Accords pétroliers et gaziers : Le Sénégal fausse compagnie à la Guinée Bissau

Le Sénégal a brillé hier par son absence à Bissau, à la rencontre de trois jours (27, 28 et 29 août 2018) portant, pour la quatrième fois, sur la signature des accords pétroliers, gaziers et halieutiques avec la Guinée-Bissau. Une démarche que des autorités bissau-guinéennes ont regrettée. Des autorités qui croient ferme que cette rencontre devait être une belle tribune pour la Guinée-Bissau et le Sénégal  afin de mieux répondre aux inquiétudes sur ces ressources. Mais selon des sources proches de l’Ambassade du Sénégal, les deux pays se sont bien entendus sur le report de ces retrouvailles à une date ultérieure.

Les signes ayant fait capoter la rencontre. De fortes personnalités de la société civile, comme l’ex-chef de la diplomatie, João José Monteiro dit «Huco», des militants de droits de l’Homme à l’image de Mme Francisca Vaz, le sociologue Miguel De Borros, de même que l’écrivain Fernando Casimiro, avaient, selon nos sources, adressé une déclaration au Président José Mario Vaz afin qu’il puisse reporter ces négociations avec le Sénégal et surtout, être ferme dans les prochaines négociations. «Ceci pour exiger la recherche d’un nouveau pourcentage plus réaliste et contre le déséquilibre extrême qui caractérise la division des gains sur les ressources pétrolières, gazières et halieutiques dans l’espace commun dans le précédent accord.» Dans les rues de la Guinée-Bissau, les populations avaient prêté une oreille attentive à cette importante rencontre fortement médiatisée par la presse locale. Force est de reconnaître que beaucoup de Bissau-guinéens ont  contesté le partage actuel donnant 15% des ressources pétrolières disponibles dans la zone à la Guinée-Bissau et 85% au Sénégal. «Nous avions, dans le passé, fait circuler dans les réseaux sociaux une lettre et nous avons recueilli des centaines de signatures. Dans ces signatures, nos populations nous ont fait savoir qu’elles voulaient que le Chef de l’Etat, José Mario Vaz, annule les négociations avec le Sénégal afin que la société civile puisse déclencher un grand débat autour de nos universités et nos centres de recherche. Ce, pour préparer techniquement ces négociations à travers la mise en place d’une stratégie nationale», renseigne Michael Armando.

La marche d’hier dispersée par la Police. La classe intellectuelle, la société civile, le mouvement des jeunes, réunis autour d’un collectif citoyen, ont tous dénoncé hier, avec la dernière énergie, ce qu’ils ont appelé «le partage déséquilibré» des ressources pétrolières, gazières et halieutiques entre leur pays et le Sénégal. D’ailleurs, leur marche d’hier matin dans les rues de la capitale bissau-guinéenne a été dispersée par la Police de l’ordre public (Pop). Dirigés par Sumaïla Djalo, chef de file de l’intelligentsia bissau-guinéenne, ces marcheurs devaient rallier l’Assemblée nationale où ils devaient remettre un mémorandum au Président de l’institution parlementaire, Cipriano Cassama. «Nous avons, il y a quelques jours, adressé un manifeste au Président José Mario Vaz non seulement pour dénoncer ce partage déséquilibré, mais aussi et surtout pour réclamer une part plus importante dans cette distribution qui a toujours été inégale», explique Marino Alvarez Dasylva de la classe intellectuelle bissau-guinéenne.

Un ancien Cemga et un ancien ministre des Affaires étrangères dans le combat. Aux côtés de la société civile et des hommes politiques, un ancien Cemga et un ancien ministre des Affaires étrangères de la Guinée-Bissau se sont joints au combat pour contester cet accord historique signé entre Bissau et Dakar. Il s’agit de l’ancien Chef d’Etat-major général des forces armées, l’Amiral José Zamora Induta, qui a soutenu avec force que «la Guinée-Bissau devrait appeler le Sénégal à la table de négociations pour redéfinir les limites et, dans ce cas, la zone commune cessera d’exister. Je suis également d’avis que le Gouvernement de la Guinée-Bissau a des possibilités d’appeler à la table le Sénégal pour discuter de la démarcation des frontières. Car, il ne devrait pas y avoir de zone commune. Ce partage est injuste, alors que le pétrole en question appartient en réalité à la Guinée-Bissau». Son idée semble bien être portée et défendue par l’ancien ministre des Affaires étrangères, Huco Monteiro, qui souhaite voir «tous les Bissau-guinéens unis ensemble pour constituer une force de pression afin que les autorités nationales puissent avoir une position plus solide dans les négociations avec le Sénégal sur les nouvelles actions qui doivent être prises». Les échanges entre le Sénégal et la Guinée-Bissau devaient permettre d’éviter une polémique interne entre les deux pays sur l’exploitation conjointe des ressources pétrolières, gazières et halieutiques. D’ailleurs, la partie Bissau-guinéenne, à travers ses fonctionnaires, avaient même présenté une série de propositions lors du troisième cycle de négociations à Dakar.

ABDOURAHMANE THIAM (Envoyé spécial à Bissau

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