Afrique du Sud: une fronde anti-Zuma sans précédent au sein de l’ANC

Le président sud-africain Jacob Zuma

Le président sud-africain Jacob Zuma à Cape Town le 12 février 2015 | AFP

Le président sud-africain Jacob Zuma a fait face lundi à une fronde sans précédent au sein de son parti, où trois ministres ont réclamé sa démission en s’inquiétant des effets électoraux potentiellement désastreux des affaires de corruption qui le visent.

La direction du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) a débattu à huis clos dans un hôtel de Pretoria de l’avenir de son leader et chef de l’Etat, dont le mandat doit s’achever en 2019.

Le parti n’a pas communiqué sur l’issue de cette réunion au sommet mais annoncé, lundi soir, la tenue d’une conférence de presse mardi à 14H00 (12H00 GMT).

La réunion des instances dirigeantes du parti, entamée samedi, devait à l’origine se terminer dimanche. Mais, signe de l’intensité des débats, elle s’est prolongée lundi jusque dans la soirée en présence du président lui-même.

Dès son ouverture, le ministre du Tourisme, Derek Hanekom, et ses collègues de la Santé, Aaron Motsoaledi, et des Travaux publics, Thulas Nxesi, ont mis le feu aux discussions en demandant le départ de leur chef, selon plusieurs médias.

Leur sortie a provoqué le retour en catastrophe à Pretoria de plusieurs dirigeants de l’ANC, qui participaient à un mariage dans le sud du pays, ont-ils rapporté.

« On assiste à une démonstration anti-Zuma sans précédent », a estimé l’analyste politique Daniel Silke. Le président, au pouvoir depuis 2009, « est sous une pression extrême (…) il n’a jamais été aussi faible », a-t-il dit à l’AFP.

L’ANC a le pouvoir de démettre le chef de l’Etat, comme il l’avait fait avec Thabo Mbeki en 2008.

« Il ne fait aucun doute que Zuma a aujourd’hui engagé le combat pour sa survie politique », a commenté l’analyste Ranjeni Munusamy dans les colonnes du site d’information Daily Maverick.

« Il s’accroche, bien qu’il soit désormais établi que de larges portions de l’ANC et de sa coalition ne le veulent plus comme président (…) le compte à rebours de son départ est enclenché », a-t-elle jugé.

– « Divisions irréparables » –

Le parti de feu Nelson Mandela, héros de la lutte anti-apartheid, traverse une crise provoquée par le revers historique de l’ANC aux municipales d’août et les affaires qui visent M. Zuma, 74 ans.

Le président a notamment dû rembourser cette année près de 500.000 euros à l’Etat dans une affaire d’abus de biens sociaux liés à la rénovation de sa résidence privée de Nkandla (est).

Ces dernières semaines déjà, de nombreuses figures historiques de la lutte contre l’apartheid, le président du groupe parlementaire de l’ANC, Jackson Mthembu, et des chefs d’entreprises ont publiquement réclamé son départ.

Les dissensions observées au sein de l’ANC « se propagent enfin » dans la direction du parti, le président « n’est plus en sécurité », selon Daniel Silke, qui pronostique un départ de M. Zuma « dans les mois ou l’année à venir ».

L’ANC doit encore lui trouver une porte de sortie honorable pour lui éviter des poursuites judiciaires, a-t-il expliqué.

Un avis partagé par le chef de l’Alliance démocratique (DA, opposition), Mmusi Maimane. La décision du départ de M. Zuma sera « probablement reportée à l’année prochaine », a-t-il déclaré lundi à l’AFP, estimant que le président avait « introduit des divisions irréparables au sein de l’ANC ».

Au gré de ses déboires, les analystes et les médias ont souvent prédit la fin politique du président Zuma. Mais jusqu’à présent, il a toujours survécu, d’où son surnom de « président Téflon ».

Signe toutefois de la pression qui monte, le chef de l’Etat doit être entendu le week-end prochain par la « commission intégrité » de l’ANC, dont les réunions sont très rares.

Les dissensions au sommet de l’Etat pèsent de plus en plus sur l’économie sud-africaine déjà morose.

Vendredi, l’Afrique du Sud a échappé à une dégradation formelle de sa note souveraine. Mais deux agences de notation financière, Fitch et Moody’s, se sont publiquement inquiétées des « risques politiques liés à la gouvernance » et de leurs « conséquences négatives sur les résultats macroéconomiques ».

AFP

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