Cameroun- Lettre ouverte à Paul Biya : force est … de constater que vous êtes mort politiquement

Monsieur le président,

2018-07-24 21:55:48 – On dit souvent qu’un père c’est jusqu’à la mort. Même si je vous souhaite de vivre encore plusieurs années, force est cependant de constater que vous êtes mort politiquement. Je m’explique.
Le pays se fissure. L’unité nationale si tant est qu’elle a déjà existé vole en éclats. Les frontières se fissurent. Le repli identitaire est de plus en plus célébré et le tribalisme s’expose sans gêne. Au Nord, la victoire sur BokoHaram est loin d’être définitivement acquise. Mais entretemps, certains de nos militaires sèment visiblement plus de terreur au sein de la population civile que les miliciens de la secte terroriste. J’en veux pour preuve la vidéo montrant une femme et de son enfant abattus sans foi ni loi par plusieurs militaires camerounais.
Au Sud-Ouest et au Nord-Ouest, c’est la guerre civile. Le mot n’est pas galvaudé. Le Cameroun est en guerre. La violente répression qui constitua la réponse de votre régime aux revendications sociales de 2016 dans la zone anglophone a donné lieu à un schisme profond entre le SouthernCameroon et le Cameroun francophone. Fidèle à sa technologie répressive, votre régime trentenaire a réussi l’exploit de radicaliser une partie importante de la population anglophone si bien qu’elle ne se gêne plus pour exprimer ses velléités indépendantistes. Pire encore, elle se donne les moyens armés d’y parvenir.
Monsieur le président,
Ce qui est particulièrement difficile en ces temps troublés, c’est la tâche cornélienne que votre (in)action nous impose, c’est-à-dire essayer de défendre l’intégrité du Cameroun sans faire jeu de votre régime et soutenir la cause anglophone sans faire le jeu des extrémistes/sécessionnistes.
Il demeure que la crise anglophone n’est pas un simple un événement contingent. C’est l’expression la plus retentissante de l’échec abyssal se vos 36 ans de gouvernance. Vous qui n’avez jamais cessé de vous présenter comme le garant de la paix au Cameroun devez tirer les conséquences politiques de votre incapacité à respecter cet engagement. Autrement dit, si vous êtes cohérent avec vous-même (on peut toujours rêver), démissionnez ou à tout le moins renoncez à vous porter candidat pour un énième mandat.
N’essayez pas, s’il vous plaît Monsieur le président, de nous vendre la sauce insipide du type « vous êtes le meilleur risque », « le pays traverse une période difficile qui requiert de l’expérience », « vous êtes le meilleur candidat » et tutti quanti. On l’a entendu jusqu’à plus soif. Je me souviens que le 26 septembre 2011 déjà vous aviez eu recourt à cet argument démagogique et espiègle pour justifier votre candidature. À la veille de la dernière échéance électorale en effet, vous écriviez alors sur votre page Facebook « Par rapport à l’élection, est-il possible d’hésiter ? La paix ou l’aventure ? La stabilité ou l’incertitude ? L’ordre ou le chaos ? » . 7 ans après il est loisible de constater l’échec de ce que vous présentiez alors comme votre plus belle réussite et votre passeport pour un nouveau septennat.
Au fond, ce qui devait arriver (hélas) arriva. Composé de népotisme, de tribalisme, de copinage, de corruption, de favoritisme, de gérontocratie, de répression politique, de violence institutionnelle, d’absence chronique de vision économique, etc. votre logiciel était en réalité programmé pour échouer. Rétrospectivement, les grèves étudiantes des années 90 et les revendications sociales de 2008 constituaient déjà les signes annonciateurs d’un malaise profond que vous avez comme à votre à habitude ignoré. Vous n’avez d’ailleurs pas hésité à qualifier les grévistes « d’apprentis sorciers ».
Monsieur le président, 
Avec égards pour votre vénérable âge, permettez-moi de vous dire que vous ne faites plus partie de la solution aux problèmes du Cameroun. Vous n’en avez jamais fait partie. Et pour cause, vous en êtes le principal responsable. Sous votre régime, le Cameroun est resté figé en 1982. Il est triste de voir ce pays riche de ses immenses ressources naturelles et humaines sombrer chaque jour un peu plus dans l’ornière du sous-développement et de la délitescence continue du lien collectif.
Tout en me gardant d’égrener davantage les « ndem » successifs de votre régime, je tiens cependant à souligner que seul votre départ combiné à l’élection démocratique et transparente d’un nouveau président peut constituer une amorce intéressante pour la résolution du problème anglophone et l’émergence définitive du Cameroun.
N’écoutez pas ceux et celles qui, pris en otage par des considérations alimentaires et vaniteuses, vous pousse au jusqu’au-boutisme. Vous êtes à la veille d’embraser le Cameroun par votre obstination. Pensez à Ben Ali, Compaoré, Bokassa ou Mobutu. Pensez à la fin quelques fois tragique de plusieurs de vos ex-homologues qui ont voulu s’éterniser au pouvoir.
Monsieur le président,
La teneur de cette lettre ne vous sera sans doute pas étrangère. Nul doute que vous en avez déjà reçu du même type. Toutefois, ne soyez pas comme cet âne qui attend d’avoir l’eau aux oreilles pour apprendre à nager. On dit souvent que gouverner c’est prévoir. C’est aussi prévoir sa sortie. Il est temps.
En espérant que l’objet de cette lettre trouve un écho favorable, je vous prie de croire Monsieur le président, à l’expression de mes salutations respectueuses et de mes remerciements anticipés.
Par Christian Djoko

: Afrique Monde

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