Afrique du Sud : Vote très tendu au parlement sud-africain. Pour ou contre la motion de défiance contre Jacob Zuma ?

– C’est aujourd’hui, mardi 8 août 2017, à partir de 12 heures (temps universel), que les parlementaires sud-africains examinent,  pour la quatrième fois, une motion de défiance contre le président, Jacob Zuma, 75 ans, au pouvoir depuis 2009, et dont le deuxième et  dernier mandat à la tête de l’Afrique du sud postapartheid arrive à son terme en 2019.

A l’issue du vote prévu ce mardi à l’Assemblée Nationale, le monde saura si une autre page de l’histoire de l’Afrique du Sud se tourne avec l’éjection d’un président Jacob Zuma empêtré dans de nombreux scandales politico-financiers, ou si la représentation populaire à forte prédominance ANC (parti au pouvoir) aura opté pour le statu quo ante, ainsi que l’a recommandé il y a quelques jours le leader du groupe parlementaire de ce parti historique, Jackson Mthembu, pour éviter une vacance à la tête de l’Etat qui pourrait –à son avis- être synonyme de chaos.
Jusqu’ici, les trois premiers votes de motion se sont heurtés au mur de solidarité des députés de l’ANC avec le leader de leur parti.
Mais cette fois-ci, les choses ont bien chagé, dans la mesure où, non  seulement le successeur de Thabo Mbeki -et deuxième successeur de l’immense Nelson Mandela-, fait face à une fronde interne animée par des figures de l’ANC plus charismatiques, à l’instar du multimilliardaire Cyrill Ramaphosa, mais aussi parce que cette fois-ci, le vote de la motion de défiance se fera à bulletin secret – et non à main levée, ainsi que l’a décidé lundi, la présidente du Parlement, Baleka Mbete.
Toutefois, cette donne ne garantit rien, en tous cas, pas forcément l’éventualité d’un vote pour la motion de défiance. Ainsi que l’a expliqué Jackson Mthembu, un “oui” signifierait la destitution du président Zuma et du gouvernement, et favoriserait de fait l’opposition qui pourrait alors saisir cette occasion pour surfer sur la vague  des présidences ANC qui finissent toujours en queue de poisson depuis la sortie volontaire du mythique Mandela qui avait su tirer sa révérence avant d’être égratigné par des scandales.
Pour certains observateurs, le vote à bulletin secret pourrait donner à de nombreux députés de l’ANC qui redoutaient des représailles en cas d’évolution à visage découvert, à “lâcher” le président Zuma.
 
Bien entendu, l’opinion du président du groupe parlementaire ANC qui a mis en garde ses “comrades” contre « les conséquences désastreuses » de l’adoption d’une motion de défiance qui  « plongerait le pays dans une complète instabilité politique et une incertitude économique », n’est pas partagée par tous ses camarades dont certains ne se cachent plus pour affirmer que sous Zuma, le pays des Sol Plaatje, Clements Kadalie, Alfred Xuma, Anton Lembede, Albert Lutuli… est constamment en récession économique, et que pendant ce temps, le président ne cesse de s’enrichir et de favoriser l’emprise de certaines oligarchies sur le peuple en proie à la précarité.
A titre d’exemple, avancent-ils, ce n’est que l’année dernière que le pays a retrouvé sa place de première économie d’Afrique qu’il avait perdu en 2014 au profit du Nigeria.
La situation de long stress que traverse l’économie sud-africaine a eu pour conséquence le revers historique de l’ANC -depuis les premières élections démocratiques de 1994- aux élections municipales d’août 2016. Une chute que les militants ont eu de la peine à assimiler jusqu’à présent. A cela était venu s’ajouter le limogeage, en mars dernier, du ministre des Finances, Pravin Gordhan, réputé adepte acharné de la lutte contre la corruption.
Récemment, des “Vétérans » de l’ANC ayant combattu au temps des leaders historiques comme Nelson Mandela, Walter Sisulu Govan Mbeki, Raymond Mhlaba et autres Ahmed Kathrada,Oliver Tambo, Steve Biko Dulcie September, Joe Slovo… ont publié un communiqué dans lequel ils ont fait savoir que le pays « est le témoin d’un vol à grande échelle, qui laisse le pays appauvri et de plus en plus entre les mains d’un gouvernement de criminels ». Selon eux,  « la motion de défiance est une issue inévitable de la myriade de scandales dans lesquels » le chef de l’Etat s’est « malheureusement empêtré ».
 
Reste que pour obtenir la tête de Jacob Zuma, ses adversaires tant au sein de l’ANC que de l’opposition, devraient réussir à convaincre au moins plus de 50 (cinquante) des 249 députés que compte l’ANC au sein d’un parlement qui en compte au total 400. Et ce n’est pas la chose la plus évidente qui soit ! « Je ne pense pas que l’ANC veuille que l’avenir du président soit dicté par une motion de défiance déposée par l’opposition », a affirmé à ce sujet l’analyste sud-africain Daniel Silke

Ndam Njoya Nzoméné

: Afrique Monde

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