October 19, 2017
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À chaud Kenya: la Cour suprême casse l’élection présidentielle

Des irrégularités dans la tenue du scrutin ont conduit la Cour suprême à annuler l’élection. Une décision historique.

C’est une première dans l’histoire du pays. La Cour suprême du Kenya a tout simplement rayé d’un trait l’élection présidentielle du 8 août. La commission électorale indépendante avait proclamé la victoire du président sortant, Uhuru Kenyatta, avec 54,27% des voix, mais son rival historique, Raila Odinga, avait dénoncé des fraudes et saisi la plus haute juridiction du pays. Après deux semaines d’auditions et de délibérations, les juges ont tranché ce vendredi matin : des «illégalités et irrégularités ont affecté l’intégrité de l’élection», qui «n’a pas été conduite en accord avec la Constitution». Son résultat est donc «invalide et nul», et un nouveau vote doit être organisé sous deux mois. La décision de la Cour a été prise à une majorité de quatre juges (sur six).

A l’annonce de l’annulation du scrutin, les supporteurs du vieil opposant ont déferlé dans les rues de la capitale, Nairobi, pour crier victoire. Le bâtiment de la Cour suprême a été placé sous haute protection. Ce retournement de situation inattendu vient soudainement raviver les tensions entre les partisans des deux adversaires politiques. Vingt et une personnes avaient été tuées dans la répression des manifestations et des émeutes au cours de la semaine qui avait suivi le scrutin. Et le pays reste traumatisé par les tueries post-électorales de 2007-2008, qui avaient fait plus de 1 100 morts. Des milliers d’habitants de Nairobi ont quitté la ville par peur des violences.

Après avoir été battu en 1997, 2007 et 2013, Raila Odinga, 72 ans, à la tête de la coalition de Super Alliance Nationale, entrevoit-il sa revanche? En 2013, son recours devant la Cour suprême avait été rejeté. Cette fois-ci, sa plainte portait notamment sur le piratage supposé du système informatique de la Commission électorale indépendante (IEBC), à l’aide des identifiants du Chris Msando, le directeur du pôle technologique de l’IEBC, retrouvé mort – après avoir été torturé – une semaine avant le scrutin. L’opposition reprochait également à la Commission d’avoir trop tardé à publier de nombreux procès-verbaux de bureaux de vote et circonscriptions, les seuls à faire légalement foi. Ce laps de temps avait pu, selon eux, permettre la falsification de plus de 5 millions de bulletins.

Ce vendredi matin, Odinga a aussitôt mis la pression sur la Commission électorale en affirmant n’avoir «aucune confiance» dans sa capacité à conduire une nouvelle élection. Le président sortant n’a pas encore commenté officiellement la décision de la Cour suprême. Le Kenya, première économie d’Afrique de l’Est, entre dans une période d’inconnu et d’incertitude. Comment le camp Kenyatta va-t-il réagir à ce coup de tonnerre? L’IEBC peut-elle se réhabiliter? Dans deux mois, les résultats seront-ils radicalement différents? Pour la démocratie kényane, le test est immense.

Célian Macé

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