Ceuta, fragile frontière européenne dépendante du Maroc

La route espagnole des migrants a connu un regain d’activités depuis le début de l’année. A Ceuta, l’Espagne compte sur le Maroc pour contrôler une frontière fragile et très convoitée.

Le calme est revenu à Ceuta. Les 17 et 20 février, plus de 800 migrants subsahariens avaient franchi les grillages de la ville espagnole enclavée au nord du Maroc. Depuis, sur la route qui y mène depuis l’aéroport de Tanger, situé à 70 kilomètres, les automobilistes doivent franchir trois barrages de gendarmerie, et croisent une trentaine de fourgons de police ainsi que de nombreux gardes ruraux qui sillonnent deux par deux la forêt qui surplombe l’enclave.

Sans ce déploiement des forces de sécurité marocaines, la frontière de Ceuta, comme celle de Melilla, l’autre ville espagnole située non loin, pourrait-elle être protégée de manière effective ? « C’est une frontière fragile, reconnaît le maire-président de la ville autonome, Juan Jesus Vivas. Comme toutes les frontières extérieures de l’Union européenne [UE], avec la spécificité d’être, avec Melilla, la seule frontière terrestre de l’UE en Afrique. Et, comme ailleurs, nous ne pouvons pas faire face à l’immigration illégale seuls. Nous avons besoin de la collaboration des pays de transit. »

Depuis la mort par noyade de quinze personnes qui tentaient de regagner à la nage la plage du Tarajal, en février 2014, les gardes civils de Ceuta, visés par une enquête judiciaire, se plaignent du manque de soutien des autorités espagnoles. Ils n’ont plus le droit d’utiliser des balles de gomme et des fumigènes contre les migrants.

Expulsion immédiate

« Si le Maroc n’agit pas, nous ne pouvons rien faire, tranche le porte-parole de l’Association unifiée de gardes civils, Omar Mohamed. Nous dépendons à 90 % de lui. Quand le Maroc baisse la garde, les migrants s’organisent, et que pouvons-nous faire face à plusieurs centaines d’hommes décidés à passer, armés de pierres, parfois de barres de fer ? »

Non seulement le Maroc, dont les méthodes de répression sont plus dures, est indispensable à l’Espagne si elle veut stopper les migrants avant qu’ils ne commencent à escalader les grillages de barbelés aux lames tranchantes, hauts de six mètres. Mais sans sa coopération, il est impossible d’expulser aussitôt ceux qui réussissent à passer l’obstacle par des portes aménagées dans les grillages, comme l’a légalisé l’Espagne en 2015 après une vive polémique.

Est-ce à dire que les assauts des 17 et 20 février ont été rendus possibles du fait d’une faiblesse du Maroc ? Les autorités espagnoles se gardent bien de l’affirmer tant elles sont soucieuses de maintenir les meilleures relations possibles avec leur voisin. « Parfois, le Maroc est dépassé par le phénomène, préfère assurer une source officielle locale. Et les migrants ont repéré une faille dans notre système de surveillance, que nous avons renforcé depuis : une zone où le terrain escarpé empêche leur détection suffisamment en amont. » « Nous devons faire confiance à nos relations loyales avec le Maroc, renchérit M. Vivas. Avoir de bonnes relations avec lui est notre priorité absolue. »

« Des pierres et des bâtons »

La question, cependant, n’est pas anodine. Plusieurs observateurs, journalistes et ONG locales estiment que Rabat pourrait avoir volontairement laissé passer les migrants. Une forme de représailles après la remise en cause par l’Europe de la possibilité pour le Maroc de commercialiser des produits agricoles et des ressources énergétiques provenant du Sahara occidental, un territoire au sud du Maroc sur lequel ni l’Union européenne ni les Nations unies ne reconnaissent la souveraineté de Rabat.

Lire aussi :   « Le Maroc est en train de modifier sa stratégie sur le Sahara occidental »

Le 6 février, le ministre de l’agriculture marocain, Aziz Akhannouch, avait en effet déclaré à l’agence espagnole Efe : « Comment voulez-vous que nous fassions le travail de bloquer l’émigration africaine et même marocaine si, aujourd’hui, l’Europe ne veut pas travailler avec nous ? Pourquoi allons-nous continuer à jouer les gendarmes (…) ? Le problème de l’émigration est très coûteux pour le Maroc, et l’Europe doit l’apprécier à sa juste valeur. »

« Il y avait très peu de policiers du côté marocain le 17 février », observe Omar Mohamed. Ce que confirment les migrants. « Il y avait beaucoup moins de policiers marocains que la première fois où j’ai essayé de passer, raconte Abdulrahim Ba, qui se présente comme un Guinéen de 17 ans. Ils n’étaient pas plus d’une vingtaine. On les a surpris parce que dans la brousse, ils ne nous avaient pas repérés. On avait des pierres et des bâtons. On a grimpé, cassé les grilles. On était 600, ils ne pouvaient pas nous en empêcher. L’Europe, c’est la chance d’avoir une vie meilleure, de fuir la pauvreté et de continuer mes études. » Il dit être parti de chez lui il y a huit mois.

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Un migrant africain à bord du ferry le menant à Algeciras, en Andalousie, le 23 février. Il a réussi à franchir la frontière à Ceuta et a peut désormais poursuivre sa route en Europe.

Après quelques semaines au centre d’accueil, les migrants sont transférés dans des centres de rétention de l’autre côté du détroit de Gibraltar. S’ils ne sont pas rapatriés dans les soixante jours, ils sont laissés libres et la plupart d’entre eux poursuivent alors leur périple vers le nord de l’Europe. Depuis le début de l’année, la route espagnole des migrants a connu un regain d’activité. Près de 850 personnes sont entrées en janvier et février par Ceuta et Melilla, et 1 200 ont rejoint les côtes andalouses par la mer.

« Douze tentatives » avant d’y parvenir

A 24 ans, Alassane Mariam explique avoir quitté son pays d’origine, la Gambie, il y a deux ans puis être resté neuf mois en prison en Libye et trois mois en Algérie avant d’arriver au Maroc. Il a essayé « plus de douze fois » de franchir la frontière avec l’Espagne, avant ce jour de février : « Un ami m’a appelé pour me dire qu’il n’y aurait pas beaucoup de police, et que c’était sûr pour passer. » « On savait que, trois jours avant, les Guinéens étaient passés, et on a profité de cette occasion », ajoute un Camerounais qui répond au surnom de Private, entré le 20 février après six tentatives.

Autour d’eux, la plupart refusent de parler des conditions de leur passage « pour ne pas nuire à ceux qui attendent encore en forêt » le meilleur moment pour trouver une brèche. Mais il n’y reste « plus grand monde », explique Helena Maleno, à Tanger. Militante au sein de l’association d’aide aux migrants Caminando fronteras (« en parcourant les frontières »), elle revient d’une visite de routine en forêt pour apporter de l’aide médicale et observer les atteintes aux droits des migrants. « La police marocaine les a délogés brutalement, raconte-t-elle. L’Espagne attend d’elle qu’elle fasse le sale boulot… »

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