Alioune TINE : «Les institutions de la République sont porteuses de menaces »

Elles devraient être le ciment de la Nation, mais paradoxalement les institutions au Sénégal, plus particulièrement le Conseil constitutionnel et l’Assemblée nationale, sont le mal du pays. Les institutions de la République, baromètre de la démocratie souffrent d’un réel déficit de légitimité, selon Alioune Tine. Le fondateur d’Afrikajom Center, affirme qu’elles dysfonctionnent et sont porteuses de menaces pour la paix et la stabilité du pays. «C’est comme si on avait oublié toutes les violences consécutives aux événements du 23 juin 2011 qui remettaient en question avec violence, deux institutions, le Parlement et le Conseil constitutionnel», dit-il. Puis il ajoute : «D’où l’intérêt, l’opportunité d’un grand débat national dans le processus de l’élection présidentielle en cours pour interpeller l’ensemble des candidats en vue de la construction d’une démocratie post-électorale et de la réforme du système politique, démocratique et institutionnel à bout de souffle». La fondation Afrikajom Center organise demain et après demain un forum citoyen. L’objectif, est de sortir d’un système «autoritaire» pour construire un Etat de droit conforme aux normes internationales et adapté aux réalités du continent, de réformer une fonction présidentielle «hypertrophiée» en vue de renforcer son efficacité, sa crédibilité et sa légitimité. Il s’agira également de réformer une Justice que tout le monde s’accorde à reconnaitre comme «trop subordonnée» au pouvoir exécutif, pire que les acteurs judiciaires considèrent eux-mêmes comme non indépendante. L’ancien secrétaire de la Raddho souligne que le Sénégal est connu comme un pays stable qui n’a jamais connu de coup d’Etat militaire et est considéré comme une référence démocratique en Afrique jusqu’à la première alternance en 2000. Mais, après les alternances de 2000 et de 2012, force est de constater des doutes et des interrogations voire un désenchantement démocratique du fait d’une perception d’un retour de «l’autoritarisme», un mot qui revient aujourd’hui avec récurrence dans le vocabulaire politique et médiatique sénégalais, selon lui. Il soutient qu’en 58 ans d’indépendance, toutes les réformes constitutionnelles entreprises ainsi que les tentatives de reformes des instituions n’ont nullement réussi à altérer la substance de la Constitution senghorienne de 1963, qui est une Constitution qui octroie des pouvoirs exorbitants à une seule personne, une Constitution de substance autoritaire qui a une énorme capacité d’aliénation et de subordination de toutes les autres institutions. «L’histoire politique du Sénégal nous donne à voir que tous les présidents de la République élus font de la Constitution du Sénégal, ce que Léopold Sédar Senghor a fait en 1963, c’est-à-dire, une Constitution taillée sur mesure rédigée par un constitutionnaliste de leur choix», regrette Alioune Tine. Charles Gaïky DIENE

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