La crise Ebola : l’Afrique et le risque de quarantaine

AfricaMap-sunset1Emmanuelle Hervé – CEO d’Astrolab Consulting, était l’invitée de l’émission « Les décodeurs Eco » sur BFM Business le lundi 8 septembre 2014 dans le cadre de l’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique depuis le début de l’année.

Débutée en mars 2014 avec l’apparition de cas en Guinée, au Libéria, en Sierra Leone et au Nigeria, cette épidémie menace une grande partie de l’Afrique de par son impact sanitaire, économique et médiatique. Face à l’absence de vaccin et à une propagation de plus en plus rapide du virus, les pays touchés voient se développer une méfiance grandissante à leur égard, à tel point que l’on parle d’un risque de mise en quarantaine de l’Afrique. Comment en est-on arrivé là ? Quel est le rôle de la communication face aux enjeux de santé publique qui ont un impact considérable sur la réputation des pays touchés ?

Dès le début de la crise, la communication des Etats et des Organisations Internationales a été défaillante, attisant la méfiance des populations. Face à un nombre de cas de plus en plus élevé au début 2014, les Etats ont dans un premier temps minimisé l’ampleur de la catastrophe. Il est vrai que les épidémies précédentes n’ont fait qu’un nombre limité de morts dans des Etats d’Afrique Centrale uniquement.

Si le Centre National de Références des Fièvres Hémorragiques français a admis avoir minimisé les faits, l’OMS est également à pointer du doigt pour ne pas avoir tiré le signal d’alarme plus tôt. Ce retard a entrainé une perte de confiance de la part des pays étrangers, et surtout de la part des entreprises investissant en Afrique, qui mettent en avant le laxisme des gouvernements mal conseillés.

De plus, on constate une totale absence de scénarios d’escalade, qui consistent à anticiper les évolutions possibles d’une crise pour en tirer des leçons. Si ce manque de moyens au niveau national peut s’expliquer par les baisses de dépenses dans le domaine de la santé publique imposées aux Etats africains par le FMI et la BAD, elle reste problématique en ce qui concerne les instances mondiales (OMS, CDC) qui n’ont pas su apporter leur expertise. Le New York Times du 3 septembre révèle que le Département de réaction aux épidémies et aux pandémies de l’OMS a même été dissous, laissant la place à un nombre réduit d’experts.

De même, la faiblesse des gouvernements des principaux Etats touchés (Liberia, Sierra Leone) impacte de manière significative leur capacité à mettre en place des plans d’action au niveau local. Sans moyens de financement, les politiques de secours restent peu structurées. Rappelons que ces Etats font partie des pays les plus pauvres au monde. Le gouvernement du Liberia a d’ailleurs annoncé que le pays était « gravement menacé » dans son existence même, manquant « d’infrastructures, d’expertise et de ressources financières ».

Des lacunes dans la communication de crise sont à pointer du doigt : tardive, malhabile et souvent floue, elle n’a pas permis de prévenir de manière efficace les populations quant à l’évolution de la maladie et à sa nature même, créant ainsi de nombreuses psychoses et rumeurs au sein de la population locale peu éduquée sur les risques sanitaires. La question de la culture locale n’a pas été intégrée, de même que les communautés qui auraient pu relayer l’information. Cette communication limitée est à mettre en contraste avec celle d’Etats voisins. Instruits par l’expérience malheureuse des pays touchés, ils ont décidé de prendre les devants : le gouvernement du Togo, pays encore non contaminé a organisé début septembre une réunion avec les médias. Ce dialogue a permis de faire émerger des propositions pertinentes qui vont être appliquées dans l’ensemble du pays. Au Sénégal, on informe de manière massive sur les risques liés à la consommation de gibier de brousse.

Aujourd’hui, la situation n’est toujours pas contrôlée, et le suivi de santé reste trop faible pour contenir le nombre grandissant d’infectés.

Le Sénégal a vu son premier cas apparaître, et même si celui-ci a été guéri, le pays subit désormais la méfiance internationale comme tous ceux chez qui l’épidémie est présente. La discussion a démontré le caractère inutile et même nocif de la quarantaine contre l’Afrique à court terme. A moyen terme, les effets peuvent être encore plus dévastateurs sur les relations entre les entreprises et les pays africains.

C’est maintenant ou jamais qu’il faut faire preuve d’empathie, écouter leurs besoins, se montrer disponibles et maintenir l’amitié et la confiance avec ces Etats et leurs populations. Cela peut nécessiter de faire preuve d’innovation pour continuer à fonctionner afin de préserver la sécurité des personnels. L’important est de conserver le lien.

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