LINA HUSSEINI : ‘’ Le Joola n’a pas servi de leçon’’

Lina Husseini Editrice Les Editions Athena

Lina Husseini Editrice Les Editions Athena

Amoureuse des mots et militante de la liberté, elle est devenue au fil des ans, une figure incontournable de l’univers du livre et des idées à Dakar. Activiste jusqu’à l’os, ce bout de femme s’est toujours battue pour que vive le débat, tous les débats. Ancienne propriétaire de la Librairie Athéna, elle avait fait de son espace un lieu d’échange très prisé.

Des groupes comme Y’En A Marre, honni en 2012, avait trouvé refuge chez elle. Et d’autres encore… Elle, c’est Lina Husseini. Depuis Octobre 2013, la libraire est devenue éditrice associée à Patrice Auvray auteur de ‘’Souviens-toi du Joola’’ (éditions Globophile) rescapé du fameux ferry assurant la liaison Ziguinchor-Dakar qui a sombré le 26 septembre 2002 aux larges des côtes gambiennes.

A l’occasion des 13 ans du naufrage du Joola, c’est en citoyenne amoureuse mais lucide qu’elle revient au cours de l’échange qui suit sur ce triste événement. La plus grande tragédie de l’histoire du Sénégal et un des naufrages les plus dramatiques et meurtriers du monde avec ses 2 000 morts. 

1 3 ans après le triste naufrage, que retenez-vous de cet évènement ? Qu’est-ce qui revient constamment à votre esprit lorsqu’on évoque le Joola ? 

Beaucoup d’encre a été utilisé pour expliquer le comment et le pourquoi de cette tragédie. Je n’y reviendrais pas. Mais ce que je retiens, en mettant de côté les responsabilités concernant l’état du bateau, que ceux qui étaient informés n’ont pas agi, en mettant aussi de côté le fait qu’il était chargé à plus de 3 fois sa capacité, est que les victimes n’ont été secourues par personne ! Sachant que jusqu’au petit matin, et même beaucoup plus tard, puisqu’un enfant a réussi à sortir du bateau seul vers 11 heures, beaucoup de victimes auraient pu être sauvées. Cela m’attriste, mais surtout me révolte ! 

‘’Beaucoup de victimes auraient pu être sauvées. Mais elles n’ont été secourues par personne ‘’ 

Qu’est ce qui est à l’origine de cette absence de secours ? 

Les victimes n’ont été secourues par personne ! Secourues par personne ! Ni par ceux que nous payons pour assurer notre protection, ni par la France qui en avait les moyens matériels… Par personne ! Et tous les prétextes avancés pour justifier cette non action sont déplacés, hypocrites, inhumains. Chaque fois que j’exprime cette révolte, des amis me disent  » Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé « … 

Il est difficile de revenir en arrière, mais les sénégalais ont –ils tirés les leçons de cette tragédie pour l’avenir ? 

Les sénégalais se sont dits après le Joola ‘’ Plus jamais ça’’. Malheureusement ce slogan est resté slogan et ne s’est jamais traduit dans leurs conduites. Peut-être le temps d’enterrer les 

victimes. Nous citoyens sénégalais, nous n’avons rien tiré comme leçon de ce triste épisode car l’incivisme demeure dans notre comportement au quotidien, l’irrespect des codes de sécurité est flagrant à tous les niveaux. En simples exemples : 

* Sur la route, les chauffeurs font fi de toutes les règles élémentaires de sécurité : respect des feux, utilisation des clignotants, respect des priorités et tout cela au vu et au su des autorités compétentes qui sont pourtant là !! Tenez, ces jours-ci, j’ai vu les cars de Dakar Dem Dik, géré par un Etat sensé nous protéger dans une situation de délabrement inquiétant. Comment passent-ils les visites techniques ? Devons-nous soulever un autre problème, celui des passe-droits et arrangements qui conduisent également à des évènements tragiques ? 

* Combien de fois avons-nous vu des personnes traverser sur l’autoroute en sautant par dessus le parapet plutôt que d’emprunter le pont destiné à cet effet qui est juste au dessus ! 

* Sans compter les autorisations de construction délivrées pour des habitations qui ne sont pas aux normes et, ou dans des zones inhabitables…. 

Aujourd’hui, 13 ans après le naufrage du Joola, nous en sommes au même point en termes de respect des normes de sécurités ! 

‘’Nous n’avons rien tiré comme leçon de ce triste épisode car l’incivisme demeure’’ 

Les sénégalais ont-ils oublié le Joola ? 

Chaque fois qu’un évènement tragique survient (crash de scooter, incendie de véhicule de tourisme, accident de cars rapides – dire que cars rapides et ndiaga ndiaye sont hors d’âge est un truisme !!!! – effondrement d’immeubles…), nous nous souvenons et évoquons le Joola, mais nous ne faisons rien de plus. Nous, nos enfants, parents, amis, victimes du Joola ou pas, méritons mieux ! 

Le tableau que vous dressez est noir : Que faire ? 

Nous devons impérativement bousculer nos habitudes laxistes, tout d’abord par une campagne de communication agressive initiée par les autorités, médias et organismes compétents, ensuite par une réelle présence dissuasive des forces de l’ordre, et même si pour cela la sanction doit être de mise ! 

‘’Arrêtons de rejeter le tort sur l’autre, de dire l’enfer c’est les autres et de dire « Il a décidé ». Devenons adultes et responsables’’ 

Qu’est-ce-qui explique ce laxisme ? 

Le paraître est la première chose qui prime au Sénégal pourtant toutes et tous savons qu’aucune civilisation ne s’est construite grâce à l’apparat et au clinquant ! Certains de nos 

voisins nous l’ont prouvé et pourtant… ils étaient très loin de notre potentiel de développement. Arrêtons de rejeter le tort sur l’autre, de dire l’enfer c’est les autres et de penser « Il a décidé, Yalla mo ko déf ». Devenons adultes et responsables ! Nous le devons aux victimes emportées par la chaine de négligences et de dilettantisme ayant conduit au naufrage du Joola ! 

Venons-en au monde de l’édition dans lequel vous évoluez désormais, des livres parlant du Joola sont sortis, notamment venant de votre associé Patrice Auvray. Comment se comportent –ils et comment sont-ils accueillis par le public ? 

Nous avons fait paraître deux titres « L’espoir immergé » d’Ibrahima Ndaw père de 3 petites filles qui étaient à bord du Joola et « L’Au-delà Casamance » de Patrice Auvray rescapé de ce naufrage. Ces 2 recueils de poèmes sont dérangeants autant par l’émotion qu’ils suscitent que par les sentiments exprimés par Patrice et Ibrahima. Ces recueils ont reçu des critiques très positives de femmes et d’hommes de lettres mais aussi de lecteurs. 

Combien d’auteurs avez-vous signé depuis la création des Editions Athéna il y a deux ans ? 

Notre catalogue compte aujourd’hui onze titres et à paraitre avant la fin de cette année nous en prévoyons deux autres. 

Nous sommes très honorés de chaque auteur/écrivain qui nous a fait confiance surtout lorsqu’on connait le parcours et la notoriété de chacun d’entre eux. 

Je vous laisse découvrir nos écrivains et vous comprendrez pourquoi je suis en amour pour eux! 

Que faut-il faire ou avoir pour intéresser Editions Athéna ? 

Il faut avoir bien écrit (rires). Plus sérieusement, nous recherchons et mettons en avant des auteurs qui ont des émotions, des valeurs, des histoires hors du commun à partager, et qui ont ce « quelque chose en plus » dans leur expression, dans leur désir de partager qui n’est pas ordinaire. 

Hier libraire, aujourd’hui éditrice, vous êtes toujours dans l’univers du livre expliquez-nous la différence s’il y’en a, entre les deux métiers ? 

Ce sont deux métiers différents mais avec des dénominateurs communs : l’amour du livre, l’amour des écrivains et de ce qu’ils expriment et comment ils l’expriment sans oublier dans les deux cas, une volonté pour un travail rigoureux et acharné. Nous avons la chance d’être entourés d’écrivains, d’auteurs extraordinaires de générosité, de talents… 

Si vous avez en face de vous un enfant que lui diriez-vous pour susciter en lui la passion du livre et de la lecture ? 

Tout d’abord, avant de lui dire quoi que ce soit, je prendrais un conte ou un livre destiné aux enfants de son âge et soit je lui lis l’histoire, soit je le lui mets entre les mains. Ensuite je lui 

dis que j’aimerai avoir ‘’son’’ avis. Et là, comment ne pas se sentir intéressé ? Et aussi extraordinaire que cela puisse paraître, les enfants décryptent de manière plus originale et sont plus enclins à aimer les livres, il suffit de leur en offrir. Et mon avis est qu’un enfant qui lit ou à qui nous racontons des histoires, est plus armé, plus vif qu’un enfant qui passe son temps devant la télévision. 

Mais pour finir, je dirais que les jeux aussi sont importants pour le développement d’un enfant et quand je dis jeux ce ne sont pas obligatoirement des jeux « intellectuels » mais jouer aux billes, à 1 2 3 soleil, au ballon prisonnier… Donc arrêtons, nous les adultes, pour « avoir la paix », de les mettre devant la télévision ! 

Propos recueillis par Amadoo Dieng Contacts: Amadou Bator Dieng amadoudieng@kirinapost.com
www.kirinapost.com 

Lina Husseini athena.edif@gmail.com
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