Attentat à Charlie Hebdo : la vidéo « amateur » était falsifiée

Vingt minutes  seulement après le départ des hommes responsables de l’attaque de Charlie Hebdo, la chaîne I-Télé diffusait  déjà les premières images -confuses et saccadées- de l’évènement.   

À 11h47, le vidéaste à l’origine de ces images -capturées depuis le toit de l’immeuble- avait posté ce tweet : 
boudot11h47 

Journaliste de l’agence Premières Lignes, Martin Boudot apparaît curieusement (vers 0’33) dans la vidéo qu’il aurait pourtant lui-même filmé  -aux alentours de 11h40. 

  
 
  

Sollicité  ensuite par CNN et BFM TV au sujet de son scoop, Boudot a tenu une étrange déclaration sur l’antenne de RMC. Lors de son entretien (réalisé -en direct- le lendemain matin) avec Jean-Jacques Bourdin, le jeune homme, issu de la promotion 2008 de l’École publique de journalisme de Tours, a ainsi affirmé incidemment (à 11’50) qu' »on connaissait bien le responsable de la maintenance » qui fut abattu -en premier – par les terroristes. 

 

Problème : l’homme en question -dénommé Frédéric Boisseau et salarié de Sodexo- effectuait là son premier jour dans l’immeuble dans lequel se côtoyaient, depuis l’été dernier, les équipes de Charlie Hebdo et de Premières Lignes. 

 

Détail troublant : le patron de Boudot a exprimé la même contre-vérité, à deux reprises. Interviewé  en fin de soirée sur CNN puis le lendemain par une chaîne canadienne, Paul Moreira -fondateur de l’agence dirigée  aujourd’hui par son collègue Luc Hermann  (tous deux dans l’image ci-dessus)- a également prétendu bien connaître -et même « apprécier »– Frédéric Boisseau dont il dit l’avoir croisé « chaque matin ». 

 

Boudot et Moreira auraient-ils pu confondre Boisseau avec un autre technicien? Peu probable : le nom et le visage de la première victime des terroristes étaient connus dès le soir de l’attentat, soit plusieurs heures avant leurs déclarations respectives et factuellement impossibles. 

Une vidéo retouchée 

Quoi qu’il en soit de la motivation des propos affabulatoires tenus par le tandem Boudot-Moreira, une chose est certaine : tout le monde a vu, partiellement ou intégralement, les images du jeune homme, reprises et diffusées par l’ensemble des chaînes de télévision -dès le mercredi 7 janvier, à midi. 

Voici un extrait plus long, monté par la rédaction de France 24. 

  
 

Autre extrait : celui retransmis par le JT de 13h de France 2. 

  
 
  

La plate-forme Dailymotion du groupe France Télévisions a également mis en ligne deux versions similaires de la vidéo amateur de Martin Boudot. 

  
 
  
 

Même réactivité au sein du groupe TF1: à 13h24, LCI diffusait ces images, également commentées, dans le même temps, par Jean-Pierre Pernaut. Le JT de 20h n’a pas manqué de les diffuser, à l’instar de son concurrent France 2. Dans le journal télévisé de David Pujadas, le journaliste Franck Génauzeau, en charge du sujet, a prononcé ainsi (à 10’15) ce commentaire au sujet de la séquence affichée ci-dessous : « Il y a deux hommes sur cette image ». 

20hF2

C’est faux. 

En réalité, il y en a quatre : deux terroristes (au milieu de la rue) et, visibles juste au-dessus, deux inconnus -debouts sur une terrasse. 

La palme de l’entourloupe revient ici à BFM TV : lors de son entretien avec Martin Boudot, la chaîne (dont la vedette Ruth Elkrief   fut la première à interviewer Jeannette Bougrab  dans son nouveau rôle -problématique – de veuve éplorée de Charb) n’a pas hésité à diffuser des images cerclées des terroristes. Conséquence : les deux inconnus, déjà réduits à deux points noirs vaguement mobiles, ne risquaient plus ainsi de susciter l’éventuelle attention du téléspectateur. 

  
 
  

La présence de ces hommes (également visibles, plus nettement, à gauche de l’image ci-dessous) avait déjà été soulignée par Panamza dans une enquête publiée le 22 janvier. 

L’un d’entre eux serait un ouvrier polonais  responsable d’une autre vidéo « amateur », obtenue par l’agence Reuters et diffusée le 13 janvier par la plupart des médias télévisés. 

  
 
  

Aujourd’hui, il est possible d’affirmer que l’activité et l’identité de ce vidéaste -présent lors de ce moment crucial- ont été délibérément occultées par la presse traditionnelle. 

Le samedi 31 janvier, un média américain, dénommé Vice News, a mis en ligne une interview du caricaturiste Luz. Ce membre de l’équipe rescapée de Charlie Hebdo y donnait son sentiment sur les conséquences de l’attentat pour l’avenir du journal. 

  
 
  

À 2’42, une séquence visuelle de l’entretien saute aux yeux : on y découvre la qualité inédite d’un extrait de la vidéo de Martin Boudot.  
vicenews

Le contraste est saisissant : depuis le 7 janvier, les images filmées par Boudot et diffusées par l’ensemble des chaînes (y compris étrangères, comme CNN et Sky News) semblaient -au regard de leur aspect flou- avoir été capturées avec un ancien téléphone portable. 

En réalité, il n’en était rien : le document obtenu par la correspondante parisienne de Vice News révèle, pour la première fois, un format visuel digne des smartphones modernes. 

D’où cette question : pourquoi les chaînes de télévision ont-elle diffusé une version dégradée du document -pourtant historique- de Boudot? 

Plus précisément : hormis la qualité esthétique, quelle différence fondamentale y-a-t-il entre la version bas-de-gamme, diffusée par tous les grands médias télévisés depuis le 7 janvier, et la version haut-de-gamme, uniquement relayée par un web-magazine US relativement confidentiel en France?  

Réponse : la visibilité d’une anomalie. 

En l’occurrence : l’image intriguante de cet homme debout dont on apprendra, une semaine plus tard, qu’il s’agissait d’un ouvrier polonais en train de filmer -en toute décontraction- deux terroristes tirant sur des policiers, juste en dessous de lui. 
vicenewstopo 

Dans les images diffusées par TF1 et ses homologues, ce vidéaste était un point noir à peine mobile. Dans la vidéo de Vice News, il apparaît davantage grâce à la qualité de cette version du film. 

Pourquoi avoir caché l’existence de cet individu? Après tout, il s’agissait là d’un témoin direct de la fuite des terroristes. Son propre récit, accompagné des images qu’il a lui-même capturées et qui seront finalement relayées (six jours plus tard) par Reuters, aurait suscité, en temps normal, le vif intérêt de la corporation journalistique hexagonale. 

Étrangement, tel ne fut pas le cas. 

Reste à savoir qui est à l’origine de cette altération volontaire de la vidéo : le journaliste Martin Boudot, son agence de presse (Premières Lignes), les chaînes récipiendaires du document ou un mystérieux intermédiaire ? Un fait est acquis : s’il n’existe évidemment pas de « main invisible » capable de commander secrètement tous les organes de la presse écrite et audiovisuelle, une influence contraignante et passée sous silence s’exerce néanmoins dans la plupart des redactions importantes. Elle provient de la DGSE, bastion du contre-espionnage français. 

D’après des journalistes du Canard enchaîné et du Point  à l’origine d’une brillante enquête intitulée L’espion du Président (parue en janvier 2012), des agents secrets sont bel et bien installés -sous couverture- dans les médias de masse afin de pouvoir orienter -en amont- la réalisation de tel reportage sensible ou de censurer -en aval- la diffusion de telle information jugée compromettante pour la sécurité nationale. 

La DGSE est-elle alors responsable du brouillage de la vidéo de Boudot? Et, si oui, pourquoi?  

 

Coïncidence : son directeur actuel, dénommé Bernard Bajolet, a perdu son ancien garde du corps dans l’attentat de Charlie Hebdo. Franck Brinsolaro, chargé de la protection de Charb, avait également assuré celle de Bajolet lorsque celui-ci était ambassadeur de France en Afghanistan. Détail à souligner : Bajolet, dont le mandat expire l’an prochain, est actuellement en conflit avec ses adjoints. Parmi ces derniers, un personnalité prochedu Conseil représentatif des institutions juives de France : Christophe Bigot, ex-ambassadeur de France en Israël, admirateur  du purificateur ethnique  David Ben Gourion et nouveau directeur de la stratégie au sein de la DGSE. 

À la recherche de Janek 

Quant à l’homme quasi-flouté dans la vidéo de Boudot, il s’est évaporé dans la nature après avoir remis ses propres images à Reuters. 

Sollicités par Panamza, ses employeurs ont éludé la question de l’identité précise de cet individu censé être un ouvrier polonais, présent ce jour-là sur un chantier de travail – en l’occurrence, le toit d’un petit immeuble situé juste en face du 10, rue Nicolas Appert.
terrasse070115toitbis

Le premier interrogé à ce sujet fut David Dahan, patron de la compagnie initialement en charge des travaux. Juste après avoir entamé notre échange en ayant mentionné le prénom -« Janek « – de cet ouvrier, la communication téléphonique s’est brutalement interrompue. Rappel effectué, Dahan me fit simplement savoir -sans davantage d’explication- ne plus être impliqué dans ce chantier et me proposa de me mettre en relation avec « monsieur Geoffroy », propriétaire du bâtiment. Aussitôt contacté, ce dernier s’avéra, à l’inverse, particulièrement volubile : son discours, rôdé au mot près, consista sommairement à m’exprimer son indignation à propos de Janek, « renvoyé manu militari » du chantier pour avoir vendu une vidéo capturée depuis le chantier sur lequel il était censé travailler. Les deux hommes ne seraient plus en contact. 

J’ai voulu en savoir plus sur l’individu qui donna à Janek l’accès au toit de son bâtiment. Contrairement à ce que laisserait penser la formule employée par Dahan, son nom de famille n’est pas « Geoffroy ». Il s’agit de son prénom. 

En consultant et en recoupant les archives  en ligne de la Ville de Paris, j’ai ainsi découvert que l’homme en question -qui n’a pas exactement le profil-type du propriétaire parisien lambda- se nomme Sciard. Geoffroy Sciard. 

Co-fondateur d’un hôtel chic et gay-friendly du IIIème arrondissement de  Paris, ce pimpant quadragénaire, autrefois « responsable de développement d’une association humanitaire » et gérant d’une agence immobilière située près des locaux de Charlie Hebdo, est le filsd’Alain Sciard, ancien capitaine de vaisseau  (notamment le sous-marin L’Africaine) devenu co-dirigeant, de 1967 aux années 80, du CNEXO (un établissement public dévolu à l’étude stratégique des mers).  Aux côtés de Claude Riffaud, ex-responsable du Service Action de la SDECE (ancêtre de la DGSE), il était notamment affecté à la question de l’armement maritime. Particularité du retraité-bricoleur et ex-militaire Alain Sciard, restée inexpliquée à ce jour : durant les années 1983-1986, il avait été mis sur écoutepar l’Élysée. 

Son fils, Geoffroy, se distingue aujourd’hui sur un autre plan : celui de ses liens singuliers avec le puissant clan Dassault. 

En décembre 2013, Geoffroy Sciard a ainsi vendu un éminent domaine viticole  dont il était co-propriétaire avec son frère Thibaut : le Château Faurie de Souchard. L’heureux acquéreur : le viticulteur d’à côté, dénommé Laurent Dassault. 

Depuis 1955, les familles Sciard et Dassault possèdent, exactement l’une face à l’autre, des vastes terrains viticoles à Saint-Émilion. Geoffroy Sciard a géré le domaine familial de 2006 à janvier 2014 avant de le céder à Laurent Dassault, lui-même à la tête du Château Dassault depuis 1994. 

emilion 

Quatre mois après la transaction opérée entre les frères Sciard et Laurent Dassault, cadeau-bonus : l’entrée du groupe Dassault (à hauteur de 15%) dans le capital de la société de gestion fondée et co-dirigée par Thibaut Sciard. Proximité renforcée : le patron de la Financière Dassault, dénommé Olivier Costa de Beauregard et désormais co-actionnaire de Delta-AM,  est également celui qui a pris les rênes -au nom de Laurent Dassault- du domaine viticole qui avait appartenu aux Sciard. 

  
 

La spécificité de Laurent Dassault, fils du sénateur UMP Serge Dassault  et dirigeant d’Artcurial (première maison française de vente aux enchères) mais également vice-président  d’un groupe familial richissime  (sixième fortune de France) et partenaire de la DGSE?  

  
 

Sa connexion étroite avec le complexe militaro-industriel israélien. 

Proche de plusieurs personnages  influents  de la mouvance  sioniste hexagonale (notamment David, Benjamin et Éric de Rothschild  ainsi que Patrick Drahi, patron de la chaîne israélienne i24news) et longtemps soutien financier de Nicolas Sarkozy, Laurent Dassault cultive, outre des liens familiaux en Israël, des relations intimes avec de redoutables affairistes locaux (parmi lesquels Stef Wertheimer) et de nombreuses figures de la classe dirigeante de Tel Aviv, notamment à la droite de la droite. 

L’homme est ainsi administrateur   d’un fonds d’investissement dirigé par Edouard Cukierman  (par ailleurs porte-parole  de l’armée israélienne), aux côtés -entre autres- de Roger Cukierman  (président du Crif) et de Yair Shamir  . Membre d’un parti israélien ultra-nationaliste, ce dernier, fils de l’ancien Premier ministre et agent du Mossad   Yitzhak Shamir, a récemment démissionné  du gouvernement Netanyahou en raison d’un scandale de corruption impliquant des responsables de son groupe. La revue Intelligence Online présente cet ex-militaire haut-gradé comme le « lobbyiste israélien de Dassault en Israël ». Détail cocasse: son parti d’extrême droite, présidé par le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, s’est récemment distingué en faisant la promotion de Charlie Hebdo dans les rues de Tel Aviv. 

  
 

En novembre, Laurent Dassault avait co-organisé, en compagnie de Gilles-William Goldnadel  et Claude Goasguen, une cérémonie en hommage  au général Pierre de Bénouville, un homme célébré  par la nébuleuse sioniste pour avoir transgressé l’embargo  -décrété en 1967 par de Gaulle- de toute vente d’armes à destination d’Israël. 

Nulle surprise à cela : en 2008, le quotidien israélien Haaretz   avait consacré un portrait au promoteur zélé de Bénouville. D’après la journaliste Ora Coren, Laurent Dassault « se voit lui-même dans la continuité » de son aïeul, Marcel Dassault, qui, « lors de la naissance de l’Etat, arma Israël avec ses premiers avions ». 

Résumons : à l’origine de la vidéo -étrangement filmée sans crainte d’être atteint par une balle- dans laquelle l’un des assaillants de Charlie Hebdo (bientôt partis en direction d’un local parisien utilisé par l’armée israélienne) déclame -l’index gauche en direction du ciel- avoir « vengé le Prophète« , un mystérieux Polonais anonyme, flouté par les médias télévisés et évaporé aujourd’hui dans la nature, était employé par une connaissance commerciale et familiale -de longue date- de Laurent Dassault, multimillionnaire ultra-sioniste connecté à la branche militaire et radicale du régime de Tel Aviv. Et tandis que la chaîne israélienne i24news fut la première au monde à « révéler » la double nationalité franco-algérienne des auteurs désignés de l’attentat, le Premier ministre Benyamin Netanyahou n’a pas tardé à exploiter politiquement un évènement « terroriste et islamiste » dont il avait lui-même annoncé, le 7 août dernier, les contours et l’imminence. 

Concours de circonstances ou pièces peu à peu rassemblées d’un puzzle complexe ? 

Dans tous les cas, l’histoire de Janek évoque irrésistiblement celle d’un autre ouvrier immigré : le Tchèque Pavel Hlava. 
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En compagnie de son employeur Mike Cohen  (tous deux dans l’image ci-dessus), l’homme avait affirmé avoir filmé accidentellement (comme les frères Naudet, aujourd’hui documentaristes officieux  pour le compte  de la Maison Blanche) les deux crashs des avions dans le World Trade Center, ce 11 septembre 2001. À l’instar de Geoffroy Sciard, Cohen aurait reproché ultérieurement à son ouvrier -également évaporé depuis dans la nature- d’avoir vendu ses images aux médias. 

  
 

À ce jour, une seule chose est certaine : la terrasse aux rebords blancs depuis laquelle Janek avait capturé sa vidéo a disparu. 

Panamza s’est procuré des images -capturées le 24 janvier-  de l’état du chantier entamé l’été dernier et visiblement terminé. 
sciard1 

Surprise, surprise : l’installation qui a permis de filmer confortablement le départ tonitruant des terroristes -ainsi capturé sous le meilleur angle- n’est plus. 

Ce qui semblait constituer une terrasse a finalement laissé place à un toit gris et dorénavant hermétique. 
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HICHAM HAMZA  

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