Abdoulaye Diop,champion du monde de karaté : «Le président de la fédé et le DTN sont des incompétents»

Abdoulaye Diop, champion du monde de karaté en 2003, dit «avoir honte» de voir le Sénégal se faire «ridiculiser» chez lui au cours des 15e championnats d’Afrique de karaté, qui ont baissé les rideaux, samedi à Marius Ndiaye.

Ecarté, dit-il, de la sélection en 2010 lors des Mondiaux de Paris, le combattant sénégalais, plusieurs  fois champion d’Afrique, basé à Besançon (France) et à Dakar pour quelques jours, réclame la tête du président de la Fédération sénégalaise de karaté et de son Directeur technique national qui, selon lui, sont les principaux responsables de cette contre-performance sénégalaise.

Avant de rentrer aujourd’hui à Paris, Laye Diop a lancé de gros missiles sur la tête de ces dirigeants. Entretien.

Qu’est-ce qui explique votre non-sélection en Equipe nationale du Sénégal lors des championnats d’Afrique de karaté que notre pays vient d’abriter ?

D’abord, il faut savoir que c’est une histoire qui s’est passée après les championnats du monde en Serbie. Pour les dirigeants, «tu la fermes ou tu dégages». Et moi, je ne suis du  genre à la fermer. Cela peut expliquer mon absence.

Et d’ailleurs, vu les conditions dans lesquelles l’Equipe nationale s’est préparée pour les championnats d’Afrique, je pense que si j’étais là, ça allait être le bordel. Parce que je n’allais pas accepter certaines conditions, comme dormir au stade entre midi et 14 heures sur des nattes  pour après m’entraîner le soir. C’est  minable. Je n’aurais jamais accepté ça. Tous ces trucs font que je dérange.

C’est ce qui fait que lors des championnats du monde à Paris en 2012, ils m’ont écarté de la sélection. Quand je vois ce système-là, je n’ai plus envie de combattre pour ces dirigeants. Je continue cependant à participer à des Opens en France, dans mon club le Centre de sauvegarde à Besançon. Parce que j’étais au Centre de sauvegarde de Fodé Ndao. Je dis donc que je ne combattrai pas pour ces gens-là. Parce que ce sont des incompétents. Je l’ai assez dit. Je pense que tout le monde a vu ce qui s’est passé. Donc si je suis présent à Dakar, c’était surtout pour venir soutenir l’Equipe du Sénégal. Malgré que je ne sois pas d’accord avec ceux qui sont là et qui ont fait que je n’ai plus envie de «compétir» pour cette équipe. 

Comment jugez-vous la performance de l’Equipe du Sénégal au sortir de ces championnats d’Afrique ?

Franchement aujourd’hui, j’ai honte !  J’ai honte du karaté sénégalais. On partait dans d’autres pays où on rentrait avec des médailles d’Or. On ne doit pas prendre la deuxième place chez nous. Vous avez vu la liste des médailles, on a qu’une seule médaille d’Or. Alors que d’habitude on rentrait avec cinq médailles d’Or.  Feu Me Mamadou Diop, que Dieu l’accueille au paradis, les Souleymane Gaye (ancien président de la Fédération de karaté) tous étaient là aux Jeux africains, et on avait le triple de ça. Il y avait une quarantaine médailles, avec trois médailles d’Or.

Je ne parle même pas des médailles d’argent. Et là, c’était à l’extérieur, ce n’était pas dans notre pays. Mais maintenant il y a un entraîneur (Dame Ndao) qui met son système dictateur. Il faut d’abord être  dans ce système. Mais le problème est qu’il est dépassé. Ils sont tous dépassés. Vraiment j’ai honte. Avec mon pays le Sénégal qui est resté six à sept ans sans être au sommet. C’est désolant !

La suprématie de l’Egypte est mise en avant par les dirigeants sénégalais pour dire que c’est logique que le Sénégal se retrouve à cette position ?

Moi je n’ai jamais perdu contre l’Egypte. Ils sont partis en Serbie (championnat du monde en 2010),  on s’est recroisés et on les a encore battus. Nous avons battu l’Egypte après le Japon.  Au Japon, ils étaient troisième, on les a rencontrés en Afrique du Sud, et on les a battus 3-0. Il ne faut pas qu’ils nous tiennent ce discours. Entre nous, on se connaît. Entre nous athlètes, on voit ce qui se passe. Il n’y avait pas que l’Egypte. Il n’y avait pas le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, de grands pays de karaté. Imaginez si on avait tous ces pays-là. Que les dirigeants et techniciens aient le courage de dire qu’on n’a pas été capable de mobiliser les moyens pour s’imposer. Il y a cinq jours à la télé, ils nous disaient qu’ils visaient des médailles d’Or.

Le Mali n’étant pas capable d’organiser les championnats, le Sénégal s’est proposé de le faire. S’ils pensent qu’ils ne sont pas capables, pourquoi ils se proposent d’organiser ces championnats d’Afrique. Quand on avait une bonne équipe, on ne s’est jamais proposé de l’organiser ces dernières années les championnats d’Afrique. Ce sont des incompétents. Qu’est-ce que le directeur technique national (Alioune Diack) peut nous apporter ? Il ne se rend pas aux Opens. Pourquoi l’entraîneur n’est pas venu voir les Egyptiens à l’Open de Paris ? Nous qui sommes des karatékas nous ne sommes pas surpris des résultats du Sénégal. Ces gens-là ne font pas leur travail.  

Justement, on dit que la préparation a posé problème à cause d’un manque de moyens, avec un budget de 108 millions Cfa que le Comité d’organisation avait des difficultés à boucler…

Au Sénégal, il savait depuis longtemps qu’ils devaient organiser les championnats d’Afrique. Et ils ne sont même pas capables de créer une équipe compétitive. Ceux qui étaient là sont de bons combattants, mais il y a une dynamique à mettre en place pour gérer des combattants. Et peut-être même avec moi, on allait perdre car ils ne peuvent gérer un tel événement. Le problème est qu’un jeune athlète, il a besoin de connaître ce qui se fait actuellement. Alors qu’eux ils ne savent pas ce qui se fait actuellement. Ils sont dépassés.

Comment expliquez-vous le geste du directeur technique national, Aliou Diack, qui s’endette pour faire venir les expatriés Maguette Seck et Lahat Cissé ?

Le chargé de la communication  du ministre des Sports a dit que la tutelle avait voulu acheter des billets à Maguette Seck et à Lahat Cissé après la réception d’un email du Dtn. Mais que le président de la Fédération (Mamadou Sarr) a dit que cela n’en valait pas la peine. Parce qu’il ne voulait pas que ces athlètes participent à cette compétition. Quand est-ce que le président (de la Fédération) se mêle des sélections ?

C’est la même raison qui explique l’absence de El Hadji Gaye Ndour. Cela démontre la nature des rapports entre le président et le Dtn qui ne se kiffent pas. Maguette Seck et moi, on s’entraîne dans la même salle en France. A dix ou quinze jours de la compétition, elle ne savait pas si elle allait venir. Elle est là comme Lahat Cissé. Ces jeunes ont été sacrifiés. Peut-être au championnat du monde en Allemagne, ils ne vont même pas les prendre. On lui reproche d’être trop proche de Fodé Ndao. Ils pensent aussi que c’est Fodé qui me fait parler. Je suis adulte, je suis champion du monde de karaté. On m’a envoyé quelqu’un pour me dire qu’il ne fallait pas que je parle à la presse. On m’a proposé de discuter. Discuter pourquoi ? Je ne discute pas avec eux. Ce qu’ils doivent faire c’est de reconnaître leur incompétence de démissionner.  

Sur quel argument vous vous fondez pour dire que le président de la fédération et son Directeur technique ne se kiffent pas ?

Vendredi, j’ai vu le Dtn indifférent alors que le Sénégal se faisait laminer. Il était là tout tranquille. Je ne l’ai même pas vu adresser la parole au président. C’est une bombe à retardement cette fédération. Chacun pose une mine à l’autre. Le Dtn et le président de la fédération ont des rapports tendus. Pourquoi le président ne voulait pas que Maguette Seck vienne. Contrairement au Dtn qui tenait à ce qu’elle participe à ces championnats ? Ils sont en train de gaspiller tout le travail que nos dirigeants et anciens champions ont fait. Ils ont en train de tout démolir juste par orgueil et par intérêt. Le Sénégal a perdu à cause des rapports tendus entre le président de la fédération et son directeur technique national. C’était pourri à l’intérieur. Ça se voit et on ne peut faire du bien avec du pourri.

Sur le plan technique, vous avez aussi des choses à reprocher à l’entraîneur…

Dame Ndao est dépassé. Il est en retard par rapport aux techniques modernes du karaté. On ne peut préparer une équipe comme ça, avec des méthodes archaïques. Vous avez vu les Egyptiens, ils nous ont ridiculisés chez nous. Le karaté a évolué. Je vous jure sur la tête de ma mère, on n’aura rien avec ces dirigeants-là. Ce que je demande c’est qu’ils choisissent  des gens compétents pour gérer la Direction technique. Aujourd’hui, on s’est fait ridiculiser. 

A vous entendre parler, ce n’est pas demain que vous allez revenir en Equipe nationale…

Je combattrai pour le Sénégal que quand ces dirigeants quitteront la fédération. Et on espère qu’ils vont démissionner. On m’a même proposé de combattre pour un pays d’Afrique. Je garde le nom de ce pays pour moi pour éviter des problèmes entre notre fédération et celle de ce pays. Aujourd’hui, les Sénégalais doivent savoir qu’on ne nous dise pas la vérité dans cette fédération. S’ils étaient intéressés par ce qui nous faisait gagner, ils auraient bien gérer les athlètes. Je ne veux pas être ni président ni rien. Je milite pour une bonne gestion de notre Direction technique nationale.

Cette Direction technique est mal gérée. C’est faux si le Dtn dit que l’Egypte a déplacé son équipe sénior pour justifier son échec. Il n’y a que chez les juniors que l’Egypte est championne du monde. Qu’on cesse de nous berner, on n’a pas perdu contre l’équipe championne du monde. Il y a un groupe de combattants égyptiens qui sont venus me voir dans les tribunes pour me dire qu’ils pensaient qu’ils allaient être bouffés par l’Equipe du Sénégal qu’ils connaissaient. Mais que c’est le contraire qui s’est passé. Et que c’est devenu très facile pour eux. Mais que voulez-vous, quand les Sénégalais attendent à dix jours de la compétition pour se mettre en regroupement interne. Vous pensez que cela est sérieux ?

amadoumbodji@lequotidien.sn

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