Bravo à Moustapha Niasse !

Un membre du gouvernement, l’un des rares à pouvoir maîtriser son fief politique au point d’y réaliser des investitures aux prochaines élections locales sans difficultés, n’a pu s’empêcher ce commentaire : «En définitive, dans  ce pays, seul Moustapha Niasse possède un parti discipliné !». Toutes les autres formations politiques ont fait étalage d’une cacophonie lors de la confection des listes de  candidats pour les élections du 29 juin 2014. Des alliances les plus étonnantes ont été nouées faisant fi des alignements politiques ou des directives des états-majors des partis politiques.

Madiambal DiagneD’ailleurs, le flou sur les consignes des partis pour nouer des alliances a été tel que cela a conforté l’indiscipline et chaque leader local a exclusivement mis en avant ses ambitions personnelles pour diriger la collectivité locale de son choix. En conséquence, les listes de candidatures ont révélé des alliances entre des responsables de partis au pouvoir avec d’autres de l’opposition la plus irréductible. Aussi, des listes concurrentes ont été constatées provenant d’un même parti comme l’Apr ou de partis alliés au gouvernement (Apr, Ps, Pit, Ld, entre autres). Par contre, au niveau de l’Alliance des Forces de progrès (Afp), Moustapha Niasse a trouvé assez de ressources ou de doigté pour maintenir la cohésion et amener ses partisans à coller à l’alliance Benno Bokk Yaakaar.

Le parti de Moustapha Niasse a réussi la prouesse de se singulariser en restant discipliné, ordonné et dans l’obéissance à son chef. Pourtant, on avait beaucoup craint que les élections locales aillent sonner le glas de l’unité au sein de ce parti. En effet, la décision unilatérale de Moustapha Niasse,  exprimée en mars dernier, de ne pas présenter de candidat à la présidentielle de 2017, avait soulevé l’ire de certains hauts responsables de l’Afp.

Le numéro 2 du parti notamment, Malick Gakou, à qui il est prêté des ambitions présidentielles, semblait prendre ombrage de cela. Ainsi, on augurait que les élections locales pourraient constituer un champ d’expression des frustrations au sein de l’Afp. Malick Gakou, au prix de discussions avec Moustapha Niasse, et peut-être avec le Président de la République Macky Sall, a enterré toute velléité d’aller à l’encontre de la volonté du président de l’Assemblée nationale, qui travaille à éviter toute situation délicate avec l’Alliance pour la République, parti du Chef de l’Etat. De ce fait, Malick Gakou a renoncé jusqu’à son projet de diriger la commune de Guédiawaye. C’est une très grosse concession !

De même, le maire sortant de Pikine, Pape Sagna Mbaye, supplanté par Amadou Thimbo, candidat de l’Apr, semble préférer se montrer stoïque. Il reste, comme nous l’avons d’ailleurs déjà écrit dans un article paru dans notre édition du 2 mai 2014 intitulé :

«Des élections trompe-l’œil» que les élections locales prochaines constitueront un mauvais test et ne permettront pas de juger de la côte électorale de tel ou tel parti politique du fait des alliances hybrides nouées. N’empêche, le président Macky Sall se montre impatient d’en finir avec ces élections. Il est réfractaire à toute idée de reporter les élections. La cadence qu’il compterait impulser à son action gouvernementale ne serait pas compatible avec des batailles politiques qui perdurent. Macky Sall voudrait consacrer les trois ans qui lui restent avant de retourner devant les électeurs, à des réalisations économiques et sociales plutôt qu’à des joutes politiques stériles.

Il n’en demeure pas moins que les comportements d’ostracisme, de boulimie des responsables de l’Apr mais surtout leur liberté par rapport aux directives du chef de leur parti, devraient inquiéter le président Macky Sall. Au sein de l’Apr, chacun n’en fait qu’à sa tête et le plus absurde est que le président Macky Sall continue de laisser faire. Cette situation n’est en rien nouvelle, on pourrait même dire qu’elle est congénitale à l’Apr où tout le monde se prend pour l’alter ego du chef de parti. On avait décrié des attitudes qui frisaient la défiance à l’endroit du chef de l’Etat, de la part de hauts responsables du parti.

Dans une chronique, juste quelques semaines après l’installation du président Macky Sall, précisément le 21 mai 2012 et titrée : «Mais Macky, où on va là ?», nous fustigions ce manque d’autorité en soulignant : «C’est comme qui dirait qu’on peut s’adresser au président de la République, M. Macky Sall, l’interpeller de n’importe quelle façon. Il n’y a pas dans ses rapports avec ses interlocuteurs, surtout ses collaborateurs, cette distance, cette réserve pour ne pas dire cette marge de respect due à sa personne, à son statut de chef de l’Etat.

On a vu des ministres, membres de son cabinet présidentiel, s’épancher dans les médias, l’apostrophant publiquement, contester publiquement ses choix et décisions et même le défier ?

N’est-ce pas le ministre-conseiller Moustapha Cissé Lô qui se met presque à le faire chanter ?

N’est-ce pas Mahmoud Saleh qui se met dans une posture de montrer qu’il fait les décisions du Président Macky Sall ?

N’est-ce pas son argentier Harouna Dia, qui pourtant, était fort discret, qui s’épanche dans les médias pour étaler sur la place publique tout ce dont le nouveau Président lui serait redevable ?

N’est-ce pas le syndicaliste Youssou Touré qui rue dans les brancards pour parler de reconnaissance du ventre de la part du chef de l’Etat ?».

Deux ans après, la voix de MackySall n’est pas encore assez audible auprès de ses  camarades de parti. Un autre motif d’inquiétude pour le président Macky Sall est l’état de vacuité politique de son personnel politique. Il apparaît incongru qu’une formation politique au pouvoir soit incapable de s’organiser pour éviter la forclusion dans le dépôt de listes à des élections, d’autant que la loi permettrait dans un délai de 48 heures, de parfaire les listes de candidatures déjà déposées.

  • Écrit par  Madiambal DIAGNE

mdiagne@lequotidien.sn

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