AIBD-LSS : AUTOPSIE D’UN FUNESTE COMPLOT (PAR PAPE DIOP)

Après 5 ans d’errements et de tergiversations sur l’achèvement des travaux du nouvel aéroport international Blaise DIAGNE de Diass (AIBD), le Sénégal semble avoir étrenné son nouveau “bijou”. Mais coup du sort, plusieurs couacs signalés depuis le démarrage des activités de l’AIBD nous font croire que l’euphorie de départ s’est vite dégonflée comme ballon de baudruche.
Cette situation ne tire-t-elle pas son explication dans la gestion de l'”avant ouverture” ? Pour rappel, les tiraillements entre le gouvernement du Sénégal, l’AFD et le groupe Saoudi Bin Laden à propos du décaissement des crédits alloués au plan d’exécution des travaux ont sérieusement retardé la date de livraison de l’AIBD initialement prévue en 2012. Conséquence, le marché initial estimé à près de 715 milliards est rompu entre l’État du Sénégal et le groupe saoudien après un quiproquo autour de 63 milliards de rallonge exigés par l’entreprise chargée des travaux. De plus en plus, les retards sont accumulés et à cela s’ajoutent les urgences du programme économique du Président Sall sérieusement menacé par l’absence de réalisations d’envergure à l’approche de l’élection présidentielle de 2019.
S’ensuit ainsi un pilotage hasardeux des travaux de finitions de l’AIBD qui tombent finalement entre les mains du groupe turc Summa Limak. Mais jusque-là le doute persiste sur l’imminence de la livraison de l’infrastructure selon l’agenda de l’État du Sénégal au vu des nombreuses difficultés techniques. Rien n’y fait, même le focus mis sur cette réalisation qu’on voulait mettre au crédit du locataire de l’avenue Roume comme élément de bilan en vue d’un second mandat ; dans un contexte socio-économique en pleine déréliction et devenant de plus en plus incertain, le gouvernement de Macky Sall opte alors pour l’improvisation.
L’impréparation et les motivations politiciennes finissent par l’emporter sur l’exigence de se conformer aux normes et standards de construction et de gestion des structures aéroportuaires.
Résultat, l’AIBD ouvre ses portes au grand public et démarre ses activités le 7 décembre dernier sur fond d’inauguration en grande pompe. Malgré les assurances des autorités en charge de la gestion de l’AIBD, après plus de deux semaines d’activité, l’aéroport n’arrive toujours pas à convaincre. Et pour cause, l’AIBD ne fonctionne toujours pas convenablement.
Au-delà des couacs de départ signalés et qui ne sont que la face visible de l’iceberg, notre aéroport souffre de quelque chose de plus fondamental dans ce domaine d’activité si pointu : l’absence de confiance, voire plus la méfiance des partenaires habituels de tout aéroport.
Certains avaient déjà sonné l’alerte sur le blocage, supposé ou réel, du fret aérien sans toutefois appréhender la mesure de l’étendue des conséquences désastreuses sur le secteur des exportations et importations par exemple. Les entreprises dont l’activité est très dépendante du fret aérien rencontrent systématiquement des problèmes d’organisation gênants, voire paralysants. Une paralysie du trafic qui non seulement bloque les activités d’import-export, mais qui tombe surtout mal au moment où les conséquences financières de ce qu’il serait convenu d’appeler une crise sont très peu désirable pour certains secteurs en récession, celui des fruits et légumes entre autres, qui sont d’une importance considérable pour l’économie sénégalaise.
Sur un autre tableau, il apparaît que l’ancien Aéroports Léopold Sédar Senghor, estimé à plus de 200 milliards, mis sous tutelle de l’autorité militaire, devrait être complètement désaffectée sous peu. À ce niveau, l’État du Sénégal semble vouloir ignorer délibérément le coût des investissements consentis récemment sur le dos du contribuable pour doter l’aéroport, dont la mort certaine était déjà au programme de l’agenda des autorités, d’infrastructures de dernière génération. Un énorme gâchis, si l’on sait que le centre de fret moderne installé à l’aéroport de Yoff aura coûté près d’un milliard de nos francs à l’État du Sénégal et qu’il est dorénavant destiné à moisir sur place. Dans la foulée, il nous parvient des informations selon quoi les installations laissées sur place sont déjà enlevées peu à peu et vendues à vils prix dans certains pays africains.
À la base de cette volonté farouche de liquider à tout prix LSS, la boulimie foncière de grosses pointures liées au régime de Macky Sall. Pour dissiper toute forme de suspicion sur ce scandale en gestation, l’argument de la proximité entre les deux aéroports est brandi comme quoi AIBD et LSS devraient être éloignés d’au moins 70 km pour justifier un éventuel maintien du second. On serait bien tenté de s’accorder avec cette hypothèse si les aéroports de Roissy et Bourget à Paris n’étaient distants que de moins de 15 km à peine ou si, à Berlin, on ne retrouve pas au moins 4 aéroports de plus grande capacité que les nôtres dans un périmètre de la même superficie.
Quoiqu’il en soit de ces arguments fumeux, le bon sens devrait faire comprendre l’opportunité de disposer de deux grands aéroports en perspective du trafic croissant de passagers à destination du Sénégal. Il ne faut pas non plus oublier les vols intérieurs, les évacuations sanitaires ainsi que les vols présidentiels et militaires qui pourraient être maintenus à LSS qui devrait être capable d’accueillir tout type d’avion commercial et de traiter des milliers de tonnes de fret aérien.
Qui plus est, les problèmes sécuritaires de notre époque nous imposent même d’avoir un deuxième aéroport de repli face à toute situation problématique à AIBD. Au lieu de cela, les nerfs s’échauffent déjà et les appétits deviennent de plus en plus voraces. Car au plus haut niveau, de schémas de liquidation du foncier de LSS seraient en gestation sous l’injonction de grands groupes marocains, nous apprend-on. Et les intérêts du peuple sénégalais dans tout cela ?
Pape DIOP
Président Bok Gis Gis

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