Aérien : Allo Yoff, ici Diass !

L’aéroport Léopold Sedar SENGHOR (LSS) a aujourd’hui 70 ans. Autrefois appelé aéroport Dakar Yoff, il est la principale porte d’entrée vers le Sénégal avec ses 800 ha. Il a joué pendant plusieurs décennies un rôle très important dans le système de transport aérien en Afrique de l’Ouest. Avec le temps, ce bijou est devenu un tas de débris où quelques avions atterrissent de temps en temps avec un semblant de sécurité mis en place pour assurer un service minium de va et vient via les airs.

Conscient de l’état de délabrement de cet aéroport et très au fait des enjeux de la mondialisation des échanges qui a fini de positionner les voies aériennes à la tête des moyens de communication les plus efficaces, l’ancien Président de la République Abdoulaye WADE a eu l’idée de mettre sur pied un nouvel aéroport, afin de faire de Dakar un relais commercial très puissant pour les sociétés internationales. Ce que l’ancien ministre du transport aérien, Karim WADE appelait pompeusement un « hub ».

Ce projet grandiose appelé Aéroport International Blaise DIAGNE (AIBD) est installé à DIASS dans le but de désengorger Dakar mais également de créer un nouveau pôle économique avec la nouvelle ville de DIAMNIADIO et son Dubaï Diamniadio Lake City.

Les travaux sont confiés à Saudi Bin Ladin Group (SBG) avec un coût global de 228,909 milliards de FCFA. Ce contrat a été mal négocié, il faut le dire, par l’administration WADE avec trois avenants avec un rajout global de 74,614 milliards de FCFA. L’administration Macky SALL a refusé un quatrième avenant qui devait encore coûter 64 milliards au contribuable sénégalais. Des négociations dont l’opinion ignore encore, à ce jour, les conditions réelles ont abouti au désengagement de SBG au profit du groupe turc Summa Limak.

Malgré ces péripéties, l’aéroport est en phase de finition et sera ouvert le 7 décembre 2017 selon le communiqué du conseil des ministres du jeudi 5 octobre. Selon le même communiqué, le Président a insisté sur le volet sécurité qui lui parait primordial dans un contexte mondial, et régional, secoué par le terrorisme.

La notoriété de l’AIBD dépend en effet des dispositifs sécuritaires mis en place. L’Afrique a déjà un faible taux de trafic aérien (environ 5%) mais enregistre un taux d’accident cinq à six fois supérieur au reste du monde. Ces accidents sont liés en général à l’âge des aéronefs, au manque de formation du personnel, mais aussi et surtout à l’absence d’un cadre institutionnel pour l’application des recommandations et normes internationales.

L’objectif initial de l’AIBD était de drainer 2 millions de passagers par an. Aujourd’hui on parle de 4 millions. Cet objectif est largement à la portée de cet aéroport de dimension internationale si tous les acteurs de l’industrie du transport aérien sont impliqués et que les normes internationales de sécurité aéroportuaire sont respectées.

Une nouvelle société d’exploitation est mise en place pour détenir l’exclusivité des activités d’assistance (handling), suffisant pour inquiéter les travailleurs de AHS et SHS qui assurent le handling à LSS. Dans cette nouvelle société, l’Etat du Sénégal détiendrait (34%), SHS (33%), Air Sénégal (33%) avec une société de gestion dénommée « SAL SA ».

SAL SA héritera-t-il du passif social de AHS ET SHS ? Que vont devenir les travailleurs de LSS ? Que deviendra l’aéroport LSS ?

Autant de questions qui restent en suspens.

OUSMANE SAMS NDIAYE
Avec la Tribune 221

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