un de 1 000 places et un auditorium de 1 000 places, pratiquement 20 salles de classe et une vingtaine de bureaux. On va démarrer la construction d’un R+2, c’est dans le cadre du Budget consolidé de l’Etat. La Banque mondiale, dans le cadre du Pgf / Sup (Projet de gouvernance et de financement de l’Enseignement supérieur), a aussi finalisé le projet de construction de l’Ufr des sciences de l’éducation et de la formation, d’un montant de 3 milliards de francs Cfa.
A Bambey, les bâtiments pédagogiques ont été réceptionnés, les pavillons d’hébergement ont été aussi réceptionnés et là aussi, Bambey a 3 milliards, dans le cadre de ce projet pour la construction de locaux pédagogiques. C’est la même chose pour Thiès et pour Ziguinchor. Ces universités vont monter en puissance, mais nous allons quand même assurer beaucoup plus d’équité.

C’est la raison du retour à l’orientation centralisée. Dakar ne peut pas être là à prendre des milliers et des milliers d’étudiants, alors que vous avez un département dans une université de région et qui a un taux d’encadrement d’un enseignant pour peut-être dix ou quinze étudiants. Il faut rééquilibrer cela. De la même façon aussi, un département ne peut pas prendre par exemple 100 étudiants dans le public et à côté, en fonction des services, en prendre 500, ce n’est pas admissible.
L’Etat va jouer son rôle de régulateur pour que, de manière générale, tenant compte des propositions des institutions d’enseignement supérieur, qu’on ait une équité dans la répartition de nouveaux bacheliers entre les différentes institutions. C’est ce que facilitera d’ailleurs la plateforme campusen.sn, en plus d’avoir facilité aux élèves leur préinscription et sans doute leur orientation.

Envisagez-vous de supprimer l’aide allouée aux étudiants un jour ?
Nous ne supprimons rien ! Mais ce qui va changer, c’est le rôle de la bourse. La bourse sera là pour que l’étudiant réussisse.  La bourse sera là pour que les bons étudiants puissent être soutenus, pour que les étudiants issus de familles pas aisées puissent aussi être soutenus, pour que des étudiants qui ont des handicaps et les filles puissent être plus soutenus. Si nous prenons les nouveaux bacheliers, les bourses vont être subdivisées en deux catégories : les bourses pédagogiques et les bourses sociales.
On donnera 80% des bourses entières pour des raisons pédagogiques et 20% pour des raisons sociales. Pour les demi-bourses, on donnera 60 % pour des raisons pédagogiques et 40% pour des raisons sociales. Et les bourses vont aussi permettre d’inciter les étudiants à aller dans les filières scientifiques. Il y aura une discrimination positive en faveur des étudiants qui ont des bacs scientifiques.

Maintenant, dans la dynamique de bourses, le renouvellement des bourses va dépendre des résultats. Quand quelqu’un a une bourse et ne réussit pas, il doit s’attendre, s’il avait une demie-bourse, de la perdre, s’il avait la bourse entière, à perdre la moitié. Si quelqu’un n’avait pas de bourse ou qui a une demie-bourse réussit, il doit s’attendre, s’il le demande, à ce que sa bourse soit revalorisée. Quelqu’un qui a une bourse et qui n’est pas assidu en classe, dès lors qu’il a atteint le nombre d’absences qui fait qu’il ne fera pas d’examen, il doit s’attendre à ce qu’on lui coupe la bourse.
Aussi, au sein de l’espace universitaire, si l’étudiant fait une infraction et est traduit en conseil de discipline, sa bourse sera suspendue. S’il est fautif, sa bourse sera supprimée, et si bien sûr il n’est pas fautif, sa bourse sera rétablie. C’est des mécanismes pour que l’étudiant qui a une bourse sache que la bourse n’a qu’une fonction, c’est de l’aider à réussir. C’est ce qui se fait dans tous les pays du monde ! Pour les bourses vers l’étranger, nous allons aussi changer les données. Nous voulons que notre pays soit une plateforme régionale de formation. Nous ne pouvons pas inciter nos étudiants à aller, de manière débridée, à l’étranger.

Nous avons des bourses d’excellence. Ces bourses sont dédiées aux étudiants qui ont le baccalauréat avec mention Bien ou Très bien. Ce sont nos meilleurs élèves. Quand ils veulent aller étudier dans un autre pays, on doit s’attendre à ce qu’ils aillent étudier dans les meilleurs établissements, mais pas dans des établissements secondaires. Si on doit envoyer nos étudiants en France, ils doivent aller dans les classes préparatoires. C’est là-bas où va l’élite des bacheliers français. Donc, c’est là-bas où doivent aller nos étudiants, sinon ils restent au Sénégal et on leur donne une bourse d’excellence nationale. S’ils doivent aller au Canada ou aux Etats-Unis, ils doivent être dans le top 10 des universités de ces pays. Dès lors qu’on veut renforcer notre système universitaire national, il faut inciter les étudiants à rester chez nous, dans les filières qui existent au Sénégal. Je dois lancer un appel à l’élite de ce pays, que ce soit l’élite politique, intellectuelle et technocratique, bourgeoise, parce que c’est eux qui envoient leurs enfants à l’étranger pour l’essentiel, pour qu’ils fassent confiance à nos institutions d’enseignement supérieur. En tout cas, l’Etat ne les encouragera plus à le faire.

Mais faudrait-il que toutes les conditions soient réunies pour qu’ils laissent leurs enfants ici… 
Mais elles sont réunies ! La preuve d’ailleurs : nous avons des espaces d’excellence. Tout n’est pas mauvais. Dans chaque institution que vous voyez, il y a des gens excellents. Mais pourquoi les gens viennent de partout pour intégrer notre Faculté de médecine ? C’est parce qu’ils sont bons.

Cela n’empêche pas qu’il y ait beaucoup de médecins chômeurs…
Mais ça c’est une autre affaire. Ils pouvaient provenir des universités étrangères et être aussi des chômeurs. L’essentiel, c’est que nous avons des espaces et on peut les améliorer. Le patriotisme veut aussi qu’on contribue au renforcement de ces structures d’enseignement supérieur, parce que tout le monde reconnaît que c’est la base du développement. C’est là où on forge l’esprit patriotique pour s’engager pour son pays. Donc, c’est ça notre nouvelle politique de bourse.
A propos des bourses doctorales, il ne sera plus question d’envoyer des étudiants faire trois, quatre ans à l’étranger. C’est une façon de les mettre sur une rampe d’exode. Nous allons développer nos laboratoires de recherche, renforcer la formation doctorale et nos écoles docto­rales. Ces étudiants doivent être ancrés dans une école doctorale et maintenant par des systèmes de convention et de cotutelle, être liés à des laboratoires avancés à l’étranger et l’Etat va leur donner des bourses en alternance. Ils font six mois au Sénégal et six mois à l’étranger et quand ils ont terminé, ils viennent soutenir leur thèse au Sénégal, parce que c’est le Sénégal qui a financé leurs études. Maintenant, libre à quelqu’un qui a ses propres moyens d’aller à l’étranger.
C’est la même chose avec le système Lmd, qui est la grande mobilité. L’Etat va faire des facilités à nos étudiants qui sont en Master, particulièrement en Master 2 et qui ont besoin de faire un semestre ou un stage pour une expérience professionnelle. Cette possibilité peut vous être offerte à l’étranger. Par exemple, pour ceux qui font anglais, pourquoi ne pas aller faire un semestre en Gambie, au Ghana ou encore au Nigeria ? Pour ne citer que les pays africains. Cela peut être aussi en Europe, etc.
Quelqu’un qui fait la haute technologie, pourquoi ne pas aller dans un labo avancé faire un semestre et faire son projet de fin d’études là-bas ? Le Sénégal leur offrira cette possibilité, qui n’existe pas aujourd’hui. Donc, c’est une réforme des bourses pour inciter au travail, à la réussite, mais aussi inciter l’étudiant à rester au Sénégal, tout en étant ouvert au monde.
Fin

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