Bachar al-Assad révèle les véritables raisons de la guerre en Syrie

Interview de Bachar al-Assad avec la chaîne TV russe NTV, 24 juin 2018
 
Source : https://sana.sy/en/?p=140830
 
Traduction : Sayed Hasan (abonnez-vous au Blog, à la chaîne Vimeo et à la Page Facebook)

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Transcription :

Journaliste : Monsieur le Président, nous pouvons maintenant récapituler les événements, parce que Daech est presque vaincu, la ville de Damas est presque (totalement) en sécurité, et elle est sous contrôle des forces gouvernementales, et jusqu’à présent, vous menez des opérations militaires dans le sud et à l’est. Pourriez-vous me dire maintenant, en tant que Président et en tant que médecin de formation, comment vous avez pu manquer (d’identifier) les premiers symptômes de cette guerre, les premiers symptômes de cette invasion dans votre pays, parce que vous appelez cela une invasion ? Que s’est-il passé ?

Président Assad : Nous devons faire la distinction entre les symptômes internes et externes. Pour ce qui est des symptômes internes, nous avons des problèmes comme toute autre société dans notre région, nous faisons partie de cette région, et nous discutons toujours de ces problèmes. Peut-être n’avons-nous pas fait ce qu’il fallait pour résoudre le problème que nous aurions pu résoudre avant la guerre, peut-être pas ; c’est (une question) subjective pour tout syrien, chacun peut avoir son propre point de vue. Mais le facteur externe est très important dans la genèse de cette guerre, car aucun autre pays dans cette région ne vit une guerre similaire, bien que nous ayons les mêmes sociétés et que vous ayez des problèmes plus graves (ailleurs), comme dans les pays du Golfe, où vous n’avez aucune liberté, ni pour les femmes ni pour le peuple, pour quoi que ce soit.

Donc, si (le manque de libertés) était la raison (de cette guerre), par exemple – parce que tel était le slogan au tout début –, pourquoi cela n’a-t-il pas commencé dans ces pays ? Donc ce qui s’est passé n’était pas interne, parce que les mêmes problèmes existent depuis des décennies, certains depuis des siècles. Donc, en fait, c’est là que le facteur externe (est intervenu), et s’il n’était pas (immédiatement) clair, si nous ne l’avons pas vu (dès le début), c’est qu’en réalité, le plan n’a pas été réalisé en Syrie ; il a été réalisé dans certains pays occidentaux comme les États-Unis, la France et le Royaume-Uni principalement. D’autres Etats satellites comme la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar planifiaient et envoyaient de l’argent dès le début, après avoir échoué à créer, disons, une révolution spontanée, c’est là qu’ils ont commencé à envoyer de l’argent, et c’est là que le problème a commencé. Nous avons compris tout cela très rapidement, mais peut-être que nous ne pouvions pas le contrôler.

Journaliste : Mais pourquoi n’avez-vous pas vu… Par exemple, quand je suis arrivée dans la Ghouta orientale il y a des mois, j’ai vu des tunnels partout, construits par des ingénieurs, par d’énormes machines, par des bulldozers… Comment cela a-t-il pu se faire à votre insu ? Avez-vous une explication à présent, comment ils ont réussi à construire ces villes souterraines ?
 
Président Assad : Bien sûr, ils ont pu utiliser les outils qui étaient déjà présents dans cette zone, qu’ils les aient volés au gouvernement, à des entreprises privées, etc., et ils ont reçu un soutien de la Jordanie à travers le désert directement à Al-Ghouta, où le désert est vide, et personne ne peut le contrôler ou l’observer, et nous n’avons pas, bien sûr, des moyens comme des satellites et autres pour voir tout cela. En même temps, quand ils ont commencé à creuser, ils ont commencé à creuser sous les villes, quelque chose que vous ne pouvez pas voir (même avec des satellites).

Journaliste : Quand je suis allée dans la Ghouta orientale, j’ai rencontré des gens qui pouvaient prouver par eux-mêmes qu’ils avaient vu comment al-Nusra utilisait des armes chimiques contre leurs quartiers (résidentiels). J’ai vu toutes ces combinaisons de protection chimique dans des pièces où se trouvaient les quartiers généraux d’al-Nusra, etc. Mais l’Occident affirme que vous avez empoisonné votre propre peuple avec des armes chimiques. Pourquoi cela, pourquoi personne n’écoute-t-il le peuple (syrien) et pourquoi l’Occident insiste-t-il là-dessus ?

Président Assad : Parce que la fable chimique fait partie de leur récit basique contre le gouvernement en Syrie, mais ils ne l’utilisent que lorsque leurs troupes, leurs mandataires (proxies), les terroristes, ont été vaincus en Syrie dans certaines zones. Ils utilisent cette histoire ou ce récit afin d’avoir un prétexte pour intervenir directement, militairement, et d’attaquer l’armée syrienne. C’est ce qui s’est passé plusieurs fois, et chaque fois qu’ils utilisent cette histoire, ce n’est que lorsque leurs proxies, les terroristes, ont été vaincus. Ce devrait être (l’inverse) – je veux dire logiquement, sans même parler de la réalité que nous n’avons pas d’armes chimiques de toute façon, nous les avons détruites…

Journaliste : Vous n’en avez plus du tout ?

Président Assad : Nous n’en avons pas, non. Depuis 2013, nous n’en avons plus. Mais mettez cela de côté. Même si nous en avions, nous aurions plutôt utilisé ces armes lorsque nous étions vaincus, pas quand nous gagnons la guerre. Et en fait, chaque fois que nous gagnons, ils l’utilisent, donc (nous en accuser) est contre la logique, mais cela sert de prétexte pour soutenir les terroristes en Syrie.

Journaliste : Y a-t-il un moyen d’empêcher toutes ces provocations ? Parce que le ministère russe de la Défense dit que l’une de ces provocations est en train d’être préparée à Deir Ezzor, et ils l’ont dit récemment. Comment arrêter ça ?

Président Assad : Vous ne pouvez pas, parce que ce n’est pas le résultat de notre réalité ; c’est le résultat de leur imagination, de leurs médias, c’est quelque chose qui est créé dans leurs propres médias et dans leurs propres pays, et qui est ensuite répandu dans le monde entier sur Internet ou dans différents médias. Donc vous ne pouvez pas empêcher ces provocations. Les Américains ne disent que des mensonges, et ils attaquent tout de suite après. Quand il n’y a pas de respect pour le droit international, quand il n’y a pas d’institutions des Nations Unies efficaces, vous ne pouvez pas parler d’empêcher les provocations, parce que c’est une jungle maintenant, partout dans le monde.

Journaliste : Vous êtes en train de l’emportez, vous contrôlez déjà la plupart des régions du pays, mais il y a tellement d’acteurs en Syrie, tellement de parties qui ont leurs propres intérêts. Les Etats-Unis négocient avec la Turquie à propos de Manbij, Israël mène des négociations quelque part, les Iraniens font des négociations, les Kurdes ont leurs propres intérêts. Comment résoudre tout cela, comment maintenir la Syrie unie ? Parce que maintenant, il semble que la Syrie soit déchirée. Comment arrêter ça ? Parce que vous avez dit que votre principal slogan est « une (seule) Syrie pour une (seule) nation ».

Président Assad : Si vous voulez parler de la Syrie comme étant déchirée, il s’agit, disons, de la géographie, pas de la société ; la société est unifiée, donc nous n’avons pas de problème à ce sujet. Ainsi, nous pouvons considérer la Syrie comme unifiée tant que le peuple est unifié. Quant à être déchiré, il s’agit d’une occupation ; différentes parties de la Syrie sont occupées par les terroristes avec le soutien de l’Occident, principalement les États-Unis et leurs alliés. Donc si vous voulez parler de l’avenir de la Syrie, nous ne les prenons pas en compte. Si vous parlez du processus politique, cela va être un processus politique uniquement syrien. Nous ne prenons pas en compte les intérêts de tout autre pays concernant quelque chose qui est interne. Si vous parlez de la guerre, cela devient maintenant une guerre internationale, parce que c’est comme ça qu’elle a commencé. En fait, il ne s’agissait pas seulement du gouvernement en Syrie ; le gouvernement en Syrie est indépendant, nous avons de bonnes relations avec la Russie, avec la Chine et d’autres pays, et les États-Unis voulaient redessiner la carte du monde politiquement, et peut-être militairement. Donc la Syrie était l’un des principaux champs de bataille pour redessiner cette carte, du moins au Moyen-Orient. C’est pourquoi quand vous parlez de ces intérêts, c’est un combat entre ces puissances : le pouvoir principal, les États-Unis, et leurs alliés, qui supportent les terroristes, et leur but est d’avoir l’hégémonie, (face à) l’autre puissance qui est la Russie, et ses alliés, dont l’objectif est de combattre le terrorisme et de restaurer le droit international.

Journaliste : Mais pourquoi la Syrie a-t-elle été choisie (comme terrain) pour ce match ?
 
Président Assad : Pour de nombreuses raisons différentes. La Syrie fait partie du groupe de pays considérés comme indépendants (souverains) : la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord et maintenant la Russie en tant que pays souverain. L’Occident n’accepte aucune position indépendante. Les Etats-Unis n’acceptent aucune position indépendante de l’Europe. Et c’est pourquoi en Russie, vous avez un problème avec les États-Unis, parce que vous voulez être (une nation) souveraine, et ils ne l’acceptent pas, même si vous êtes une grande puissance, vous ne pouvez pas être indépendant. Voilà une (première) raison. Et nous sommes un petit pays, comment pouvons-nous dire non et oui ? Nous devrions seulement dire oui (aux Etats-Unis). Voilà une (première) raison.

Deuxièmement, la géopolitique de la Syrie, le rôle historique de la société syrienne, bien qu’il soit très modeste, mais c’est une ligne de faille, la ligne de fracture sociale entre les différentes sectes et ethnies. Et quand vous contrôlez cette zone, vous pouvez contrôler tout le reste du Moyen-Orient. C’est pourquoi la lutte contre la Syrie a commencé à l’époque des Pharaons, et le premier traité au monde a eu lieu 12 siècles avant Jésus-Christ, entre les Pharaons et les Hittites, venant du nord et du sud, ils ont combattu en Syrie et ils ont signé le premier traité de l’Histoire. Ainsi, la géopolitique de la Syrie est très importante, et le contrôle de la Syrie a été un but pour les grandes puissances depuis ce temps (reculé) et jusqu’à nos jours. Donc, peu importe que la Syrie soit grande ou petite, ou plus grande ou plus petite, elle a une (grande) importance (stratégique).

source:https://reseauinternational.net/?p=80922&preview=true

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