ATEAU LE JOOLA, 15E ANNIVERSAIRE Les contrecoups du naufrage

Le comité d’initiative pour le mémorial-musée le Joola a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a fortement déprécié la situation d’après-naufrage. La politique de l’autruche des Etats sénégalais et français, la question de l’indemnisation, les pupilles de la nation, le renflouement de l’épave du Joola, et la mise sur pied d’un mémorial, autant de problématiques soulevées par ces associations de familles de victimes du naufrage du bateau le Joola, survenu le 26 septembre 2002 au large des côtes gambiennes.

A une semaine de la célébration du 15ème anniversaire du naufrage du bateau le Joola, le comité d’initiative pour le Mémorial Le Joola prend la parole pour reprocher à l’Etat sénégalais de n’avoir toujours pas entamé de démarches judiciaires ‘‘à l’endroit des responsables, lorsque le bateau a sombré’’. ‘‘L’Affaire n’est toujours pas amenée en Justice. Seule la volonté politique peut déclencher l’action judiciaire’’.

Ainsi s’est exprimé Nassardine Aïdara, le coordonnateur dudit comité. Les membres attendent que les responsables identifiés soient sanctionnés de manière pénale ou administrative. ‘‘Quinze ans après, nous avons le sentiment que les coupables ne sont pas punis. Nous sommes révoltés contre le culte de l’impunité’’, s’indigent-ils.

Alain Verschapje, père d’une victime, explique que le parquet de Paris avait ouvert une instruction, en 2003, mais ce dernier n’a jamais émis de mandat d’arrêt contre les responsables.

‘‘La relation franco-sénégalaise a frappé de nullité la procédure judiciaire. Nous sommes actuellement à la 3ème Cassation, mais il y a une forte probabilité qu’il y ait un non-lieu’’, déclare-t-il avec dépit. Il n’exclut pas l’idée de saisir les commissions de droits de l’Homme. Ils ont, par la suite, battu en brèche les propos du Président Macky Sall selon lesquels ‘‘le procureur qui a été saisi a considéré qu’il n’y a pas lieu de poursuivre’’.

Ils estiment que ces propos constituent un ‘‘message d’intimidation pour les familles des victimes. Il s’agit de nous dire : contentez-vous de l’indemnité que vous donne gracieusement l’Etat et gardez-vous d’intenter un procès !’’ soulignent-ils avant de revenir sur la question des indemnisations qui a alimenté pas mal de débats, depuis le naufrage. Selon eux, elles ont créé un malaise au sein des familles des victimes.

‘‘Mon père a été victime du naufrage du Joola, quand j’avais 12 ans…’’

La prise en charge des orphelins pose problème, dans la mesure où la loi statuant sur ce point fait défaut. Alioune Goudiaby, un des orphelins, raconte sa situation :

‘‘Mon père a été victime du naufrage du Joola, quand j’avais 12 ans. La loi 2006 du 21 novembre 2006, qui précise en son article 5, que la loi devrait prendre effet à partir de janvier 2002, a par la suite été appliquée à partir de 2012. Elle devait être rétroactive pour que je puisse bénéficier de l’aide’’, déplore-t-il. ‘‘Le premier recensement avait fait état de 1 900 orphelins mineurs. Mais après l’application de la loi, en 2012, 205 orphelins ont été rayés de la liste, plus 86 autres orphelins, en 2013’’, explique-t-il.

Par ailleurs, le comité n’a pas manqué de demander à cor et à cri le renflouement de l’épave. Selon Nassardine Aïdara, ‘‘l’Etat s’était engagé à le faire, mais le président de la République d’alors, Abdoulaye Wade, a estimé que cette opération était onéreuse pour le Sénégal et que cela constituerait un deuxième traumatisme pour les familles’’. Suite à cela, ‘‘le parlement européen avait décidé d’offrir toute l’assistance technique afin de renflouer le bateau, mais les autorités n’y ont pas tenu compte’’, explique-t-il.

‘‘Les familles des victimes attendent toujours d’être édifiées sur les véritables raisons qui empêchent l’Etat de procéder au renflouement’’, souligne-t-on. En sus, dans leur cahier de charges, les familles des victimes regrettent la mise sur pied avortée d’un mémorial. ‘‘L’érection du mémorial est un impératif. Mais l’Etat a une fois de plus fait de ce projet un idéal. Même la place du Souvenir a été détournée de sa vocation initiale’’, se désole le porte-parole du jour, Nassardine.

En vue de la 15ème année de célébration, le comité compte organiser des séances de prières, un panel sur la situation d’après naufrage, et un dépôt de gerbe de fleurs.   

DIERY DIAGNE (STAGIAIRE)

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