“Biens mal acquis” : l’oncle de Bachar al-Assad traîne un élu parisien et un journaliste en justice

Dans un procès qui s’est ouvert mardi, à Nanterre, l’oncle du président syrien Bachar al-Assad, en exil, poursuit en diffamation un élu communiste et un journaliste français après les doutes émis sur l’origine de sa fortune colossale.

Un élu et un journaliste sur le banc des accusés. Ian Brossat, du Parti communiste français et adjoint à la Mairie de Paris, et Rémi Sulmont sont jugés, mardi 2 octobre, à Nanterre, pour diffamation à l’encontre de Rifaat al-Assad, l’oncle de Bachar al-Assad.

L’élu communiste est poursuivi pour avoir qualifié un terrain que détenait Rifaat al-Assad dans le XVIe arrondissement parisien de “bien mal acquis”. En 2016, la ville de Paris expropriait l’ancien vice-président syrien d’un terrain en friche de 788 m2 afin d’y construire des logements sociaux.

Dans une chronique, le journaliste Rémi Sulmont avait cité Ian Brossat qui se réjouissait de cette décision. Ce “bien mal acquis, obtenu avec de l’argent volé au peuple syrien par l’un des pires régimes au monde, va servir à l’intérêt général”, avait salué l’adjoint à la Maire de Paris dans ses propos rapportés par le journaliste.

Un patrimoine immobilier en France estimé à 90 millions d’euros

Rifaat al-Assad, né en Syrie en 1937, déclaré persona non grata dans son pays depuis 1983 après un coup d’État raté contre son frère, Hafez al-Assad, peut se targuer d’avoir gagné jusqu’ici la totalité de ses procès en diffamation en rapport avec ses biens.

Il reste cependant poursuivi depuis juin 2016 par la justice française pour “blanchiment de fraude fiscale en bande organisée” et “détournement de fonds publics”. Il est soupçonné d’avoir bâti, grâce à des détournements de fonds publics syriens, un patrimoine colossal en Europe. Il faut dire que rien qu’en France, il disposait par exemple de deux hôtels particuliers à Paris dont un de 3 000 m2, un haras et un château dans le Val d’Oise ou encore 7 300 m2 de bureaux à Lyon. Tous ces biens ont été saisis en 2016 par les douanes françaises, indique l’AFP. L’indemnité de 9,5 millions d’euros versée par la ville de Paris pour compenser l’expropriation du terrain du XVIe arrondissement a également été gelée par la justice. Selon l’ONG suisse Trial International, des biens lui appartenant ont également été saisis en Espagne et en Angleterre.

Dans un rapport de 2014, les enquêteurs des douanes estimaient à environ 90 millions d’euros la valeur globale du patrimoine immobilier détenu en France par Rifaat al-Assad et sa famille, au travers notamment de sociétés luxembourgeoises.

“Une fortune qui se calcule en milliards d’euros”

L’entourage de l’oncle de Bachar al-Assad, qui ne fait l’objet d’aucune sanction internationale, a toujours minimisé l’ampleur de sa fortune, dénonçant une cabale menée par ses opposants politiques et islamistes.

Mais selon les ONG Transparency International France (TIF) et Sherpa, Rifaat al-Assaddisposerait d’une “fortune qui se calcule en milliards d’euros”.  Dans une plainte déposée en 2013 contre lui et contre X, pour recel de détournement de fonds publics, corruption et blanchiment aggravé en bande organisée, les ONG avaient expliqué qu’il était “vraisemblable que tout ou partie de ces avoirs soit le produit d’actes de corruption ou d’infractions assimilées”.

“Rifaat al-Assad n’est ni le premier ni le dernier kleptocrate qui tente vainement d’obtenir (de la justice) un brevet d’honorabilité depuis longtemps introuvable”, a déclaré à l’AFP William Bourdon, l’avocat de Ian Brossat.

Une réputation sanguinaire

Pourtant, Rifaat al-Assad est précédé d’une réputation sanguinaire depuis les années 1980. Il est notamment accusé par ses détracteurs d’avoir joué un rôle central dans les massacres de Palmyre en 1980, où près de  1 000 détenus ont été liquidés après une tentative d’assassinat avortée contre Hafez al-Assad, et dans celui de Hama en 1982, qui a fait selon les estimations entre 10 000 et 40 000 morts, lors d’une campagne de répression visant la confrérie des Frères musulmans. Dans une procédure distincte lancée en Suisse en 2013, celui qui est surnommé “le boucher de Hama en Syrie” fait l’objet d’une enquête pour crimes de guerre,  visant à déterminer son rôle dans ces deux massacres. L’année dernière, un recours pour déni de justice a été déposé devant le Tribunal fédéral helvétique en raison de la longueur de la procédure.

Exil doré

Aujourd’hui âgé de 81 ans, Rifaat al-Assad fut un temps chargé des basses œuvres de son clan. C’était avant d’être suspecté de vouloir supplanter son propre frère à la tête de l’État bassiste. Banni à vie, il est contraint à vivre en exil. Depuis, il coule une existence dorée, entre la France, la Suisse, l’Espagne et la Grande-Bretagne, et se présente comme un opposant au régime de Damas. La crise syrienne le pousse même à se poser comme une alternative au pouvoir de Bachar al-Assad. Une idée un temps étudiée puis abandonnée par la Russie, allié et protecteur du régime syrien.

Pour justifier son train de vie et l’origine des fonds qui lui ont permis de bâtir son patrimoine,  Rifaat al-Assad a indiqué que les fonds venaient d’Arabie saoudite. Mais selon un ancien pilier du régime syrien, Hafez al-Assad a fait verser à son frère environ 300 millions de dollars pour qu’il accepte de quitter la Syrie. Un versement que Rifaat al-Assad, qui a tout de même gardé son titre de vice-président syrien jusqu’en 1998, longtemps après sa disgrâce officielle, a toujours nié.

Avec AFP

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