AFRIQUE DE L’OUEST, UN TERRITOIRE DE PLUS EN PLUS PRISE PAR LES TERRORISTES ISLAMISTES

Après leurs déconvenues dans plusieurs zones du monde où ils ont essayé par divers moyens de construire un état ou de capturer des otages ou de s’attaquer principalement aux intérêts des Occidentaux, les terroristes semblent trouver en Afrique de l’Ouest un terrain fertile, propice pour mener leurs actions de recrutement, d’organisation et la mise en œuvre de leur stratégie
En effet les djihadistes trouvent intérêt de s’y implanter avec facilité grâce aux avantages que leur offrent la nature avec de grands espaces faiblement peuplés et sécurisés, la situation socio-économique et politique fragile de la zone caractérisée par la pauvreté et l’instabilité politique dans la majorité des états. Tout s’est accéléré avec le démantèlement en 2011 de la Libye par les occidentaux, malgré l’opposition de l’uA, entrainant la prolifération des armes dans les pays limitrophes, facilitée par le retour de combattants fuyant les exactions des groupes armés aux intérêts divergents, qui se sont partagé le pays. Au paravent le théâtre du djihadiste était l’Afrique du Nord et la Mauritanie où des attentats avaient déjà eu lieu. Ce fut le tour du Nigeria et du Niger en 2011, du Mali à partir de 2012, du Cameroun en 2013, du Tchad en 2015, du Burkina Faso et de la Cote d’Ivoire en 2016. Aujourd’hui aucun pays de l’Afrique de l’Ouest abritant des ambassades, des organisations internationales, des entreprises multinationales d’origine occidentale n’est à l’abri de menace. Le Sénégal et la Guinée qui ont envoyé des contingents au Mali sous la bannière de l’ONu, sont particulièrement visés. Ainsi, depuis 2015, on assiste à une vague d’arrestations de terroristes en Guinée, Guinée Bissau et au Sénégal, un des pays les plus stables en Afrique de l’Ouest, dont la Justice vient d’en condamner une quinzaine qui étaient soupçonnés d’appartenir à une cellule djihadiste avec des ramifications en Gambie, en Guinée et en Guinée-Bissau, avec pour but d’établir un califat ouest-africain.
Le cerveau Matar Diokhané aurait ainsi rencontré Abubakar Shekau, chef du mouvement djihadiste nigérian Boko Haram et celui-ci lui aurait remis 12 000 euros afin de poursuivre le projet de califat. Il a écopée de 20ans de travaux forcés le 19 Juillet. La Guinée Bissau reste un pays où l’on peut facilement entrer et séjourner pendant longtemps sans être inquiété car le pays n’a pas les moyens de surveiller les personnes même si elles sont suspectées d’avoir des liens avec des terroristes. Le chef du gouvernement Aristide Gomes reconnait dans une interview du Washington Post que le pays devrait avoir une stratégie dans ce sens mais l’état est affaibli par sa fragilité sur le plan politique. Cependant les Etats africains s’organisent pour lutter contre ce fléau. C’est dans cette optique que le G5 Sahel, un cadre institutionnel de coopération regroupant cinq pays (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad), a été créé en 2014. Il a pour but de créer les conditions de sécurité et de développement de la zone sahélienne afin de faire face au défi terroriste et à la croissance démographique de la zone.
Appuyé par les américains et européens, il peine à jouer son rôle à cause du scepticisme, des réticences de la communauté internationale, des freins politiques dus à la guerre de leadership entre les pays membres et les déficiences opérationnelles du dispositif. Mais selon Pierre Lapaque, Chef du bureau Drogues et Crimes de l’ONu pour l’Afrique de l’Ouest, les interventions belliqueuses mèneront à l’explosion des menaces dans la sous-région car les djihadistes qui ont assailli le Mali depuis 2012 se sont dispersés dans d’autres régions et restent des ex-membres sympathisants que les groupes armés peuvent solliciter pour des actions. L’inquiétude face aux menaces terroristes en Afrique de l’Ouest d’ordre électorale et économique. Les politiciens évitent d’aborder le sujet de l’Islam radical car ils courtisent les voix des musulmans. Bakary Samb, le Directeur de l’institut Timbuktu et coordonnateur de l’observatoire sur le radicalisme religieux et les conflits en Afrique affirme que le Sénégal évite la lutte contre le terrorisme pour ne pas alarmer les touristes et investisseurs étrangers et les faire fuir. Le procès équitable des terroristes pourrait servir de leçon et contribuer à décourager les nouveaux aspirants en les empêchant de rejoindre les groupes djihadistes. Vincent Foucher, chercheur au Centre National pour la recherche scientifique de France, qui étudie le Sahel affirme que souvent les tortures et tueries extrajudiciaires poussent les gens à rejoindre le terrorisme. Pour cela le procès équitable sénégalais salué par tous les acteurs est à encourager.

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