Affaire Khashoggi : la diplomatie du cynisme de Donald Trump

FILE PHOTO: U.S. President Donald Trump holds a chart of military hardware sales as he welcomes Saudi Arabia's Crown Prince Mohammed bin Salman in the Oval Office at the White House in Washington, U.S., March 20, 2018. REUTERS/Jonathan Ernst/File Photo

Le président américain ne voit dans la disparition du journaliste saoudien aucun raison de prendre ses distances avec Riyad.

Dans le discours qu’il avait prononcé à l’attention du monde arabe après son élection, au Caire, en juin 2009, Barack Obama avait assuré que « l’Amérique ne prétend pas savoir ce qui convient le mieux à tout le monde », ajoutant qu’« aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé à une nation par une autre ». Il avait cependant rappelé quelques principes jugés universels, comme la liberté d’expression ou la centralité du droit et de la justice, ou encore la nécessité de transparence des gouvernements. « Ce ne sont pas que des idées américaines, ce sont des droits de l’homme, et c’est pourquoi nous les soutiendrons partout », avait-il dit.

Huit ans plus tard, à Riyad, théâtre en mai 2017 de son premier déplacement à l’étranger, Donald Trump s’est limité à la première partie du propos de son prédécesseur. « Nous ne sommes pas ici pour faire la morale. Nous ne sommes pas ici pour dire aux autres comment ils doivent vivre, ce qu’ils doivent faire, ce qu’ils doivent être, ou comment ils doivent prier », a assuré le président des Etats-Unis. Depuis, il s’est toujours gardé de considérer que le rappel au respect des droits fondamentaux relevait de ses responsabilités de président de la première puissance au monde.

Présomption d’innocence

Le 5 février 2017, alors qu’un animateur de Fox News qui l’interrogeait avait qualifié son homologue russe de « tueur », Donald Trump avait répondu : « Vous croyez que notre pays est aussi innocent que cela ? » Ce relativisme érigé en système se déploie de nouveau depuis la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont les autorités turques assurent qu’il a été assassiné dans l’enceinte du consulat du royaume à Istanbul. Tous les moyens semblent bons pour préserver la relation entre Washington et Riyad.

Interrogé lors de l’émission « 60 minutes », sur CBS, le 14 octobre, le président a insisté sur le fait que le journaliste « n’est…

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