Afrique du Sud : Dernier hommage à Winnie Mandela, l’égérie de la lutte anti-apartheid

– Des dizaines de milliers de personnes ont acclamé samedi la dépouille de Winnie Madikizela-Mandela, égérie populaire mais controversée de la lutte contre l’apartheid, lors d’obsèques nationales organisées dans le township sud-africain de Soweto.

Cette cérémonie conclut dix jours de deuil national décrétés en souvenir de celle qu’on surnommait le “roc”, “la Mère de la nation”, la “libératrice” ou l'”héroïne”, décédée le 2 avril à 81 ans des suites d’une longue maladie.
Escorté par des motards, le cercueil de “Mama Winnie”, recouvert du drapeau sud-africain, a quitté samedi matin son domicile de Soweto, la banlieue pauvre de Johannesburg à laquelle elle est restée fidèle toute sa vie.
Arrivée au stade d’Orlando, à quelques kilomètres de là, la dépouille a été saluée par quelque 20.000 personnes en deuil qui, le poing levé, ont entonné à pleins poumons une chanson de la lutte “Il n’y a personne comme Winnie Mandela”.
“Mama s’est battue pour notre liberté. C’est essentiel de lui rendre hommage”, a expliqué à l’AFP Mufunwa Muhadi, 31 ans, vêtue de noir et d’une coiffe colorée, la tenue choisie par de nombreuses Sud-Africaines pour rendre hommage à “Winnie”.
“Elle était un de nos meilleurs soldats. Elle s’est battue du début à la fin. Pars en paix Maman. Tu as joué ton rôle”, a salué un autre spectateur en deuil, Brian Magqaza, 53 ans.

Pendant les vingt-sept années de détention de son mari de l’époque Nelson Mandela, Winnie Madikizela Mandela a entretenu la flamme de la résistance à l’apartheid, malgré les tortures, les humiliations et les séjours en prison.
Son combat et son courage ont payé.
La photo du couple, main dans la main, à la libération de Nelson Mandela en 1990 symbolise la victoire sur le régime raciste blanc, qui tombera officiellement quatre ans plus tard.
Leur couple, lui, ne survivra pas. Ils se sont séparés en 1992, deux ans avant l’accession à la présidence du prix Nobel de la paix, auréolé de toute la gloire.
Parallèlement, l’image de Winnie a été écornée par des condamnations pour fraude, enlèvement et violences.
– Pasionaria –
“Je suis venue pour faire partie de l’histoire”, a témoigné Beauty Tsakani Maluleke, éducatrice de 35 ans, venue spécialement de la province du Limpopo (nord). “Elle était notre grand-mère bien aimée. Elle s’est battue pour notre pays”.
“Elle a combattu pendant que les hommes étaient derrière les barreaux”, a résumé une de ses admiratrices, Gloria Mabasa, un tatouage de “Winnie” sur la joue.
Plusieurs dirigeants étrangers, dont les chefs d’Etat congolais Denis Sassou Nguesso et namibien Hage Geingob, étaient attendus à la cérémonie, où le président sud-africain Cyril Ramaphosa devait prononcer l’éloge funèbre.
Des personnalités comme Jesse Jackson, militant emblématique des droits civiques aux Etats-Unis, ont eux aussi assisté aux obsèques. “Elle n’a jamais cessé de se battre”, avait salué vendredi le pasteur, âgé de 76 ans.
Même lorsqu’elle a été mise en cause dans les exactions commises par sa garde rapprochée, le “Mandela United Football Club”, qui a fait régner la terreur à Soweto à la fin des années 80.
Près d’un quart de siècle après la fin officielle de l’apartheid, les motivations de ce groupe restent toujours mystérieuses. Selon un ancien policier blanc repenti, le régime l’avait infiltré.
A l’époque, l’ANC, fer de lance de la lutte anti-apartheid, avait fait part de son inquiétude. Winnie Mandela avait ignoré ses appels.
Cette semaine, le président Ramaphosa a demandé à ne pas “diaboliser” Winnie. “Mama n’était pas une personne parfaite”, a reconnu auprès de l’AFP la ministre de la Communication Nomvula Mokonyane.
“Beaucoup d’entre nous ont fait des choses bien, mais aussi des choses terribles pendant la lutte. Il ne faut jamais oublier le contexte”, a-t-elle insisté, estimant que la militante était critiquée “parce qu’elle est une femme”.
Après les funérailles officielles, l’égérie populaire doit être enterrée samedi après-midi dans le cimetière de Fourways, un quartier résidentiel de Johannesburg, aux côtés d’une de ses petites-filles décédée en 2010.

AFP

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