Avec Trump, quel discours sur l’état de l’Union ?

Le président américain, si imprévisible et tempétueux, devrait faire preuve d’une sagesse inhabituelle ce mardi soir à l’occasion du « speech » le plus sacré et ritualisé de la vie politique américaine. Focus sur une vieille tradition.

« Pays de merde », « génie stable », «véreux », « fils de p… »… Donald Trump saura-t-il tenir sa langue ce mardi soir à l’occasion de son premier discours sur l’état de l’Union ? A 21 heures (3 heures, heure française), le résident de la Maison-Blanche s’adresse à l’ensemble du Congrès, ainsi qu’à des millions de téléspectateurs en prime-time. Trump doit décliner sa vision d’une Amérique « sûre, forte et fière », selon son staff. Il aura beau jeu de mettre en avant la bonne santé de l’économie et les records de Wall Street, avant de donner le ton pour la suite.

Tweets rageurs et insultes

Mais l’imprévisible président qui aurait proféré près de 2000 mensonges en un an (selon un comptage du Washington Post), s’en tiendra-t-il là ? Habitué aux tweets rageurs et aux petites phrases belliqueuses, voire aux insultes, Trump devra rester à l’écart de tout dérapage pour tenir ce discours, le plus sacré et ritualisé de la vieille démocratie américaine. « Ce doit être un discours sur l’unité du pays, or Trump est le président diviseur », explique François Durpaire, historien des Etats-Unis. « La manière dont il s’exprime s’essouffle. Il va devoir changer de ton, devenir normal », ajoute cet enseignant à l’université de Cergy-Pontoise.

La Maison-Blanche l’assure : « Il va parler au pays tout entier, pas seulement à ceux qui ont voté pour lui », affirme Raj Shah, porte-parole du président. « Il parlera avec son cœur et fera écho aux valeurs américaines », a même promis un conseiller. Dans le contenu, Trump devrait être dans la lignée de son allocation de la semaine dernière à Davos, résolument pragmatique et tournée vers l’avenir. « La place de l’immigration sera certainement très importante ce mardi soir étant donné l’agenda politique », prévient encore François Durpaire. En un peu plus d’une heure de discours solennel, Donald Trump devra rassurer.

C’est quoi le discours sur l’état de l’Union ?

Chaque année à la fin du mois de janvier ou début février, les représentants des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) de l’Etat fédéral se réunissent au Congrès pour écouter le président s’exprimer. Cet évènement se trouve au cœur du fonctionnement de la démocratie américaine. Il s’agit de l’unique occasion de réunir en un même lieu, si l’on excepte les cérémonies d’investiture du président et… les funérailles d’État.

L’histoire du discours remonte aux prémisses de la démocratie américaine et à son « père fondateur », George Washington. Le premier président des Etats-Unis initie cette tradition en 1790 à New York, alors capitale du pays. Ce discours répond à un point précis de la constitution américaine, l’article II, section 3, clause 1 : « Le président doit fournir, de temps à autre, au Congrès, des informations sur l’État de l’Union, et recommander à leur examen les mesures qu’il juge nécessaires et opportunes ».

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Ce discours est l’occasion pour le chef de l’exécutif américain de faire le bilan de l’année écoulée et d’énoncer son programme d’action pour la suivante. Pour Trump, ce sera une grande première : il lui fallait en effet attendre d’avoir passé sa première année à la Maison-Blanche.

La tenue du discours est extrêmement codifiée. Avant même la cérémonie, le président de la Chambre des représentants envoie au président une invitation écrite pour se présenter devant les deux chambres du Congrès. Après un déplacement en cortège depuis la Maison-Blanche, le chef de l’Etat entre dans la Chambre, où les membres du Congrès, représentants et sénateurs, les juges de la Cour suprême, les membres du cabinet, le corps diplomatique et les invités attendent. La cérémonie peut alors enfin commencer avec le « Sergent at arms » (terme d’autant moins traduisible que la fonction n’existe qu’aux Etats-Unis !) qui annonce l’entrée du président en criant : « Mister Speaker (puisqu’il s’agira de Paul Ryan), the Président of the united states ! ».

Un véritable test pour «twittoman»

L’entrée de ce dernier dans la Chambre est accompagnée d’une salve nourrie d’applaudissements. Il est souvent ralenti par des pauses marquées pour serrer des mains ou saluer l’audience. La « claque » s’arrête alors pour laisser le président de la Chambre annoncer le leader de la nation avec la formule suivante : « Chers membres du Congrès, j’ai le grand privilège et l’honneur distinct de présenter le Président des États-Unis ». La Chambre l’ovationne à nouveau avant de lui laisser la parole. Juste derrière le président, perché sur la tribune, sont assis le Vice-président, Mike Pence, et le président de la Chambre, Paul Ryan.

Le discours lui-même est par la suite ponctué d’applaudissements bruyants (surtout de son camp républicain) parfois accompagnés de standing ovation, lorsque le président évoque l’union du pays. On voit même alors les démocrates se lever bien qu’ils ne portent pas du tout Trump dans leur coeur. À la clôture du discours, la salle applaudit de nouveau l’orateur lorsqu’il quitte la Chambre.

Ce rendez-vous incontournable sera un véritable test pour « twittoman » Trump, qui aura l’occasion de s’exprimer avec plus de 280 caractères.

leparisien

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