Attentat à Nice : «La France est en guerre», les réactions de personnalités obtenues par RT France

attentat niceUn attentat a frappé Nice le 14 juillet, faisant 84 morts et de nombreux blessés. RT France s’enquiert du regard de personnalités françaises sur cette tragédie, ses causes et la réaction politique qui devrait en découler.

Jérôme Lambert, député socialiste : «Ce n’est pas en limitant les libertés des citoyens qu’on arrête le terrorisme»

«Je constate que, malgré l’état d’urgence, des actes de terrorisme ont lieu dans notre pays. On peut évidemment se poser des questions par rapport à l’état d’urgence et la poursuite de l’état d’urgence. C’est très difficile pour les pays confrontés à des actes de terrorisme, surtout quand ce sont des actes terroristes qui semblent être assez isolés, commis par une seule personne – il est très compliqué de détecter une seule personne au milieu de toutes les autres.

Pour vaincre le terrorisme il faut s’en prendre à sa cause

Il n’y a pas nécessairement besoin d’une bombe, d’une arme sophistiquée – un camion, un véhicule, un engin quelconque peut provoquer un carnage. Pour vaincre le terrorisme il faut s’en prendre à sa cause. Ces hommes qui passent à l’acte font ça par le biais de réseaux, quelques fois le réseau internet, quelques fois des réseaux physiques, c’est-à-dire d’autres personnes. La raison d’existence de ces réseaux, ce sont les foyers de conflits, de guerres, qu’il y a actuellement en Syrie, en Irak, en Libye, et c’est contre ces foyers de guerre qu’il faut se batter. Car les commanditaires, les gens qui animent ces idées-là sont dans ces endroits-là, et les moyens matériels qui proviennent de ces endroits-là. C’est donc bien là-bas que nous devons concentrer nos efforts.

On est déjà en état d’urgence, et les attentats continuent

Il est trop tôt pour savoir quelles seront les conséquences politiques de l’attentat de Nice. J’entends bien l’opposition qui demande la prolongation de l’état d’urgence. D’ailleurs le gouvernement l’a annoncée aussi. Mais je ne suis pas convaincu… On est déjà en état d’urgence, et les attentats continuent. Ce n’est pas l’état d’urgence qui peut arrêter des fanatiques mais les moyens que nous devons mettre en œuvre dans les services de sécurité, et, à plus long terme, en éliminant les foyers et les raisons d’être du terrorisme qui se situent en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Libye…

Il faut se donner les moyens de lutter contre les terroristes et non pas enfermer la société dans des règles de plus en plus contraignantes

Ce n’est pas en limitant les libertés des citoyens qu’on arrête le terrorisme. Sinon, ce serait trop simple… Il faut se donner les moyens de lutter contre les terroristes et non pas enfermer la société dans des règles de plus en plus contraignantes. Cela ne sert à rien».

Nicolas Dhuicq, député Les Républicains : «L’attentat était prévisible et redouté »

«Il est totalement impossible d’éviter tous les attentats, mais nous devons suivre ce qui se passe en Syrie et en Irak. Par exemple lors de la libération par l’armée irakienne de la ville de Raqqa, l’Etat islamique avait utilisé plus de 300 véhicules piégées ou téléguidées contre les forces armées iraquiennes. Donc l’attentat aux véhicules, soit avec des explosifs, soit utilisés comme projectiles, était prévisible et redouté. Pour l’éviter il y a deux solutions compliqués à mettre en œuvre dans un pays en paix : la première consiste à mettre des barrages sur les routes, des chicanes, comme on fait devant les bases militaires dans les pays en guerre, pour empêcher l’accélération, et la seconde, plus importante, consiste en le changement du calibre et des armes des forces de sécurité intérieure de nos gendarmes, surveillants de l’administration pénitentiaire, et douaniers. Le calibre de 9 mm est obsolète, sa vitesse initiale est trop faible, il ne perfore pas les pare-brises. Ce que montre l’attentat de Nice, techniquement, c’est combien de balles ont été tirées par les forces de sécurité. Nous étions dans une logique d’arrêt, pour mettre en prison, aujourd’hui on est plutôt dans celle de tuer l’agresseur, de peur qu’il ait des explosifs sur lui. Vous verrez, dans les années à venir, les équipements en termes d’armes de poing et de fusils d’assaut dans la sécurité intérieure similaires à ceux de l’armée de terre.

Enfin l’opinion française commence à employer le terme «islamisme»

Les conséquences sociales de cet attentat c’est une sidération, le but cherché par les terroristes, c’est-à-dire empêcher une vie normale, faire les gens vivre dans la peur, les empêcher de sortir, d’avoir des activités normales. Cet attentat survient surtout au moment où l’Etat islamique commence de plus en plus à perdre pied sur les territoires contrôlés au Levant. Enfin l’opinion française commence à employer le terme «islamisme» alors qu’il y a encore un an il était très difficile pour certains responsables politiques de regarder la vérité en face et de dire qu’il s’agit d’islamisme dérivé du wahhabisme et financé par les pétrodollars du Golfe.

Nous plaidons pour le retour d’une politique gaullienne

Les conséquences politiques vont être dans la surenchère des mesures sécuritaires, qui ne pourront jamais assurer une sécurité à 100 % pour les populations civiles, mais je pense surtout qu’elles doivent être pratiques plutôt. Au plan international, nous plaidons pour le retour d’une politique gaullienne, c’est-à-dire qu’il faut partager les renseignements avec Assad, il faut travailler avec la Russie qui est la seule à avoir une politique cohérente dans la lutte contre le terrorisme.

La France ne pourra pas rester en permanence sous état d’urgence

La mesure essentielle est le renseignement humain. Nous avons un problème en France, tous les recrutements annoncés dans le renseignement pénitentiaire, le renseignement qui dépend de la police et de la gendarmerie nationale, ne sont pas faits, parce que nous avons un souci : le salaire de départ des fonctionnaires engages. Vous ne pouvez pas engager un jeune avec de hautes compétences qui, en particulier, possède plusieurs langues étrangères, à 1200 euros par mois. Le deuxième aspect est plus profond et politique : il faut réenseigner l’histoire de France pour que les jeunes Français et Françaises comprennent qu’il intègrent une grande nation et non qu’ils entendent un discours permanent de dénigrement de la France et qu’ils trouvent une camaraderie, une fraternité que la société ne leur donne pas dans l’islamisme.
Le président de la République a été oblige, sous la pression, de demander la prolongation de l’état d’urgence. La France ne pourra pas rester en permanence sous état d’urgence. D’autant plus que les perquisitions qui ont eu lieu ont montré de très faibles résultats».

Alexandre Mendel, journaliste d’investigation : «On ne répond pas fermement aux actions terroristes»

«On mène la guerre, mais on a peur d’être condamné par la Cour européenne des droits de l’homme. Ca ne sert absolument à rien. Il faut des méthodes de guerre. On sait où ces gens habitent , mais on n’ose pas aller dans leurs appartements, fermer leurs mosquées. Au lieu de ça on les fait signer des chartes républicaines les engageant à arrêter de prôner le djihad. Ils ont un temps d’avance énorme sur nous, parce que des gens avec des méthodes simples, profitent d’un Etat très faible pour réaliser des attentats extrêmement meurtriers. Le vrai problème c’est qu’il y a un islam radical qui concerne 15 000 personne au minimum en France et qui est prêt à passer à l’action, seul ou accompagné.

Ce qui s’est passé à Nice n’est qu’un hors-d’œuvre de ce qui va se passer à la rentrée

Non seulement aujourd’hui la France est blessée dans sa chair, mais elle est blessé également dans ce qu’elle représente, ses forces armées. Comment  se fait-il que dans un pays en état de guerre des imams dont on sait qu’ils prêchent le djihad sont toujours en liberté ? On ne répond pas fermement aux actions terroristes. Puisqu’on est en état de guerre, faisons la guerre et on pensera ensuite à la Cour européenne des droits de l’homme. Il faut mettre en prison des imams, aller d’appartement en appartement, d’immeuble en immeuble, de salle de prière en salle de prière, arrêter ceux dont on connaît les identités et les sympathies pour le djihad. Je pense que ce qui s’est passé à Nice n’est qu’un hors-d’œuvre de ce qui va se passer à la rentrée. La force de Daesh est de viser symboliquement  les choses qui vont mette la France en guerre civile.

Le maire Christian Estrosi porte une très lourde responsabilité de ce qui s’est passé

Il y a une semaine j’étais avec deux agents de la direction centrale de renseignement intérieur (DCRI) qui me disaient : «Il se prépare quelque chose de terrifiant à Nice». Eux, ils pensaient à l’aéroport ou à la Promenade des Anglais. Je n’ai malheureusement pas été très surpris. Nice est une ville connue, il y a 19 mosquées clandestines à Nice, c’est un record en France. Le maire Christian Estrosi porte une très lourde responsabilité de ce qui s’est passé, car il a laissé pousser ces mosquées.

250 personnes à Nice sont suivis pour les faits de radicalisation, c’est le record devant Paris

Nice est une des villes les plus connues pour le nombre des djihadistes partis, c’est la ville d’où vient Omar Omsen, il y a eu 55 départs pour le djihad. 250 personnes à Nice sont suivies pour faits de radicalisation, c’est un record, devant Paris ! Il y a une véritable faute de l’Etat, quand le jour de la fête nationale française, sur la Promenade des Anglais il n’y ait pas eu de coordination policière pour empêcher la circulation.

Cet attentat change beaucoup la donne

90 % des Français sont capables de sacrifier des déplacements, de contrôle aux frontières, aux aéroports pour avoir la sécurité de leurs proches. A Nice sont morts des enfants, ce qui n’est pas la même chose qu’au Bataclan ou à Stade de France ou Charlie Hebdo. Cet attentat change beaucoup la donne. La réponse doit être extrêmement ferme. Il faut cesser de faire toujours semblant, de trouver des excuses à ceux qui nous veulent du mal et veulent nous tuer. La France est un pays en guerre et les lois européennes l’empêchent de faire la guerre. Il va falloir aujourd’hui installer une loi martiale, mais pour cela il faudra peut-être attendre de changer de président. La France est littéralement au bord de la guerre civile. A un moment, le seuil de tolérance sera dépassé.»

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