December 13, 2017
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Assassinat de Wayne Lotter, le sauveur d’éléphants

Via son ONG spécialisée dans la lutte contre le braconnage en Tanzanie, il avait contribué a réduire de moitié le trafic d’éléphants en Tanzanie. Il a été abattu dans la nuit de mercredi à jeudi.

Wayne Lotter recevait beaucoup de menaces de mort. Surtout depuis qu’il avait créé la fondation de protection de la nature Pams en 2009, une ONG spécialisée dans la lutte contre le braconnage en Tanzanie. L’homme, âgé de 51 ans, a été tué dans la nuit de mercredi à jeudi.

La scène a eu lieu dans le quartier huppé de Masaki, à Dar es Salaam, capitale économique de la Tanzanie. Lotter est à bord d’un taxi qui le conduit de l’aéroport à son hôtel quand ce dernier est arrêté par un autre véhicule. Deux hommes en sortent et l’abattent.

«Il était le moteur de la lutte contre le massacre sans scrupule des éléphants»

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, la fondation Pams parle de Wayne Lotter comme d’un «héros»  : «Le charme de Wayne, son éclat et son sens de l’humour exentrique lui donnaient la capacité unique de faire constamment rire son entourage. Il est mort courageusement, en se battant pour la cause qui le passionnait le plus.» 

«Wayne Lotter manquera à la la lutte contre le braconnage en Tanzanie. La fondation Pams a aidé à former des milliers de garde-chasses et a soutenu des campagnes d’éducation à la préservation des éléphants autour de la réserve de gibier de Sélous, avec le WWF, a quant à lui réagi Amani Ngusaru, responsable de WWF en Tanzanie, sur le site de l’ONG. On se souviendra de lui pour son dévouement et sa passion pour la conservation de la vie sauvage en Afrique.»

Au sein de la communauté internationale des défenseurs de la faune, Wayne Lotter était considéré comme une grande figure. «Il avait plus de vingt ans d’expérience et était le moteur de la lutte contre le massacre sans scrupule des éléphants en Tanzanie», écrit Azzedine Downes, directeur du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), sur le site de l’organisation. Après avoir commencé comme ranger en Afrique du Sud, Wayne Lotter avait rapidement fait de la lutte contre le braconnage son cheval de bataille, jusqu’à siéger aux conseils d’administration de plusieurs groupes de défenses animale. Il était également vice-président de la Fédération internationale des Rangers qui combat en faveur de la protection des animaux.

Cette attaque est-elle une tentative pour mettre un terme au travail de terrain des militants de la cause animale ? Lotter n’est en effet pas la première victime dans leur rangs. En janvier 2016, Roger Gower, pilote britannique de 37 ans, a été tué aux commandes de son hélicoptère : visé par des tirs de braconniers en plein vol de surveillance au-dessus de la réserve animalière de Maswa, attenante au célèbre parc national du Serengeti, dans le nord de la Tanzanie. Depuis plusieurs années, Gowee travaillait à l’arrestation des braconniers au sein d’une mission lancée par le Friedkin Conservation Fund et le gouvernement tanzanien.

Plus de 2 000 braconniers arrêtés en cinq ans

La Tanzanie est l’un des pays qui compte la plus importante population d’éléphants sur le continent africain, et, par conséquent, l’un des pays les plus touchés par le braconnage. Cette activité atteint des niveaux si alarmants que les éléphants pourraient disparaître du pays d’ici à seulement sept ans, selon les chiffres de la Société de protection des éléphants de Tanzanie (TEPS), donnés lors d’une conférence à Dar es Salaam en mai 2014. La TEPS précise qu’environ trente éléphants sont tués par jour. Un recensement de 2016, le Great Elephant Census, révèle que le nombre de pachydermes vivant dans les savanes d’Afrique a chuté de 30% entre 2007 et 2014, et que ce déclin s’accélère pour atteindre désormais un taux de 8% par an.

Pour les défenseurs de la faune l’enjeu est de mettre un terme à la disparition croissante des éléphants. Et pour les trafiquants de défendre une manne financière non négligeable. Avec la PAMS, et grâce à l’aide de l’unité tanzanienne d’élite spécialisée dans les crimes «graves» nationaux et internationaux (NTSCIU) dont le braconnage, Wayne était parvenu à arrêter de gros marchands d’ivoire. Parmi eux, Yang Fend Glan, surnommée «la reine de l’ivoire». Arrêtée en octobre 2015 et toujours pas jugée, cette ressortissante chinoise, aujourd’hui âgée de 68 ans, est impliquée dans la vente de plus de 706 défenses d’éléphants pour un montant équivalent à 2 millions d’euros. Rien qu’entre 2012 et 2017, plus de 2000 braconniers ont été arrêtés grâce au travail de la fondation Pams et des autorités tanzaniennes. En mars, le plus célèbre trafiquant d’ivoire tanzanien, Boniface Matthew Maliango, surnommé «le diable», a été condamné à douze ans de prison après son arrestation par la NTSCIU. Dans une interview citée par le Guardian, Wayne Lotter expliquait que ce travail acharné avait permis de réduire de moitié le trafic d’éléphants en Tanzanie. La police tanzanienne a lancé une enquête sur sa mort.

Mathieu Ait Lachkar

Libération

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