Abdourahmane Seck dit Homère, sur le Conseil départemental de Rufisque : «Je suis candidat si le parti le veut»

Homère n’est pas maire de sa commune, mais lorgne la présidence du Conseil départemental de Rufisque. Ce responsable de l’Apr devrait faire face à d’autres potentiels candidats comme Arame Ndoye. Mais le beau-père du Président, qui se dit nullement «gêné» par ce titre, compte mettre ses compétences d’urbaniste au service de Rufisque.

Comment expliquez-vous au­jour­d’hui les résultats des élections locales surtout pour la coalition au pouvoir ?

Pour les élections locales, il faut dire que c’est notre parti, l’Apr, qui a eu à créer d’autres problèmes déjà en son sein en allant aux élections de façon dispersée. Mais il faut dire qu’à Rufisque où nous sommes, si nous avons perdu les trois principales communes de la ville, nous avons tout de même gagné le reste et donc le département. Ce qui est sûr c’est que si nous nous étions unis, nous aurions gagné les trois communes.

Qu’est-ce qui explique justement cette dispersion des forces de Bby à Rufisque, comme d’ail­leurs un peu partout ?  

Nous avions la malchance d’avoir un parti qui n’était pas structuré. Je rappelle que le Président Wade était très fort pour ce genre de truc. Le Président Sall avait jugé qu’il fallait s’arrêter au comité. Je vous dirais tout de suite que pendant tout le temps qu’on était dans l’opposition, vous n’avez jamais vu un responsable de l’Apr rejoindre le parti au pouvoir. C’était cela aussi l’objectif. Il fallait donc s’arrêter au comité, qu’il n’y ait pas de débauchage. Nous l’avons réussi. Malheureusement, il y a l’autre côté aussi. A part cela, il y a que nous avons une déformation congénitale. Le parti est né et, sans balbutiement, a commencé à marcher. Naturellement, cela a été un problème pour nous. S’y ajoute donc cette dispersion des forces. Ce n’est plus l’intérêt général ni celui du parti mais les intérêts personnels. 

Conséquences : ceux qui ont perdu ont été sanctionnés, surtout des ministres. Etes-vous d’accord avec cette logique ?   

En fait, en politique, on additionne. Le Président l’avait dit mais je pense qu’il y a des choses à revoir. Dans les endroits où nous sommes faibles, si on affaiblit encore les gens, ça pose problème. Nous pouvons donc réorganiser le parti, c’est déjà un problème, redistribuer les cartes et remettre de l’ordre dans les différentes zones où nous avons perdu. Mais nous sommes au pouvoir et il y a de la place pour tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas ministre qu’on ne peut être autre chose. Etre ministre, c’est pour une durée déterminée et après, on vous appelle ailleurs. C’est ma conception du poste ministériel. Mais on ne peut pas l’être ad vitam æternam. 

Vous avez perdu la ville de Rufisque. Etes-vous intéressé par le Conseil départemental ? 

Oui. Si le parti pense que je peux être le candidat de Benno à la présidence du Conseil départemental -parce que je suis un militant discipliné- je suis prêt à l’assumer. J’ai dirigé la liste majoritaire départementale. J’ai mis mes moyens et j’ai battu campagne avec le ministre Oumar Guèye. Nous avons fait tous les coins du département. En prin­cipe, celui qui dirige la liste majoritaire est censé être candidat.    

Vous étiez aussi tête de liste majoritaire de la commune et vous avez perdu non ?  

Si, j’étais tête de liste majoritaire de la commune de l’Est et nous avons perdu les trois communes (Rufisque Ouest, Rufisque Est et Rufisque Nord) et Bargny. Donc, les quatre communes les plus importantes, nous les avons perdues. Et ce sont les trois maires sortants qui sont restés. 

C’est un échec pour Benno bokk yaakaar ou pour l’Apr ? 

C’est un échec pour Benno et pour l’Apr qui en est la locomotive. Parce que c’est le Président Sall qui dirige Benno. Je pense que cela a été une première pour l’Apr parce que la dernière fois, en 2009, le parti n’était pas encore reconnu. On n’était allés aux élections sous la bannière de Dekkal Ngor. Les gens savent maintenant qu’il ne sert à rien de dire «c’est moi». Nous devons mutualiser nos forces et gagner des élections et, après, on verra. A l’Est où j’étais, il n’y a pas eu de problèmes parce que tout a été fait sous forme de consensus. Il n’y a eu d’élections ni rien du tout. 

Vous avez d’autres potentiels candidats en face de vous. L’an­cien ministre, Arame Ndoye, s’intéresserait aussi à la présidence du Conseil départemental. Qu’allez-vous faire ?

Je crois que nous sommes du même parti et de la même coalition. Mais pour celle que vous avez citée (Arame Ndoye), qui est une nièce à moi, je pense que j’étais déjà candidat de la liste majoritaire départementale. J’ai été l’un des rares responsables à faire campagne entièrement  avec le ministre Oumar Guèye. Il y a des gens qui n’ont même pas fait campagne et qui, aujourd’hui, veulent diriger déjà le Conseil départemental.

Donc, vous avez aussi le soutien de Oumar Guèye ?    

En fait, ce n’est pas une question de Oumar Guèye ou d’un autre. C’est un problème du parti encore une fois. C’est le parti qui doit régler cela. . On nous a demandé d’aller dans le Benno ; je suis dans le Benno. Les gens qui me connaissent, en tout cas en ce qui concerne les listes-là, (savent que) j’étais un fervent défenseur de Benno parce que j’y croyais mais aussi parce c’était une directive du parti.

Mansour Faye, le beau-frère, est à Saint-Louis, Aliou Sall, le frère, à Guédiawaye. On vous dit beau-père du Président, qui veut aujourd’hui le Conseil départemental de Rufisque. Cela ne vous dérange-t-il pas ?   

En ce qui me concerne, cela ne me dérange pas et la raison est simple : je fais de la politique depuis 1976. J’étais un membre du Rnd. Je suis membre-fondateur de la Cdp/Ga­rab- gui. Je fais partie des gens qui, à l’époque, ont eu à faire fusionner la Cdp et le Pds. Avec la Cdp, j’étais candidat aux élections de 1996 à Diourbel pour le compte de l’opposition contre Jacques Baudin. Je suis rentré à  Rufisque parce que je suis de là-bas. Je ne suis pas un Rufisquois qui est venu comme ça ici. J’ai au moins quatre générations de mes parents qui n’ont jamais quitté Rufisque. La deuxième chose est que ce que je demande, je sais le faire parce que lié à ma formation. La troisième chose est que je suis un homme politique et j’ai des ambitions.

Expliquez-nous  ce que  vous voulez faire… 

Le Président Sall a des ambitions pour le département de Rufisque en voulant créer deux pôles urbains. Et il a créé deux délégations générales pour ça. Je salue au passage le ministre Seydou Sall qui est le délégué général que je connais personnellement et qui est un homme compétent. Je dis donc que ce qui peut arranger aujourd’hui le département pour la suite logique, c’est quelqu’un qui pourra donner son mot sur ce qui se passe dans ce département.

A quel titre le feriez-vous ?   

Je veux le faire en tant qu’urbaniste et parce qu’il ne s’agit pas de régler des problèmes classiques comme on le faisait avec les conseils régionaux. Aujourd’hui, l’enjeu est tout autre. C’est la mise en place des deux pôles, déjà un certain réaménagement de la zone du département de Rufisque. Je disais tantôt que vous ne pouvez pas aujourd’hui avoir autant de projets et ne pas penser déjà à tout le département pour qu’il y ait une certaine cohésion dans l’aménagement. Et là, le Conseil départemental a son mot à dire.

Ce sont les projets du candidat au Conseil départemental ? 

En fait, c’est ma vision de la chose. Quand vous prenez la région de Dakar, il n’y a que dans le département de Rufisque qu’on peut évoluer dans le secteur primaire (l’élevage, agriculture, l’horticulture, etc.). Partant de là, la vision doit être plus claire. Je disais que si on ne fait pas attention dans ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui, Rufis­que risque de disparaître ou en tout cas de tout perdre. Ce qui se passe aujourd’hui c’est ce qu’on appelle le phénomène de conurbation. C’est ce qui se passe entre Mbacké et Touba, c’est-à-dire que Touba est plus incontournable que Mbacké qui en est d’ailleurs le chef-lieu de département. Si on ne met pas des hommes qui comprennent bien les choses, l’attraction sera plutôt Diamniadio que Rufisque. Le véritable débat est à ce niveau.

C’est apparemment la volonté d’ailleurs de l’Etat que Diam­niadio soit l’attraction…

C’est vrai, mais il faut aussi que Rufisque ait un rôle à jouer. On dit qu’il est prévu à Diamniadio des ministères. Donc, il faut une autre vision de la façon classique dont les choses ont été traitées.

Vous voulez, pour être plus clair, dirigez le Conseil départemental de Rufisque ?     

Si on me donne cette institution…

Qui est-ce qui décide d’ail­leurs ? N’est-ce pas le Président Sall ?

En fait, on est dans une coalition où déjà les règles ont été définies au départ. Ce qui a fait que moi, j’étais candidat à l’Est, Souleymane Ndoye à l’Ouest et Arame Ndoye au Nord. C’est parce que, lors des élections du premier tour, le candidat Macky Sall avait gagné les trois communes. C’est pour cette raison aussi que Mar Diouf a eu à diriger Bargny parce que Tanor avait gagné les autres collectivités. C’est cela qui a fait que nous étions candidats de Benno. Donc nous avons tous perdu les élections. Sûrement parmi nous, si quelqu’un avait gagné, le cas du Conseil départemental ne se serait pas posé. Cela irait de soi que le vainqueur en question allait être le candidat naturel de Benno. Donc, il y a que le parti au pouvoir avait à proposer un candidat et d’autres candidats sont ressortis. Maintenant, c’est un problème de partis qui va régler cela.

Et pour le Conseil départemental, est-ce que vous avez le soutien de vos alliés ?    

Oui, les plénipotentiaires sont en train de discuter. C’est entre Benno Siggil Senegaal, Benno ak Tanor et Macky2012. Ils doivent travailler à harmoniser leurs positions et proposer le candidat de la coalition. De notre côté, nous nous en tenons à ce qu’ils auront retenu.   

hamath@lequotidien.sn

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