Aliou Sall Maire de Guédiawaye

Aliou Sall Maire de Guédiawaye
Aliou Sall Maire de Guédiawaye
Aliou Sall Maire de Guédiawaye

«A quelle sauce, je serai mangé ?» C’est la première phrase de l’invité des Marches du Quotidien, bien installé dans la salle de Rédaction, en attendant le top départ. Le tombeur de Cheikh Sarr, non plutôt, ce dernier n’était pas tellement une préoccupation pour lui, n’est pas surpris de sa victoire. Aliou Sall se lave en blanc, comme son boubou : «Malick Gackou ne m’a jamais aidé, au contraire.» Le frère du Président – il ne veut pas être présenté ainsi – analyse la victoire de Khalifa Sall qui a «surfé sur la victimisation». Aliou Sall marche, ses vérités à la bouche.

Aliou Sall maire de Guédia­waye. Pourquoi la politique ?
Vous savez, si ma carrière de journaliste a été un peu entachée c’est que même à l’école de journalisme j’étais dans la politique. A 14 ans déjà, j’ai commencé à faire de la politique, à militer à And jëf à l’époque. Je cachais les journaux Jaay doolé bi et Xaré bi dans mon sabodoor (caftan) parce que mon oncle Abdoul Samba Ndiaye, qui était le responsable de Aj/Pads à Fatick, me remettait les journaux que je devais donner à mes professeurs M. Coulibaly, M. Bocoum. Et comme ce sont des gens qui ne voulaient pas toujours faire apparaître leur appartenance, je les déposais dans leurs casiers. Quand j’ai eu mon bac, j’ai été accueilli politiquement, comme on disait à l’époque, par des gens qui sont devenus de grandes personnalités de la vie politique sénégalaise : Mamadou Diop Decroix, Amadou Top, qui a été mon grand formateur. Je me rappelle encore que pour mon premier reportage au Maroc, je n’avais pas de passeport. C’est Walf qui devait m’envoyer et celui que j’étais allé voir en tant que stagiaire n’avait pas de sous en ce moment. Amadou Top avait sorti 15 mille F pour le prix du timbre et m’a payé mon premier passeport. C’est dire qu’en dehors du journalisme, je ne connais que la politique et je n’ai de passion que pour la politique. Cela aurait été dommage pour moi, parce que mon frère est devenu président de la République, que j’arrête de faire de la politique.

Cela ne vous gêne-t-il pas que votre frère soit président de la République et que vous vous engagiez dans la politique ?
C’est très gênant et même encombrant en tant qu’homme politique parce que, de toute façon, ce que je suis en train d’expliquer je ne pourrais jamais aller dans la maison de chaque Sénégalais et l’expliquer. L’opinion va retenir, quels que soient mes efforts de communication, que je suis le frère de Macky Sall plutôt que l’image d’un homme politique autonome qui s’est fait tout seul pour sa carrière politique. Mais il faut se battre et changer les choses au fur et à mesure. Au départ, quand j’allais à Guédiawaye, ce n’était pas évident, et après je pense que tous ceux qui suivent l’actualité politique peuvent témoigner que je me suis battu. Je suis devenu maire de Guédiawaye sans l’aide de Macky Sall.

Pour quelqu’un qui a démarré à Fatick, qu’est-ce que vous faites à Guédia­waye ?
Cette question est arrivée en retard. Aujourd’hui, je suis maire de Guédiawaye (rire). Il y a quelques mois, la question aurait été très gênante pour moi, mais aujourd’hui que j’ai conquis Guédiawaye, elle se pose moins. Je suis de Fatick, je ne suis même pas né à Fatick. Il y a «être né quelque part» et «être de quelque part». Je suis né à Foundiougne le 12 août 1969. A 4 ans et demi, j’étais à Fatick parce que mon père y a été affecté. D’ailleurs, avant d’aller à Foundiougne, il a travaillé à Fatick et c’est pourquoi le Président Macky est né à Fatick. J’ai vécu mon adolescence à Fatick, donc je peux dire que je suis de Fatick, une ville que j’aime bien. Il faut aussi qu’on modernise la politique. Ailleurs, les gens choisissent dans leur pays n’importe quel endroit pour y militer et gagner des suffrages surtout pour les élections locales. En France, la plupart des maires ne sont pas des natifs et n’ont pas grandi dans les villes qu’ils dirigent. Il se trouve que j’aime Gué­diawaye et je connais cette ville depuis longtemps puisque j’y passais mes vacances quand j’étais au collège, puis au lycée. Quand j’étais étudiant, les activités politiques à Aj/Pads m’amenaient à fréquenter Guédiawaye, notamment des gens comme Chérif Watt, Sidiki Daff qui habite encore Guédiawaye et qui est un expert connu au niveau international pour ce qui concerne les questions de budgets participatifs. Bref, à un moment, il fallait choisir de militer quelque part. Pour Fatick, il n’y avait pas de challenge pour moi ; Macky est là-bas. Si je me présente dans cette ville, même si je gagne, ce ne sera pas du mérite quoi qu’on dise.

Pourquoi Guédiawaye et pas ailleurs ?
J’aime Guédiawaye.

S’imposer à Guédiawaye n’a pas été évident.  Pour vous, qu’est-ce qui a été déterminant dans votre victoire ?
Le terrain et l’amour pour les gens parce qu’en définitive, en politique, ce qui compte et que Macky Sall a su démontrer lors de la Présidentielle de 2012, c’est d’abord la présence physique. Au-delà de la stratégie, il faut être présent au maximum possible sur le terrain et aimer les gens. Parce que quand vous n’aimez pas les gens, vous entendez tous les jours des choses qui ne vous plaisent pas et vous ne pouvez pas résister longtemps. Il faut ajouter à cela une qualité de l’endurance. Les gens n’ont été au courant de ma présence politique que les 6 derniers mois avant les Locales. Alors qu’à Guédiawaye, j’ai travaillé pendant un an et c’était extrêmement dur physiquement. J’ai sacrifié ma vie de famille parce que tous les jours je ne revenais pas chez moi avant 3h du matin. J’ai sacrifié une bonne partie de mon boulot, je ne travaille dans mon bureau réellement que 3h par jour. C’est un travail de terrain qui a fait la différence.

Vous avez dit quelque part : «Etre frère du Président me coûte cher et ne rapporte rien». Est-ce qu’en réalité cela ne vous a pas rapporté quelque chose puisque vous êtes devenu maire de Guédiawaye ?
Il y a le pour et le contre. Un homme politique aime attirer l’attention sur lui parce que si on fait de la politique on aime être écouté pour faire passer son message. Donc, si je n’étais pas le frère de Macky, peut-être qu’il m’aurait fallu beaucoup plus de temps pour me faire connaître par le grand public parce que pour les réseaux, l’appareil des partis, je connais, il n’y a pas de soucis. Je sais où est-ce qu’il faut aller pour voir les chefs de quartier, les imams. Mais il faut que le public puisse savoir et se rendre compte qu’il y a tel acteur politique qui est présent ici et qui fait une offre politique. De ce point de vue, c’est une bonne publicité d’être frère du Président, mais après cela commencent les dégâts.

C’est vous qui avez gagné ou le Président ?
C’est ma victoire et celle de l’Apr, mais nous travaillons pour le président de la République. Nous sommes en Afrique aussi où les partis ne sont pas des partis marxiste-léniniste, où il y a une démocratie parfaite. L’Apr, c’est d’abord le parti de Macky Sall et nous travaillons pour renforcer son pouvoir politique. Mais localement, chacun assure un certain leadership et voudrait avoir sa victoire à lui. Et la victoire de Guédiawaye c’est celle des gens de l’Apr à Guédiawaye et c’est ma victoire.

Quand vous avez été présenté comme quelqu’un qui a été parachuté par son frère à Guédiawaye, il s’est dit que le président de la République a cherché à vous en dissuader. Vous le confirmez ?
Vous savez, il a une grande influence sur moi, mais il a une très grande pudeur. Donc, il ne m’a jamais clairement dit : «Il faut arrêter.» C’est vrai qu’au départ, sans même qu’il y ait cette clameur médiatique, il a pu analyser le risque et a dit à des gens : «Waxlen si sen waaji na bayi affaire bi. Louko téré dem Fatick. (Dites à votre gars d’arrêter cette affaire. Pourquoi ne va-t-il pas à Fatick). Je savais qu’en m’engageant à Guédiawaye, il ne serait pas enthousiaste parce que c’est un gros risque, mais moi, j’avais mesuré les risques et pensé qu’en homme politique je ne pouvais que relever ce défi. C’est vrai que c’est un risque de lui créer des problèmes, mais j’avais cette profonde conviction que ça allait marcher, c’est intuitif.

Ce n’est pas une surprise ?
Non, pas du tout.

On dit que l’argent a aussi fait la différence.
C’est un faux problème. Wade avait beaucoup plus d’argent que tout le monde. Idem pour Abdou Diouf en 2000. Est-ce qu’ils ont gagné ?

Est-ce que Malick Gackou ne vous a pas ouvert le boulevard ?
Non, pas du tout. Au contraire. Franchement, je dois dire qu’il ne m’a pas du tout aidé pour être maire de Guédiawaye. D’abord, très franchement, j’ai travaillé à Guédiawaye jusqu’à 10 jours du dépôt des listes sans jamais avoir un contact avec Malick Gackou. Ça, il faut que tout le monde le sache et d’ailleurs cela fait partie des traits de divergences, des frustrations…

Il s’en est offusqué ?
Oui, il s’en est offusqué. La priorité ce n’était pas de passer par quelqu’un d’autre qui devait me transformer en maire. Je devais me battre moi-même. Mais à un certain moment, le président de la République m’a appelé pour me dire que l’option c’était d’aller en coalition. Pour moi, il fallait travailler et créer les conditions pour que l’Apr puisse aller seule et gagner seule. Quand on n’est pas en coalition, la meilleure façon c’est de ne pas être dépendant des alliés. Donc, je me suis battu sans même essayer de calculer qu’on pouvait compter sur l’Afp ou le Parti socialiste. Mais à l’arrivée, quand le président de la République nous a dit d’y aller ensemble, en gentlemen, nous avons discuté et nous sommes tombés d’accord sur des quotas qui ne nous arrangeaient pas, nous de l’Apr. Mais puisque c’était une instruction du président de la République, je prenais les risques. On n’a pas fait campagne ensemble en réalité. Je n’ai jamais été dans un meeting avec Malick Gackou. Donc, je ne vois pas comment il m’a aidé. Lui-même n’était pas sur les listes. Je vais être extrêmement clair : Malick Gackou ne m’a pas aidé du tout. Au contraire, il a tout fait, une fois qu’on a gagné, pour promouvoir une candidature de l’Afp et le jour du vote, j’avais un candidat de l’Afp contre moi. Ça quand même, il ne faut pas qu’on l’oublie.

Donc, c’est lui qui était derrière cette candidature ?
Malick Gackou est le patron de l’Afp à Guédiawaye et le numéro deux de l’Afp. Quelque chose ne peut pas se faire au sein de l’Afp à Guédiawaye sans qu’il décide. C’est quand même lui qui a constitué les listes…

Avec les Bamba Kane et autres ?
Ecoutez, Bamba Kane, c’est quelqu’un que j’ai connu avant les élections et avec qui j’ai entretenu d’excellentes relations. Malheureu­sement, cette affaire-là est survenue. Mais je dois dire que c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup pour ses qualités intellectuelles et sa moralité. Je l’ai appelé il y a quelques semaines pour prendre langue avec lui parce que je pense qu’il faut travailler avec – je n’aime pas le terme «fils de Guédiawaye» parce que quand je le dis, je m’exclus moi-même – toutes les forces vives de Guédiawaye – et il en fait partie. Je souhaiterais pouvoir travailler avec lui.
Quels sont ces risques auxquels vous faisiez allusion tout à l’heure, si vous aviez perdu les élections ?
Le risque c’était de dire comme les journalistes : «Voilà, le Peuple a encore démontré son indépendance…» Ce serait une façon de me comparer à Karim Wade. La meilleure situation médiatique c’était ma défaite. C’était de dire : «Voilà, on vous l’avait dit. Comme Karim Wade avait perdu Point E, Aliou Sall a encore perdu. Donc, il faut séparer la famille et le pouvoir.»

Est-ce que cette relation famille et pouvoir ne s’est pas manifestée à travers la façon dont les familles Faye et Sall ont maillé le territoire sénégalais ?
Il n’y a pas de famille Faye-Sall. Ça c’est vraiment des histoires.

Quand on voit la belle-famille du Président qui se présente à Saint-Louis, une partie à Grand-Yoff, vous à Guédiawaye, en sachant que le fief du Président est Fatick. Quelque part, on a l’impression que le maillage territorial est voulu et concerté.
Sur près de 580 communes au Sénégal, on a pu dénombrer que, peut-être, deux parents de Macky Sall et deux de ses beaux-frères. Donc, il y a quatre sur près de 600 maires. Quand même !

Ce n’est pas n’importe quelle commune…
Ce n’est pas n’importe quelle commune, mais ces gens-là ont choisi de militer là-bas. Abdoulaye Thimbo est né et a grandi à Pikine. C’est quelqu’un qui s’est battu depuis que Macky a décidé de faire la politique. Cette histoire de Faye-Thimbo-Sall, ce n’est pas un débat sénégalais. Très franchement, je suis surpris. Adama Faye s’est présenté à Grand-Yoff avec Aminata Touré et tous les deux ont perdu. Mais où est le problème ? Les gens sont quand même libres. Autant nous enterrer !

Vous ne vous voyez pas un destin à la Bob Kennedy et John Kennedy ?
(Rires) C’est vrai que je suis un peu féodal sur les côtés, j’aime bien mon histoire Thiéddo, mais franchement, de là à avoir des schémas dynastiques, c’est totalement ridicule quand même. D’abord, cela ne peut pas opérer au Sénégal. Déjà le fait d’être proche de Macky me crée tellement de nuisance. Et vouloir être président de la République, c’est quand même un peu être fou.

N’est-ce pas un manque d’ambitions ou d’audace ?
Etre président de la République c’est exceptionnel. Est-ce que les gens se rendent compte de cela ? S’il n’y avait que ce poste-là en politique, franchement cela aurait été terrible. Mais il y a tellement de fonctions. Moi je voudrais être maire le plus longtemps possible. J’ai deux personnalités qui sont mes références dans leur durabilité et leur proximité avec leurs populations : le président Mbaye Jacques Diop et le Professeur Balla Moussa Daffé, qui ont été maires pendant longtemps et qui ont été proches de leurs populations. Je voudrais au bout de dix ans, quinze ans, que mon nom soit assimilé à la ville de Guédiawaye. C’est ça mon assimilation.

Au-delà de l’assimilation, qu’est-ce que vous voulez faire pour Guédiawaye ?
Avec Aliou Sall ou un autre, on est obligé de transformer Guédia­waye qui est une continuation naturelle de la ville de Dakar. Aujourd’hui, Dakar est saturée, il faut moderniser Guédiawaye en y mettant les services sociaux de base, en investissant sur les routes, l’assainissement, l’éclairage public, en assurant la sécurité des personnes et des biens, en faisant en sorte que la population puisse avoir des loisirs, que le peu de réserves foncières puisse être orienté vers des équipements collectifs et de promotion de l’économie de la localité. Guédiawaye est une ville de culture. Vous connaissez beaucoup de talents de Guédiawaye, mais si je vous dis qu’il n’y a pas une seule salle de spectacle pouvant contenir plus de 300 personnes à Guédiawaye… C’est quand même extraordinaire ! Guédiawaye c’est aussi une ville de sport. C’est quand même la ville de Balla Gaye, du Fc Guédiawaye. Cette année nous aurons deux clubs de basket en première division et il n’y a aucune infrastructure. Ça c’est un premier défi et après on verra dans le budget qui peut être taxé par certains de futuriste. Mais nous pensons que Guédiawaye peut être un pôle de services et de culture dans la région de Dakar.

Dans une de vos affiches de campagne, vous avez un slogan : «Voyons grand». Cela renvoie à quoi ?
A la modernité, au progrès et au développement économique. Pour le moment, Guédiawaye est une ville-dortoir. Nous voulons faire en sorte que, de la même façon que les gens se réveillent à Guédiawaye pour aller à Dakar, que les gens puissent se réveiller à Dakar ou à Pikine pour aller travailler à Guédiawaye. Nous y travaillerons.
Nous n’avons aucun centre de formation professionnelle agréé à Guédiawaye. Et aujourd’hui, beaucoup d’universités privées souhaiteraient pouvoir être plus proches du lieu de résidence pour un grand nombre d’étudiants. A Pikine et Gué­dia­waye, il n’y a pas de campus. Donc, nous allons travailler sur ces axes-là pour pouvoir mettre en place des campus pédagogiques. L’idée n’est pas de mettre en place des universités, mais de créer des équipements qui pourraient être utilisés par l’Université de Dakar pour pouvoir délocaliser un certain nombre d’enseignements et y créer un certain nombre d’activités.

Il y a aussi la lancinante question de la sécurité dans la banlieue…
C’est un problème sérieux, mais ce n’est pas aussi catastrophique qu’on le présente. Franche­ment, je suis à Guédiawaye – je touche du bois – et je n’ai jamais eu ce genre de difficultés. Maintenant, quand on n’est pas de la banlieue, chaque fois qu’on agresse quelqu’un, on a toujours l’impression que c’est invivable. Ce n’est pas le cas, mais il ne faut pas nier les problèmes. Cette question de la sécurité est bien identifiée : c’est la zone Marché Bou Bess, une frontière entre Pikine et Guédiawaye, et le littoral du fait de sa forêt classée et du manque d’éclairage public. Donc, ce n’est pas une zone d’habitation. Nous travaillons étroitement avec la police, qui manque de moyens. D’ailleurs, nous avons décidé, dans notre budget de 2015, d’aider la police du point de vue de la logistique. Nous allons aussi travailler avec l’Agence de sécurité de proximité pour qu’elle mette à notre disposition un personnel pour faire un maillage assez complet. Mais l’éclairage public est un axe sur lequel nous allons beaucoup travailler.

Après votre victoire à Guédia­waye, certains vous avaient annoncé dans le gouvernement de Mahammad Dionne. Aviez-vous été consulté ?
Non. Tout le monde sait que je ne serai jamais dans un gouvernement de Macky parce que je suis son frère. Vous, les médias, avez décidé que le frère du Président ne doit pas être ministre. Alors voilà, je ne le serai jamais. (Un peu énervé)

Est-ce parce que le cas Karim Wade vous a servi de leçon ?
Même si ce n’était pas Karim Wade, quand même au Sénégal, dès que quelqu’un est au pouvoir ou même dans une position simplement de richesse, tous ses proches sont considérés plus ou moins comme étant dans la même situation.

Mais on peut vous objecter que Senghor avait sa famille dans son gouvernement, Diouf son frère, Wade son fils. Pourquoi subitement vouloir le refuser, étant donné que vous en avez le profil et la volonté ?
Oui je suis d’accord avec votre analyse, mais en réalité, même s’il n’y avait pas le cas Karim Wade, je ne l’aurais pas été dans ce contexte du Sénégal où quand même la démocratie est beaucoup plus avancée qu’avant, et où la presse n’est pas ce qu’elle était avant. Quand Diouf était là jusqu’en 1998, il n’y avait que la presse publique, ou plus ou moins. Sous Senghor, il n’y avait que Le Soleil et autres, à part Le Politicien qui faisait le trouble-fête. Globalement, il n’y avait pas cette effervescence médiatique. Mais je dois avouer qu’effectivement l’effet Karim Wade a amplifié cette affaire. Comme vous l’avez dit, Maguette Diouf a été ministre et cette question ne s’est jamais posée, tout comme Adrien Senghor. Mainte­nant que la question se pose, il ne faut pas se mettre à pleurnicher ; il faut tenir en compte la réalité et avancer. Il n’y a pas de soucis et il n’y a pas qu’être ministre dans la vie.

C’est une question de non ou de compétences ?
C’est une question de non. Je n’ai aucun souci à assumer mes responsabilités. J’ai une fois dit dans une interview : «Je peux même être Premier ministre et il n’y a que le poste de président de la République que je ne pourrais pas assumer.» (Rires) C’est cela la vérité, je n’ai pas de complexe. Dans un Sénégal normal, je pourrais occuper n’importe quel poste. Mais ce n’est pas ma préoccupation, franchement.

Pourquoi vous n’avez pas mis en veilleuse vos activités politi­ques le temps que votre frère exerce ses fonctions de Pré­sident ?
Mais quel est l’homme politique que vous avez vu dans le monde qui décide de suspendre ses activités politiques pendant une dizaine d’années et qui réussit à ressurgir ? C’est que la politique, ce n’est pas une question de poste aussi. Franchement, c’est une question de passion, de convictions. J’ai dit dès le départ, dans un journal de la place : «Je ne vais pas accepter de raser les murs parce que Macky est Président.» Pourquoi ? Mais franchement, si on a des choses à me reprocher on a qu’à me le dire. Ceci dit, je ferai tout pour ne pas le gêner, dans mes comportements et mes prises de parole.

Vous avez été au Craes avec Me Mbaye Jacques Diop, mais pas actif au Pds. Pourquoi ?
Je n’étais pas trop actif au Pds. En réalité, j’aime bien les gens du Pds et j’y ai même milité pour soutenir Macky. Mais franchement, le Pds n’a jamais été réellement mon dada. Je ne me retrouvais pas dedans. Vous savez, quand on a grandi dans un parti de l’«extrême gauche», c’est toujours difficile de se retrouver dans un parti libéral. Maintenant, on a appris à être un peu plus sage. Pds, Apr, ce ne sont pas des partis normaux parce que personnalisés. Avant c’était inacceptable et inconcevable. Quand je quittais Aj, j’en avais marre d’être là-bas et j’ai connu certaines frustrations à l’égard de mon frère qui était dans une position où il pouvait franchement émerger. C’était par devoir familial plus que par conviction politique. C’est vrai que je n’ai jamais milité dans un cadre formel du Pds, mais je n’ai jamais arrêté de faire la politique. Je veux que ça soit très clair. Sauf quand j’ai été en poste diplomatique en Chine. J’ai été secrétaire national adjoint du Mouvement des jeunes de And jëf, puis secrétaire général adjoint à la communication du parti, donc adjoint de Bassirou Sarr, et j’ai été secrétaire national chargé de l’organisation du Synpics, votre syndicat. Donc, j’ai une vie publique pleine en dehors de l’Apr. Cela n’a pas commencé aujourd’hui.

Quel est votre rôle dans l’Apr ?
Je suis traité comme un opposant à l’Apr.

Ah oui…
Oui oui. Regardez : Aujourd’hui, j’ai gagné Guédiawaye. Pourtant, Guédiawaye est extrêmement frustré. Et je crois que d’ailleurs nous allons essayer de faire comme les autres, c’est-à-dire convoquer des conférences de presse et jeter des pierres parce que ce n’est pas normal. Le Président avait dit – et je n’étais pas trop d’accord avec lui – que ceux qui gagnent auront une promotion et on coupe des têtes pour ceux qui ne gagnent pas. Quand je l’ai entendu, j’ai dit on risque de couper beaucoup de têtes. J’avais dit il faut le faire, mais il ne faut pas qu’on enterre les gens aussi. C’est vrai, Aliou Sall ne peut pas être ministre ni directeur général, mais ce serait normal, à Guédiawaye, qu’on puisse faire la promotion d’autres cadres, et il y en a plein là-bas. Et ce serait normal que Aliou Sall puisse retrouver une position politique confortable à l’Apr. Ce n’est pas le cas parce que le Président et le parti en général sont victimes de ce jugement médiatique, et Guédiawaye est victime de mon nom.

Voulez-vous dire que le Président est un peu tétanisé ?
Il est trop sensible sur cette question et je le comprends, mais parfois j’ai juste envie de dire y en a marre…

Y en a marre de quoi ?
Je ne réponds pas à votre question. (Rires).

Qu’allez-vous faire pour la réélection de votre frère ?
J’ai promis au président de la République, avec Guédiawaye, qu’on va l’élire au premier tour. Et au-delà de Guédiawaye, mon combat politique, c’est de faire
en sorte que la grande banlieue, de Grand-Yoff à Diamniadio, puisse cotiser plus de 50% dès le premier tour en 2017.

Vous dites de Guédiawaye à Diamniadio, vous excluez Dakar ?

Dakar, c’est une autre histoire.

Quelle histoire ?

Franchement, faire une élection à Dakar est beaucoup plus facile que faire une élection dans la banlieue parce que dans la banlieue, il y a un adversaire de taille : la demande sociale, les infrastructures. Mais Dakar, ce sont des valeurs comme la bonne gouvernance et plus une bataille de communication que réellement une réponse concrète aux problèmes des populations.

Qu’est-ce qui a fait gagner Khalifa Sall ?

Khalifa a gagné justement parce que c’est un fin communicant. Mais, il n’aurait pas pu gagner s’il avait fait un mauvais bilan à la tête de la ville. Je pense que sans l’avoir créée, il a su surfer sur cette victimisation que l’on a fait. C’est-à-dire qu’il est apparu comme le candidat que le pouvoir combattait. Quand même, cela pose un problème d’éthique que la personne soit dans la même coalition et qu’elle soit perçue comme une victime. Et cela a dû beaucoup l’aider. En plus de cela, Khalifa est quand même un monstre politique, cela ne date pas d’aujourd’hui. Il a su, pendant plusieurs années, qu’il était maire et qu’il était un des grands responsables du Parti socialiste. Et il a su également construire un appareil qui lui a permis, quand la coalition lui a posé problème, tout de suite, créer une alternative.

Est-ce que cette «victimisation» ne continue pas aujourd’hui quand il réclame, lui et les autres maires de Taxaawu Dakar, un budget ?

Sur l’Acte 3, nous en avons discuté tous les deux, sur un certain nombre de questions et nous sommes d’accord qu’il y a des problèmes. Moi, je suis maire de ville comme Khalifa, mais franchement si ce n’était que pour le combattre, on aurait réussi à tuer Aliou Sall et Abdoulaye Timbo qui sont maires Apr de Guédiawaye et de Pikine.

Vous vous appropriez son combat politique ?

Non, je ne m’approprie pas son combat politique. Je lui parlais justement de cette question. Nous devons nous entendre et aller ensemble. Nous partageons un certain nombre d’idées sur la façon de pousser l’Acte 3 pour que ce soit une réussite totale. Mais, il y a plus des problèmes d’écriture que des problèmes politiques. C’est cela ma conviction. Maintenant Khalifa n’est pas un enfant de chœur ; ses amis non plus. Naturellement, je crois qu’il y a quand même un brin de victimisation qu’ils sont en train de développer, mais c’est de bonne guerre.

N’était-ce pas en connaissance de cause quand vous alliez aux élections et que l’Acte 3 de la décentralisation avait un mécanisme institutionnel précis qui fait que vous alliez vous contenter de la position qui vous a été réservée dans le nouveau code ?

Non, il y a deux choses sur lesquelles on doit s’entendre. D’abord, le fait que le concept de «ville» a évolué. Il faut que tout le monde soit d’accord qu’il n’est plus question que la ville fasse le boulot à la place des communes. La philosophie de l’Acte 3, en ce qui concerne la région de Dakar, c’est de faire en sorte que les communes soient plus compétentes, responsables et dotées de moyens pour répondre aux besoins des populations. Et, c’est donc normal qu’une bonne partie des ressources puissent quitter la ville pour aller vers les communes. Moi, je pose des problèmes de cohérence des textes parce qu’il y a des redondances ou des conflits de compétence. Par exemple, on dit que la ville a compétence de gérer les cimetières, tout comme les communes. Alors s’il y a un cimetière dans un quartier, comment on va faire ? On dit que la ville et la commune ont compétence aussi sur le plan du lotissement. Qui va décider ? Pourtant on dit clairement que les communes ont compétence sur l’état-civil, mais je ne suis pas d’accord parce qu’est-ce que vous allez faire des gens qui sont nés à Guédiawaye ? Qu’est-ce qu’on va faire de la mémoire de l’état-civil de Guédiawaye ? Est-il possible de la diviser en communes d’arrondissement ? Donc, ce sont des questions techniques mais pas des questions politiques qu’il faudra régler. Et je voudrais remercier le président de la République qui a accepté de relancer le débat.

Certainement le président de la République a eu à vivre ses pires moments politiques au Pds, comment les avez-vous vécus ?

Avec beaucoup de frustration. C’est quand même mon frère ! Surtout frustré de ne pas pouvoir être ici. J’avoue qu’à un certain moment, j’ai dit : «Je démissionne.» Et c’est lui qui m’a dit : «Il n’en est même pas question. Conserve ton boulot.» C’était extrêmement frustrant pour moi qui suis un habitué des combats politiques d’être à plus de 10 mille kilomètres de Dakar et de suivre cela à travers l’internet. Donc, c’était quelque chose de très difficile à vivre surtout que, de l’autre côté, je devais rester extrêmement républicain en tant que haut fonctionnaire qui assurait des fonctions diplomatiques. Je ne pouvais pas, dans mon comportement, laisser paraître mes ressentiments et autres. Et d’ailleurs c’est rigolo : autant les gens du Pds soupçonnaient que je puisse utiliser mes accointances avec Macky pour saboter, autant dans le camp de mon frère, les gens disaient : «Qu’est-ce qu’il fait. Il est bizarre, tout l’entourage de Macky a été balayé sauf lui.» Peut-être que certains soupçonnaient que j’avais des accointances avec le Pds. Mais, c’est totalement mensonger. C’est l’occasion, ici, de remercier une personne qui est le général Pape Khalilou Fall, qui, quand certains ont pensé devoir m’enlever de là-bas parce que simplement j’étais le frère de Macky, a posé sa démission sur la table. C’est un homme d’honneur, de bravoure et de témérité que je continue toujours de citer en exemple.

Il y a eu des frustrations, aujourd’hui on parle de retrouvailles. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je pense que Macky Sall, en tant que produit politique, est une chance pour le Sénégal. Il a démarré dans les mouvements d’extrême-gauche et aujourd’hui, si l’on regarde bien son entourage, on retrouve bien ces éléments-là : anciens de And/Jëf, etc. Il a très vite pris le parti de quitter ces mouvements d’extrême-gauche parce qu’il pensait qu’un cadre politique devait mener au pouvoir et que ces cadres n’étaient pas les moyens d’arriver au pouvoir. Très tôt donc, il a choisi d’aller vers un parti de masse qu’était le Pds. Et aujourd’hui, sans conteste, si on compte trois héritiers légitimes de Me Wade au plan politique, on ne peut pas occulter Macky Sall. Il a su avec beaucoup d’intelligence construire un partenariat avec la social-démocratie sénégalaise, avec le Parti socialiste et l’Afp. Donc, c’est un produit de synthèse et je pense qu’il ne serait pas démagogique de penser qu’il est possible de construire un consensus politique national autour de sa personnalité.

Vous pensez que ce serait bien perçu ?

Non, je ne suis pas pour l’entrisme ou l’effacement politique. Par contre, je pense qu’il est tout à fait possible, parce qu’il y aura des opposants, que la partie la plus importante, la plus progressiste du Pds, puisse, quand même, soutenir le Président Macky Sall. N’oublions pas qu’en 2009, il était encore au Pds. Et il n’y a pas eu de divergence idéologique. C’était une lutte de pouvoir. Les gens pensaient que Macky pouvait gêner et, par conséquent, il fallait le liquider. Mais, une fois que ces batailles sont terminées, je pense que c’est tout à fait logique que des gens puissent réfléchir, et discuter pour qu’il y ait des retrouvailles. En tout cas, moi, je milite pour ça. Mais, je suis aussi pour un renforcement de la coalition. Maintenant, tout dépend des ambitions des uns et des autres. Mais on peut construire une très forte coalition autour de sa personne. Ce n’est pas forcément pour gagner l’élection 2017. Mais c’est pour qu’en fin, au Sénégal, on puisse se consacrer pendant au moins cinq ans à des questions majeures de développement et que la politique accepte d’être plus ou moins en berne pendant cette période.

Que vous inspire le séminaire de Benno bokk yaakaar de samedi et dimanche ? (L’entretien a eu lieu lundi)

Franchement, je ne l’ai pas suivi.

Il y a des retrouvailles. De l’autre côté, il y a une sorte de consolidation de Benno bokk yaakaar. Est-ce que ça peut aller ensemble ?

Je crois que ça peut aller ensemble. Il ne faut pas que ce soit de l’entrisme ou de l’intégration organique. Mais il est tout à fait possible d’envisager que le Pds puisse soutenir la candidature de Macky Sall en 2017 et que Macky Sall puisse inviter des personnalités du Pds dans son gouvernement.

L’ancien Premier ministre, Mimi Touré,  n’est pas d’accord avec les retrouvailles…

Mimi Touré, ma grande sœur, peut avoir ses points de vue. C’est cela aussi la politique. Le contexte politique sénégalais est tel qu’il n’y aurait pas de choc à ce que des personnalités du Pds, du Ps, de l’Afp et de l’Apr se retrouvent dans le gouvernement de Macky Sall. Il n’y a rien qui s’y oppose.

Et le cas Karim Wade ?

J’espère qu’il va sortir très bientôt. D’abord, je le respecte. Franchement, c’est quelqu’un avec qui j’ai entretenu, par certains moments, des relations très conflictuelles, mais aussi des relations professionnelles très cordiales. A un certain moment, il m’a beaucoup apprécié. Je dois révéler ici que Karim Wade a eu à me proposer, en tant que ministre de la Coopération, à un poste d’ambassadeur en 2011 parce que j’étais ministre-conseiller. Donc, après cinq ans d’exercice en Chine, il avait pu constater que j’avais fait un bon travail et avait pensé que c’était normal que je puisse évoluer. Mais, je n’avais pas pensé, à l’époque, que c’était une bonne chose parce que j’aurais été tout de suite pris pour un traitre par rapport à mon frère. Donc, de ce point de vue, je n’ai pas été républicain parce que si j’avais été 100% républicain, j’aurais pu accepter ce poste et être ambassadeur. Mais, je ne pouvais pas donner cette impression de lâcheté. Parce que je ne suis pas lâche.

Est-ce que vous ne cherchez pas à diviser le Pds pour récupérer ce qui est récupérable et laisser le reste à Wade ?

Je veux le Pds dans son entièreté. Je veux que ce soit Me Wade qui parraine tout cela pour qu’il n’y ait pas de division.

Ce sont vos idées ou c’est ce qui se trame en haut ?

Moi, je ne suis pas en haut. (Rires) Je suis maire de Guédiawaye, responsable politique. Pour le moment, mon niveau d’information se situe là-bas. Maintenant, je suis libre de dire mon opinion.

Feriez-vous la même chose avec Idrissa Seck ?

Moi, je veux démarcher Idrissa.

Ce ne serait pas indécent ?

Pourquoi ce serait décent d’aller chercher le Pds qui n’a pas voté pour nous, et indécent de chercher Idissa Seck qui a voté Macky Sall en 2012.

Après avoir démarché ses proches, vous voulez maintenant tuer Rewmi.   

Mais, si on prend des gens de Rewmi, on doit pouvoir prendre aussi Idrissa Seck, le chef de Rewmi. Donc, je voudrais -et ce n’est pas de l’idéalisme- qu’on accepte que Macky Sall puisse représenter aujourd’hui cette synthèse-là, même si ce n’est pas souhaitable qu’il soit le seul candidat en 2017.

Les populations se sont souvent offusquées du fait que les maires ne sont pas toujours résidents. Vous êtes maire-résident ou non résident ?

Je suis semi-résident parce qu’il m’arrive de passer la nuit à Guédiawaye puisque j’ai une maison que je loue là-bas. Je cherche, depuis que j’ai été élu, à acquérir un terrain ou une maison mais ce n’est pas simple. Soit ce que je trouve sur le marché est trop cher pour moi, soit ça ne me paraît pas très correct pour un maire parce que je voudrais avoir une belle maisonnée à Guédiawaye. Quand même si on passe devant la maison du maire, on doit pouvoir dire : «Ah, ça, c’est la maison du maire !»

Comme à Rufisque…

(Rires) Comme à Rufisque. J’aimerais bien avoir une belle maison à Guédiawaye, malheureusement, pour cela il faut débourser. Pour le moment, les possibilités ne suivent pas.

Et Aliou Sall, l’homme d’affaires, qui investit dans le pétrole. Il continue toujours ou il sacrifie ce destin-là…

Alors, grande révélation du jour : J’ai perdu mon boulot à cause des médias.

Pourquoi ?

Parce que je travaillais avec des firmes qui sont très écoutées au niveau international. Et ces firmes-là ne souffrent pas de polémique et de crise médiatique. Le moindre article ici peut faire extrêmement mal.

C’était quelle firme ?

Je travaillais avec M. Frank Timis qui est un homme d’affaires connu dans le milieu du pétrole, et notamment pour une de ses filiales qui s’appelle Petro Asia qui, elle-même, avait une filiale au Sénégal qui s’appelle Petro-Tim Sénégal. Mais, à un certain moment, il a été décidé, récemment, que c’était extrêmement difficile, que je puisse continuer. Je suis encore aujourd’hui administrateur de Petro-Tim, mais je ne le serai plus à la fin de l’année.

Pourquoi ?

Mais parce qu’en tant frère du Président, je suis une personne politiquement exposée et que cela gêne les affaires.

On vous a prêté d’avoir un intérêt pour ces gisements de pétrole découverts récemment au Sénégal…

(Enervé) Gayi xamou gnou dara té dougnou lathié (les gens racontent n’importe quoi et ne vérifient pas leurs informations !). D’abord, même si j’ai travaillé  pour Frank Timis pendant longtemps, je n’ai jamais eu une once d’actions dans ses affaires. Je suis salarié, machallah, j’étais bien payé parce que dans le domaine du pétrole, les gens paient quand même. Ensuite, cette découverte n’est pas dans notre bloc, mais dans celui de Cairn et de Far qui sont ensemble. Il s’est trouvé qu’il y a quelques mois la compagnie Kosmos Energy, qui a fait de belles découvertes au Ghana, s’est intéressée à nos blocs. Je pense que ce sont des blocs intéressants et c’est une compagnie américaine extrêmement sérieuse qui a pu racheter 60% de nos actifs parce que nous avons deux blocs en offshore profond : le bloc de Kayar et le bloc de Saint-Louis. S’ils les ont achetés, c’est parce qu’ils ont de l’espoir. J’ai espoir que d’ici quelques années, le groupe Kosmos et le groupe Timis, comme Cairn et Far, pourront eux aussi faire de belles découvertes au large du Sénégal. Malheureusement, je ne serai plus là parce que j’ai fait les frais de la presse (rires).

On parle de 2019 pour le premier baril de pétrole…

Ce n’est pas aussi simple que cela. Ce n’est qu’une découverte. En fait, il faudra multiplier les forages dans les deux ou trois années à venir pour pouvoir asseoir qu’il y a une réserve effective. Et selon certaines normes, les professionnels pourront déclarer finalement qu’il y a une réserve. Et c’est après seulement qu’interviendra ce qu’on appelle la commercialité du pétrole, c’est-à-dire que c’est en quantité suffisante, c’est dans des conditions d’exploitation idéale et c’est dans un contexte économique. En ce moment, on pourra mettre en fin des forages d’exploitation et commercialiser. Cela peut faire 4 à 5 ans ou même jusqu’à dix ans parfois.

Est-ce que ce chiffre peut intégrer les stratégies économiques du Pse ?

Je ne le pense pas parce que ce n’était pas prévisible. Dans les ressources identifiées ou projetées pour financer le Pse, ne figurent nullement les ressources du pétrole. Ceci dit, si on avait découvert du pétrole et du gaz au Sénégal, c’aurait été quand même formidable pour ce beau pays qui manque un atout essentiel qui est l’énergie. Vraiment cela aurait changé totalement les donnes et aurait définitivement placé le Sénégal sur une rampe de développement sans précédent. Nous avons de bonnes ressources humaines et une démocratie assez stable. Mais il ne faut pas être égoïste et penser que c’est telle personne qui doit pouvoir faire cela. Le pétrole, c’est l’âge géologique qui est différent de l’âge des humains, encore que l’âge des hommes politiques est très éphémère parfois. Je crois qu’il faut réfléchir en tant que Sénégal et jamais en tant que politique ou en tant qu’acteur économique.

Etes-vous pour un mandat renouvelable de 5 ans ou un mandat unique de 7 ans ?

Mandat 7 ans unique moom, je n’ai jamais vu ça !
Il paraît qu’un mandat unique de 6 ans existe dans des pays comme le Mexique.
C’est en Amérique Latine ; ici nous sommes en Afrique de l’Ouest. Je crois que l’idéal, c’est deux mandats de cinq ans.

(Fin de l’entretien. Mais il poursuit)
Vous les journalistes, vous posez les questions que vous voulez, mais moi aussi je vous informe que je suis candidat à la présidence de l’Association des maires du Sénégal (Ams).

Ah oui. Cela ne va pas gêner le président de la République ?

C’est un poste électif. Ce sont des gens qui votent.

Pourquoi vous voulez briguer ce poste ?

Mais parce que je pense en avoir le profil. Cela pourrait servir aussi à Guédiawaye. Quand on est président de l’Ams, on a une visibilité internationale qui permet de capter beaucoup d’opportunités pour sa ville. Et puis, j’entretiens d’excellentes relations avec les gens du Pds, du Parti socialiste et, évidemment, de l’Apr. Donc, je pense que c’est tout à fait logique que l’Apr prenne la présidence de l’Ams compte tenu que ce parti a une écrasante majorité des maires. Alors si c’est le cas, je pense être le meilleur candidat de l’Apr puisqu’en toute modestie, je pense avoir aujourd’hui la chance de pouvoir communiquer avec mes amis du Parti socialiste comme Khalifa Sall et du Pds comme Modou Diagne Fada pour leur demander leur soutien. Evidemment l’Apr ne va pas présenter deux candidats. L’idéal aurait été d’organiser des Primaires au sein du parti. Mais il y a peu de chance que cela puisse passer.

Quand le grand-frère gère le national, le petit frère gère le local…

Le grand-frère gère le Sénégal et le pouvoir. Il nomme qui il veut. Avant Baldé qui était le président de l’Ams ?

Ousmane Masseck Ndiaye…      

Avant lui c’était qui ? Pourtant on se rappelle qui était le prédécesseur du Président Macky Sall. Avant Wade, c’était Abdou Diouf qui était devancé par Senghor. Mais qui se rappelle les trois derniers présidents de l’Ams. Donc, ce n’est pas un enjeu énorme. Il ne faut pas recréer ce débat de la famille. Je veux être président de l’Ams parce que je suis maire. Si l’Apr doit occuper la présidence, en dehors de Pikine gérée par Abdoulaye Timbo et qui n’est pas candidat, je suis le maire de Guédiawaye. On doit faire totalement abstraction du fait que je suis frère de Macky et cela ne doit pas me porter préjudice. On doit pouvoir accepter l’idée que je suis légitimement…

On dirait que votre malheur, ce sont les médias.

C’est vous les médias. (Rires) Non j’aime bien cela.

Est-ce que votre candidature ne ferait pas de l’ombre à Khalifa Sall ?

Je crois que l’Apr devrait justement éviter de faire ombre à Khalifa Sall en évitant que ce soient des candidats de Dakar comme mon ami Abdoulaye Diouf Sarr. Parce que si Abdoulaye Diouf Sarr est candidat, cela pourrait apparaître comme une tentative de faire obstacle à Khalifa Sall parce qu’il est maire de Yoff, donc de Dakar. Mais moi je suis de Guédiawaye. Khalifa c’est mon grand frère que j’aime bien. Je ne peux pas parler à sa place, mais je pense très franchement que Khalifa aurait préféré que ce soit Aliou Sall s’il doit y avoir quelqu’un d’autre de l’Apr.

D’aucuns pensent que les retrouvailles libérales ne riment pas avec la traque des biens mal acquis. Est-ce votre avis ?

Traque des biens mal acquis daal, Apr, Pds… fof ko gootum (même chose). Si on gère les biens publics, on doit rendre compte, quelle que soit son appartenance politique. Je crois que le régime libéral avait bel et bien montré que même en étant du Pds, des directeurs généraux ont été poursuivis et emprisonnés. La traque des biens mal acquis n’est pas l’apanage de Macky Sall ou de l’Apr. Certains sont encore aujourd’hui en prison. Donc, ce n’est pas une question politique et il faut vraiment faire confiance à notre système de transparence et de bonne gouvernance. Les gens peuvent faire des analyses mais, objectivement, le fait d’être poursuivi par la justice ne rime pas simplement avec des contradictions politiques.

Il faut reconnaître que cela pourrait être un obstacle pour la suite de la traque des biens mal acquis…

Je ne veux pas donner d’exemple mais j’ai vu des gens qui sont venus à l’Apr et qui ont aujourd’hui des ennuis avec la justice. Je ne vois pas le président de la République ou quelqu’un d’autre essayer d’appeler un juge pour lui demander d’intervenir dans un dossier. Je ne crois pas que le fait de transhumer puisse sauver quelqu’un.

Quelle est votre place à l’Apr ?

Pour le moment, je n’ai pas de place à l’Apr.

Et vous voulez que l’Apr vous choisisse comme candidat à la présidence de l’Ams, encore que vous dites que vous y êtes traité comme un opposant…

Non, je veux dire au niveau national. Je suis quand même le coordonnateur de l’Apr à Guédiawaye. C’aurait été quand même normal que je sois dans le directoire ou dans le secrétariat ; ce n’est pas encore le cas. Disons pour le secrétariat, c’est réglé parce que tous les maires sont quasiment membres. Mais j’ai quand même payé pour l’Apr. Je me suis battu depuis 2011, même en n’étant pas actif politiquement, et à Guédiawaye pour conquérir la mairie. Je crois que ça suffit comme légitimité pour avoir le soutien de l’Apr pour la présidence de l’Ams.

Fin

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