Audition Izadine Mahamat Haroune, victime présumée de l’ex-n°1 tchadien : «Habré m’a dit : ’’Toi, tu ne reconnais même pas le Président, tu es vraiment un ennemi’’»

Hissein Habré

Hissein Habré

Le témoin du jour s’appelle Izadine Mahamat Haroune. Cet homme âgé aujourd’hui de 63 ans est revenu sur les circonstances de son arrestation.

Il était accusé avec son oncle marabout de travailler mystiquement pour le compte de la bande à trois : Idriss Deby, actuel Président du Tchad, Hassan Djamous et Abbas Gody. Il a dit avoir été interrogé par l’ex-Président du Tchad, Hissein Habré.

La Chambre africaine extraordinaire d’assises a recueilli le témoignage de Izadine Mahamat Ha­roune. Ce témoin s’est constitué partie civile dans ce procès de l’ex-homme fort de Ndjamena ouvert à Dakar depuis juillet dernier.

Il était un cultivateur à l’époque des faits. Il s’activait aussi durant la saison sèche dans l’importation et la vente de motos à Ndjamena. Les services de la Direction de la documentation et de la sécurité (Dds) ont mis fin à ses activités. Il fut arrêté le 17 avril 1987 à minuit chez son oncle Zakaria Faky par un certain Abdellah Gagaya et conduit manu-militari à la Dds. 

Son interrogatoire portait sur les activités de son oncle Zakaria Faky, grand marabout et imam. Le régime de Habré accusait en effet Izadine Mahamat Haroune et son oncle de recevoir et de travailler mystiquement pour le compte de la «bande à trois» à l’époque composée de Idriss Deby, l’actuel Président du Tchad, de Hassan Djamous et de Abbas Gody tous tombés en disgrâce. Izadine Maha­mat niait toutes les accusations. Mais ses réponses n’avaient pas satisfait les militaires. 

Emprisonné, ligoté, tabassé, le témoin dit avoir reçu des décharges électriques avant d’être transféré au Camp des Martyrs. Après un bref séjour dans cette prison, il est re-convoqué et réinterrogé toujours sur les activités de son oncle.

«Pourquoi Idriss Deby, Hassan Djamous et Abbas Gody fréquentaient votre oncle ?», interrogeait Abdellah Gagaya. «Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que beaucoup de monde venait voir mon oncle», répondait Izadine Maha­mat.

Ensuite, ce sont quatre militaires et Guihini Korei qui sont venus le prendre. Le visage encagoulé, il est embarqué dans un véhicule vers une destination inconnue. Conduit dans une chambre, les militaires lui enlèvent la cagoule. En présence de Guihini, un homme en cafetan blanc est venu lui poser des questions. «Qui est le Président du Tchad ?», questionnait-il. «El Hadji Hissein Habré», répondait le prisonnier.

«Tu es devant Hissein Habré et tu ne le reconnais pas. Tu es vraiment un ennemi», disait Habré qui griffonnait quelques mots sur une fiche avant de quitter la chambre, relate le témoin. «C’est à cet instant que j’ai réalisé que l’homme qui était en face de moi était bien Habré et que l’endroit où j’étais était la Présidence », confesse le témoin devant la barre. 

Izadine Mahamat Houroune retourne en prison à la Dds. Torturé de nouveau, privé de nourriture, il tombe malade et dit n’avoir reçu aucun soin. Le seul repas dans cette prison est servi à 17 heures et il «s’agit du sorgho périmé avec des insectes morts et de petits cailloux avec un petit verre d’eau», précise le témoin.

«Mou­rant», Mahamat Haroune est transféré à la prison dite des «Locaux» où il rencontre son oncle marabout Zacharia Faky arrêté lui aussi deux jours après son neveu. Le témoin évoque la mort de beaucoup de codétenus durant son séjour carcéral.

«9 sont morts en un seul jour. Des talibés et leur maître sont également morts ainsi qu’un journaliste du nom de Akaye», témoigne-t-il. Sa vie se déroulait ainsi jusqu’aux accords signés entre Acheikh Ibn Omar et Hissein Habré intervenu le 19 novembre 1988.

Haroune est libéré en mars 1989 avec son oncle et Clément Abaifouta, le président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (Avcrhh) et d’autres prisonniers. 

A la suite de Haroune, la Cour a reçu la déposition de Ousmane Abakar, un ancien combattant des Forces armées populaires (Fap) du Gouvernement d’union nationale de transition (Gunt) de Goukouni Weddey.

La présumée victime est revenue sur la bataille de Faya Largeau en juin 1983 à laquelle lui-même a participé et au cours de laquelle il a été capturé et fait prisonnier et transféré à la maison d’arrêt de Ndjamena. 

Ngoundji DIENG
ndieng@lequotidien.sn

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