Cafouillage au sommet de l’État sur le prélèvement à la source

Depuis la Finlande, Emmanuel Macron a émis un doute sur le lancement, en janvier prochain, de cette vaste réforme fiscale.

Une rentrée qui n’en finit pas de patiner. Cette fois, à cause d’un cafouillage au sommet de l’État sur le sujet hautement inflammable de la fiscalité. Alors que le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin prévenait sans l’ombre d’un doute, mercredi, que «les Français paieront leur impôt à la source en janvier 2019», voilà que le chef de l’État le désavoue. Qui plus est à quelques jours d’un remaniement. Qui plus est depuis l’étranger, où il n’est guère protocolaire de traiter des dossiers franco-français.

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Devant le premier ministre finlandais Juha Sipilä, dans un pays qui applique ce système fiscal, Emmanuel Macron a annoncé qu’il réservait sa décision. «J’ai besoin d’une série de réponses très précises, a-t-il déclaré, et d’être sûr de ce que nos concitoyens vivront le jour où on le mettra en place si on le met en place». Et d’ajouter: «J’ai plutôt l’intention de conduire cette réforme à son terme, mais j’ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes les questions qui se posent encore, avant de donner une directive finale».

En France, dans la majorité, c’est la surprise. «Il n’est pas question que ce soit reporté, ça fait un an qu’on travaille avec la direction des finances publiques», réagit le député LaREM Laurent Saint-Martin, vice-président de la commission des finances. Cruel hasard de calendrier, le ministre des Comptes publics se trouve alors à Pau où, après un déjeuner avec François Bayrou, il visite un centre des impôts. Devant une nuée de caméras, il est lancé dans son exercice de voltige préféré: prendre le combiné à la volée pour répondre lui-même aux contribuables qui appellent le fisc.

«C’est une réforme très sensible. On est donc prudent. Elle a déjà été repoussée d’un an, il y aura des rendez-vous en septembre pour faire un point de l’avancement du chantier»

Le but est de les rassurer sur les évolutions en cours. L’opération de communication se fracasse rapidement sur les annonces venues de Finlande. Gérald Darmanin doit improviser une réponse à l’extérieur du bâtiment. «J’ai encore eu le président hier soir et j’ai encore eu un échange ce matin avec monsieur le premier ministre», indique-t-il devant les micros, sous le regard interloqué d’un groupe de manifestants de l’administration fiscale.

Visiblement gêné, l’ex-maire de Tourcoing ajoute qu’il aura l’occasion «la semaine prochaine de […] démontrer et remontrer à quel point la modernisation de l’impôt est quelque chose de positif qui est d’ailleurs soutenu par l’ensemble de l’opinion publique». Dans la foulée, la direction générale de l’administration fiscale tweete un surprenant message à l’attention du président, qu’elle supprimera ensuite: «Nous sommes confiants sur le fait que toutes les réponses à toutes ses questions lui seront apportées et que le calendrier sera tenu», pouvait-on lire sur les réseaux sociaux. Un message accompagné du hashtag #gauloispasréfractaire, référence à la sortie du chef de l’État au Danemark.

À Matignon, on tente de calmer les esprits. «Il y a d’un côté un président qui attend des réponses et de l’autre un ministre qui donne des réponses, minimise un conseiller. C’est une réforme très sensible. On est donc prudent. Elle a déjà été repoussée d’un an, il y aura des rendez-vous en septembre pour faire un point de l’avancement du chantier.»

Cette réforme, qui concerne 38 millions de foyers fiscaux, avait été lancée par François Hollande, puis reportée par Emmanuel Macron à son arrivée au pouvoir. Il souhaitait alors procéder à des expérimentations. Une prudence qui s’exprime à nouveau. «Le président a l’obsession du résultat et veut éviter les bugs, explique son entourage. C’est comme s’assurer qu’il y a un coussin à l’arrivée d’un toboggan».

Le chef de l’État a-t-il voulu envoyer un message spécifique aux chefs d’entreprise qui expriment leurs inquiétudes? Ses propos interviennent, en effet, alors que le président de la République a fait le choix d’examiner en priorité le projet de loi Pacte du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, plutôt que la réforme constitutionnelle. «Si la croissance ralentit un peu, raison de plus pour mettre le turbo sur l’économie et le train des réformes», argumente le président du groupe LaREM au Sénat François Patriat.

Le calendrier offre peut-être une autre explication. En octobre prochain, les Français bénéficieront d’une nouvelle vague de baisse des cotisations sociales sur les salaires. Un cadeau fiscal qui va gonfler la rémunération nette des salariés. Mais cet effort va être moins visible, voire disparaître, sur les fiches de paie, avec la mise en place du prélèvement à la source en janvier 2019. Ce qui peut avoir des conséquences sur la consommation des Français et faire perdre le bénéfice politique de la mesure. À cinq mois des européennes, l’exécutif hésite à prendre ce risque, d’autant qu’il doit déjà faire face à la grogne croissante des retraités.

lefigaro.fr

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