Bezos contre MbS : le match !

Même si, pour un journaliste, être assassiné dans une ambassade sur ordre d’un prince héritier, être démembré avec une scie à os, puis dépecé et dissout dans une cuve d’acide n’est pas une pratique quotidienne, il n’est pas rare que la famille Al Saoud fasse disparaitre des représentants de cette profession sans provoquer trop d’émoi, puisqu’après tout, il ne s’agit que de petits meurtres entre amis, dans le camp du bien.. Mais Jamal Khashoggi n’était pas n’importe quel journaliste : outre quelques activités liées au trafic d’armes et à la coordination de divers groupes sponsorisés grands consommateurs de ce genre de produit manufacturé, il travaillait pour le Washington Post, un journal appartenant au plus riche homme du monde, Jeff Bezos, fondateur, principal actionnaire et président-directeur général d’Amazon.com, un homme trop riche pour être acheté et suffisamment influent pour demander des comptes.

Pourtant, trois mois plus tôt, un avion de combat saoudien avait lancé une frappe aérienne sur un autobus scolaire dans le village yéménite de Dahyan, et le Washington Post, pas plus que le New York Times n’en avaient pas fait tout un fromage. Alors qu’il ramenait les enfants d’un pique-nique et s’était arrêté à Dahyan pour faire le plein, le bus avait été frappé par une bombe à guidage laser MK 82 fabriquée par Lockheed et vendue aux Saoudiens par le Pentagone. Cinquante personnes avaient été tuées dans cet attentat, toutes civiles, dont 30 enfants de 10 ans ou moins. 48 autres personnes avaient été blessées.

Dans ce cas précis, les Saoudiens n’ont pas pris la peine de nettoyer le sang ou de faire disparaitre les membres coupés. MbS avait même déclaré que le bombardement d’un bus scolaire constituait une « attaque militaire légitime ». Quelques jours plus tard, les Saoudiens avaient bombardé la cérémonie d’enterrement d’une des victimes, tuant et mutilant une douzaine d’autres personnes. Les Saoudiens ont expliqué que les victimes étaient utilisées comme bouclier humain par les milices Houthis.

Cet attentat n’était pas le premier massacre de civils commis par les Saoudiens à l’aide de « bombes intelligentes » de fabrication américaine. En mars 2016, 97 civils ont été tués lorsque les Saoudiens ont bombardé le marché de Kames à Mastaba. 25 enfants sont morts lors de cette attaque. Sept mois plus tard, les Saoudiens ont lancé un autre missile à guidage laser sur un funérarium à Sanaa, tuant 195 civils. Entre temps, les Saoudiens ont bombardé des hôpitaux, des écoles, des centrales électriques et des stations d’épuration sans que les instances du « droit international » tiennent de session extraordinaire, à La Haye ou ailleurs..

Au total, plus de frappes aériennes saoudiennes soutenues par les États-Unis ont tué plus de 5 000 personnes, dont 60% de civils. Après l’attentat à la bombe de Sanaa, Obama avait ordonné l’arrêt des nouvelles ventes d’armes aux Saoudiens. Les livraisons venaient justement de s’achever : son administration avait déjà vendu aux Saoudiens pour plus de 115 milliards de dollars d’armes, un record parmi dans les 70 ans de relations américano-saoudienne. L’interdiction a été rapidement levée par Trump, qui n’a pas perdu de temps pour aller négocier son propre accord sur des armes d’une valeur de 110 milliards de dollars avec la famille Al Saoud, sur fond de danse du sabre.

La guerre au Yémen, commencée sous Obama et accélérée sous Trump, a comme caractéristique principale d’être une guerre contre les enfants. La famine qui a balayé le pays, en grande partie à cause de l’embargo est la pire que la planète ait connue depuis plus d’un siècle. Plus de 1,8 million d’enfants ont déjà été les victimes d’une famine qui provoque plus de 130 morts chaque jour.

Ce n’est pas une guerre secrète, comme celle d’Afghanistan à l’époque de Jimmy Carter, mais c’est une guerre qui ne semble pas intéresser le Washington-Post. Dommage pour les enfants du Yémen qu’ils n’aient pas eu le temps de se faire embaucher par M. Bezos ; il aurait pris les choses en main.

agoravox.fr

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*