Liste unique du khalife, absence d’écoles publiques et de la Douane… : Les statuts spéciaux de Touba

La loi n°2010-11 du 28 mai 2010, dans son article 2, institue la parité absolue homme-femme dans les institutions, totalement ou partiellement électives. «Les listes de candidature sont alternativement composées de personnes des deux sexes. Les listes de candidature doivent être conformes aux dispositions ci-dessus sous peine d’irrecevabilité», précise-t-on.

Dans la future commune de Touba-Mosquée, cette disposition n’est pas respectée avec l’unique liste de 100 conseillers municipaux à élire le 29 juin. Voilà qui remet au goût du jour le débat sur le statut de la ville rurale et religieuse de Touba. En tout état de cause, dans les textes- qui ne le disent pas spécifiquement puisque de portée générale-

Touba est comme les autres. Mais dans la pratique et la réalité, elle est une collectivité pas comme les autres. Le débat avait déjà ressurgi avec la légalisation du magal de Touba en jour férié. Qui l’était déjà. Touba a donc toujours été un statut spécial avec ses «statuts spéciaux».

1er statut : le khalife «élit» les élus
Du point de vue de son mode de fonctionnement, cette communauté rurale est unique en son genre au Sénégal. En effet, depuis la réforme administrative de 1972, Touba a un statut très particulier. Pour l’élection des conseillers ruraux, c’est une liste du khalife général et sans concurrence qui est la seule valable. Et cela s’est confirmé lors des Locales du 22 mars 2009, où des personnalités comme Madické Niang et Abdoulaye Babou, en plus des descendants de Serigne Touba, ont été «élus» conseillers ruraux. Tout comme pour les municipales et départementales du 29 juin, c’est en vertu du pouvoir «discrétionnaire» du khalife qu’il n’y a pas eu d’autres listes. Les femmes ne sont pas représentées comme le dispose la loi sur la parité. Dans cette communauté rurale, le président du Conseil rural peut être changé à tout moment, sans élection, mais par la seule volonté du marabout. C’est ce qui s’est passé avec Serigne Mourtalla Mbacké qui a été remplacé par Abdoul Ahad Kâ. 

2ème statut : un village… urbain
Touba est aussi spéciale en ce sens qu’elle est la deuxième agglomération urbaine du Sénégal après Dakar, mais dont la population serait à 90% composée de ruraux. Ce poids démographique fait de la cité religieuse une convoitise politique incontournable. Un bassin électoral que les différents partis et chefs de parti se disputent sans modération dans l’espoir d’obtenir un ndigël (consigne de vote). Mais aussi une sorte de recours pour les personnalités de tous genres.

L’on se souvient de la bataille de Touba entre le régime libéral incarné par Abdoulaye Wade et l’opposition et la société civile réunies dans le Mouvement du 23 juin. Ou encore la course entre les candidats Macky Sall et Abdoulaye Wade pour un ndigël en 2012. C’est aussi la première destination des hauts fonctionnaires en quête de bénédiction. Toutes choses qui expliquent la «spécialité» de Touba décrétée par l’Etat.

Fallou Touré, ancien vice-président du Conseil rural, estimait que le statut actuel de Touba est un «frein au développement» et Ibrahima Kâ, ancien secrétaire communautaire de Touba Mosquée, dans une contribution dans un journal de la place, écrivait : «Touba, village centre de l’arrondissement de Ndam, compte plus d’un million d’âmes, ses équipements n’offrent point le décor d’un village, étiquette qu’on lui colle à tort. Sur le plan architectural, elle  offre l’image d’une grande ville tant la poussée de majestueuses maisons, centres commerciaux, structures bancaires et financières, ne donne point l’impression que la ville sainte est le chef-lieu d’une communauté rurale qui renvoie le plus souvent à une image rustique.

La cité religieuse compte plus de banques et d’institutions financières que les régions de Diourbel, Kaolack, et Louga réunies. Les agences bancaires et financières à Touba dépassent  en nombre celles de la ville de Pikine qui est cependant un chef-lieu de département. Une communauté rurale avec deux hôpitaux dont un de niveau 1 n’est pas fréquente à voir. La voirie est l’une des plus dotée en matière de routes bitumées, de réseaux d’assainissement et d’éclairage public moderne. Une tête de village avec un corps de ville est la métaphore qui colle la mieux à Touba.»

3ème statut : absence de certains services de l’Etat
Touba, qui est la capitale de la collectivité locale du même nom, bénéficie de fait d’un statut d’exterritorialité pour les corps de l’Administration. La douane est absente, ce qui n’est pas sans conséquence dans la recrudescence de la contrebande. Si la gendarmerie y a été implantée dans les années 1980 sur demande de Serigne Abdoul Ahad Mbacké, la police, elle, ne l’a été qu’en 2005 et avec le qualificatif «police spéciale». L’on se souvient de la délicate affaire Khadim Bousso. Sans le feu vert de Serigne Saliou Mbacké, l’opération d’intervention des Forces de l’ordre pour faire arrêter le défunt n’aurait pas eu lieu. 

4ème statut : pas d’école publique 
Mais Touba, c’est aussi l’exception de l’implantation de l’école française et la promotion des daaras (école coranique). L’école élémentaire de Ndam est un bémol. Les parents sont obligés d’amener leurs enfants poursuivre leurs études à Mbacké. Abdoulaye Wade avait regretté d’avoir annoncé l’accord du khalife général des mourides d’alors, Serigne Mohamadou Lamine Bara Mbacké qui, disait-il, lui avait donné son feu vert pour le retour de l’école publique à Touba. Une «véritable révolution» pour le prédécesseur de Macky Sall que le porte-parole du marabout, Serigne Bassirou Abdou Khadre, avait vite fait de démentir. «Le mouridisme n’a pas l’habitude de regarder dans le rétroviseur, surtout quand il s’agit d’interdits.

C’est une confrérie basée sur le ndigël (consigne) que seul son chef en l’occurrence le Khalife général a les pleins pouvoirs de décréter, voire de donner à ses talibés. Mieux, c’est une continuité. On ne peut pas concevoir qu’un khalife prédécesseur ait décidé d’interdire une chose, et cela quelle que soit sa nature, et que son ou ses successeurs acceptent d’y revenir», avait-il dit dans les colonnes du journal Le Quotidien. La réaction avait soufflé un vent de «disgrâce» pour le Président qui pensait déjà à sa réélection en 2012. 

5ème statut : Touba et la gratuité de l’eau 
Touba est spéciale en ce sens que la consommation de l’eau est gratuite. Pour une population estimée en 2010 à 1 million 584 mille 132 habitants, il est difficile d’offrir l’autosuffisance en eau et surtout potable. Les autorités religieuses, conscientes de ce fait, ont lâché du lest en prônant une autre façon dans la gestion du liquide précieux. C’est pourquoi Serigne Cheikh Bara Maty Lèye, au nom du khalife, avait estimé l’année dernière qu’«il est temps que chaque maison ou concession participe, selon sa consommation, à la gestion de l’eau» et le président du Comité eau-initiative de Touba (Ma’ou Rahmaty), Serigne Cheikh Aliou Mbacké, d’ajouter qu’«il est difficile de gérer la gratuité et l’anarchie». Mais la gratuité étant un des ndigël, les réticences ne manquent pas.

«Les gens n’ont pas l’habitude de payer l’eau à Touba et on ne peut pas venir brusquement leur demander de payer le liquide précieux. Il faut, de manière intelligente, leur inculquer les bonnes habitudes», avait plaidé Serigne Cheikh Aliou Mbacké aux autorités. Un début de solution provisoire est envisagé avec la réalisation d’un forage baptisé Serigne Saliou Mbacké, pour faire face au casse-tête de la pénurie d’eau lors du grand magal. Ce, en attendant les forages à Darou Salam Darma (27 km de la ville) pour «amener de l’eau douce à Touba et permettre à ceux qui voudront payer de se brancher sur ce réseau».

  • Écrit par  Boucar Aliou DIALLO & hamath KANE

badiallo@lequotidien.sn 
hamath@lequotidien.sn

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