Apr et alliés, sur le qui-vive

macky_allies_1Quoiqu’elle soit sortie largement victorieuse des élections locales (en remportant près de 475 sur les 602 collectivités locales du pays, selon certaines estimations), la coalition Bennoo Bokk Yaakaar reste plus que jamais engluée dans ses bisbilles internes et dans

la division. Pis, le scrutin du 29 juin dernier, marqué de bout en bout par des querelles intestines, des coups bas, des alliances contre nature et autres putschs entre membres de la mouvance présidentielle, a bien fini de conforter davantage les alliés de l’Apr sur le…qui-vive. Quitte pourtant à sauver les meubles, face à une unité de façade en passe de…rupture !

La coalition présidentielle n’en finit toujours pas de patauger dan ses divisions, en dépit de sa victoire …à la Pyrrhus, aux élections locales du 29 juin dernier. La conquête de quelque 475 sur les 602 collectivités locales que compte le pays, selon certaines estimations, n’a pas réussi en effet à occulter la déroute dans certains grands bastions électoraux du Sénégal (Dakar, Thiès, Ziguinchor…).

Une défaite assez amère à digérer surtout pour les tenants du parti au pouvoir dont pas mal de ministres et non des moindres ont été défaits dans leurs localités, lors de ce scrutin. Le Premier ministre sortant Aminata Touré, les ministres Thierno Alassane Sall, Mor Ngom, Abdou Latif Coulibaly, Benoit Sambou, hauts responsables de l’Apr finalement défénestrés du gouvernement à cause de leur revers électoral. Et là où le bât blesse, c’est que la défaite de l’Apr voire de Bennoo Bokk Yaakaar relève davantage des oppositions ouvertes entre alliés de la coalition qui est partie, dans certaines localités, en rangs dispersés.

Conséquence des investitures à la hussarde menées au sein de la coalition présidentielle, pour ces Locales : de hauts responsables des partis alliés ont préféré candidater sous leur propre bannière et entrer en guerre contre Bennoo Bokk Yaakaar. L’exemple le plus frappant est certainement celui de Ababacar Khalifa Sall, le maire socialiste sortant de Dakar qui a fini par battre à plate couture le Pm Aminata Touré et la liste de la coalition présidentielle dans la capitale sénégalaise. Aïssata Tall Sall du même parti n’a pas fait moins à Podor contre la majorité présidentielle.

Au final, les observateurs de la scène politique finiront par noter que les frictions du scrutin local ont largement contribué à exacerber les tensions et à renforcer la fracture qui sommeillait au sein de la coalition qui a porté Macky Sall au pouvoir, en 2012. Très en rogne contre l’accaparement voire la boulimie dont le chef de file de la majorité présidentielle (en l’occurrence, l’Apr) a fait montre à l’occasion des investitures aux Locales, beaucoup d’alliés de la première heure du Président Macky Sall se sont fait d’ailleurs une religion du futur de Bennoo Bokk Yaakaar, dans un temps plus ou moins proche.

De Bëss du niak de Mansour Sy Djamil à Taxaw Teem d’Ibrahima Fall, en passant par le CET/ Jariñ Sama Reew de Moussa Touré, la Ld de Mamadou Ndoye, voire le Pit de Maguette Thiam, les frustrations sont aussi manifestes que les risques d’éclatement d’une coalition qui s’évertue à maintenir coûte que coûte une symptomatique… unité de façade. Et à l’heure du bilan, le dernier scrutin local qui semble avoir accentué les clivages entre parties prenantes de la mouvance présidentielle annonce, aujourd’hui plus jamais, le chant du cygne d’une coalition en mal de dynamique structurante. Quand bien même les acteurs, en parfaite conscience des gaps et toujours sur le qui-vive, continuent néanmoins de prospérer dans la langue de bois, entre positions mitigées et langage de vérité.

OUSMANE BADIANE, LIGUE DEMOCRATIQUE DU SENEGAL – «Je ne pense pas que la coalition puisse éclater»

Je ne sais pas si elle va éclater, je ne le souhaite pas. Le président de la République Macky Sall dit qu’il tient à sa coalition et qu’il veut que les partis qui l’on accompagné à gagner le deuxième tour soient encore ensemble. La preuve, ces partis sont encore dans le gouvernement. Je ne pense pas que la coalition puisse éclater. Si elle éclate, ce ne serait pas une bonne chose pour tous les partis qui ont accepté de se mutualiser pour accompagner le président Macky Sall dans l’exercice de ses fonctions. Il y a certes des difficultés mais je ne pense pas que la coalition va éclater. On ne peut jamais prédire l’avenir.

Peut-être que demain, pour telle ou telle autre raison, un parti allié peut sentir la nécessité de se retirer. il se peut également que le chef de l’Etat pour des raisons qui lui sont propres, dise qu’il n’a plus besoin de ses alliés, mais moi je n’entrevois pas vraiment cette perspective. Ce que je peux dire, c’est que la coalition en tant que telle ne fonctionne pas, tout au moins au niveau de la base où je suis, il n’y pas une structuration ni dans les régions encore moins dans les départements.

Au niveau du sommet, il arrive que le président de la République Macky Sall, chef de la coalition, se concerte avec les leaders. Ce que je constate, c’est que la coalition n’a pas bien fonctionné lors de ces élections locales, même si à ce niveau la coalition Bennoo Bokk Yaakaar n’est pas le fruit d’une mutualisation des forces des partis qui s’étaient organisés pour donner ce nom-là. Tout se passe comme si la coalition avait déjà choisi ce nom-là. Il y a des partis de Bennoo Bokk Yaakaar qui se sont retrouvés dans d’autres coalitions, ce qui est une situation assez dispersée qui fait que je ne peux pas dire que la coalition fonctionne comme une coalition structurée. Je pense, avec les élections locales, que la coalition Bennoo Bokk Yaakaar aurait pu davantage engranger de suffrages si elle était unie. Nous devons tout faire pour resserrer les liens avant la présidentielle de 2017. Je pense plus que jamais, que le Président a besoin de la coalition car en face de lui, l’opposition cherche à s’organiser. Par contre, je souhaite que la coalition soit structurée. La structuration de la coalition lui donne de la force et que les militants seront plus informés des décisions prises au sommet.

ABDOULAYE WILANE, PARTI SOCIALISTE – «Les gens vont analyser la situation…si nous voulons continuer ensemble»

Tout homme politique sérieux devait s’attendre qu’il ait des difficultés ou des remous dans les différents partis ou les différentes coalitions après le 29 juin. Je rappelle que le Président Macky Sall, Ousmane Tanor Dieng et tous les autres leaders des partis ou coalitions de partis qui composent Bennoo Bokk Yaakaar avaient indiqué que leur souhait était qu’on aille ensemble dés l’entame des élections. A défaut que nous assumions nos divergences, que ce qui voulaient aller de leurs propres initiatives à ces élections y aillent. On avait aussi souhaité qu’après les élections qu’on puisse se retrouver en assemblée locale pour créer, recréer et remettre en marche la coalition Bennoo Bokk Yaakaar.

Au rythme ou évoluent les choses, il y a beaucoup d’endroits où des choix larges ont été faits, d’autres par contre ont gouverné, mais je ne désespère pas. Après la présidentielle de 2012 et les locales du 29 juin, les péripéties rencontrées ça et là, chacun des partis de Bennoo Bokk Yaakaar n’hésiterait pas à envisager l’avenir plus sérieux et plus organisé. Le déficit de communication, l’absence de cartes clairement définies sont source de problèmes. Certainement, nous allons prendre des initiatives par rapport à une telle situation. Une structure sans problème, ça n’existe pas et cela ne signifie pas qu’il a un danger. Ce qui serait dangereux, c’est l’absence de mécanisme ou l’absence d’évaluation des joutes électorales ou des difficultés. Je suis optimiste et lucide. Je pense que les gens vont analyser la situation et en tirer les conclusions qui s’imposent et ensemble, nous allons dégager des perspectives si nous voulons être ensemble. Je ne sais pas pourquoi certaines personnes croient qu’on n’est pas ensemble. L’essentiel des partis qui y étaient au début y sont jusqu’à présent.

IBRAHIMA SENE, PARTI DE L’INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL (PIT) – «La division a commencé depuis l’élaboration des listes»

Quand on a vu comment les listes ont été faites, j’ai dit clair et net que Macky Sall a décidé de casser Bennoo Bokk Yaakaar parce qu’il a opté de se servir du signe de Bennoo Bokk Yaakaar et de l’attribuer à des hommes et des femmes de son choix. Ce ne sont pas des candidats choisis par la coalition, mais ce sont des hommes et des femmes qu’il a décidés de placer sous le signe de Bennoo Bokk Yaakaar.

Les autres partenaires n’ont pas accepté, à l’exception de l’Alliance des forces de progrès (Afp), et les listes ont montré que Macky Sall n’a pas voulu que la coalition Bennoo Bokk Yaakaar aille aux élections locales face au Parti démocratique sénégalais, il a voulu, au contraire, une liste qui attaque à la fois les positions de Benno Siggil Senegaal et celles du Pds, ce que nous n’avons pas accepté. Aujourd’hui, les résultats ont montré qu’il n’a pas atteint ses objectifs et qu’il a reçu de lourdes sanctions politiques dans les principales capitales départementales du pays, ce qui a amené des membres de la coalition au niveau du gouvernement après le remaniement. Nous avons des contradictions depuis longtemps. Maintenant, c’est au Président de voir comment il va vivre avec ces contradictions. Nous tous, nous voulions ensemble conquérir les bastions du Parti démocratique sénégalais (Pds), c’est lui qui a refusé en disant que les bastions occupés par Benno Siggil Senegaal depuis 2009, j’en ai besoin.

D’autres leaders de la coalition ont été approchés dans le cadre de ce questionnement relatif au devenir de Bby. Le docteur Malick, Diop de l’alliance des forces de Progrès (Afp) a affirmé, lui, qu’il ne peut se prononcer sur la question qu’après l’installation des conseillers municipaux et départementaux. Par contre, nos tentatives d’entrer en contact avec Moustapha Diakhaté de l’Alliance pour la république (Apr) ont été vaines.

Moctar DIENG et Fatou NDIAYE

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