Cameroun: Opération 11 millions d’électeurs / Paul Biya ne quittera jamais le pouvoir par les élections, jamais! Tout est balisé par les frères du village.

– Depuis quelques mois, j’entends parler de la campagne «11 millions d’inscrits». Une initiative portée par l’universitaire et consultant Cabral Libii li Ngue qui, soit dit en passant, est un frère et camarade de ma sœur aînée (aujourd’hui enseignante à l’Université de Ngaoundere)au Lycée d’Eseka.

Moi-même, je suis inscrit sur les listes électorales depuis mai 2015 et attend de retirer ma carte d’électeur à Bobine d’Or, au quartier Ekounou à Yaoundé.

Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit sur les dessous de cette campagne. Je crains cependant que cette lumineuse idée de Cabral soit un couteau à double tranchant pour lui car s’il est normal que les citoyens s’inscrivent massivement sur les listes électorales afin de décider de celui qui présidera à leur destinée pour les 7 prochaines années, cette opération risque cependant paraître dans les mois à venir comme un moyen de légitimer la fraude électorale que M.Paul Biya et des membres de sa famille préparent pour confisquer ad vitaem eternam le pouvoir. Et bonjour le discrédit pour quelqu’un comme Cabral Libii qui de par ses analyses pertinentes a travers des médias jouit d’une grande estime au sein d’une bonne frange de la population camerounaise.
ATTENTION CABRAL, CAR LE PEUPLE CAMEROUNAIS N’OUBLIE RIEN.
Mais avec toute la franchise qui caractérise mon être et après avoir regardé les camerounais dans les yeux, je suis convaincu que PAUL BIYA NE QUITTERA JAMAIS LE POUVOIR PAR LES URNES, JAMAIS. Cette idée ne lui a jamais traversé l’esprit.
N’avait-il pas déclaré devant les caméras de la Crtv en juin 2004, alors que la rumeur le donnait pour mort, qu’il donne rendez-vous aux Camerounais dans 20 ans pour ses obsèques ? Pour ce faire, lui et ses « frères du village » ont suffisamment balisé le terrain pour régner éternellement sur le Cameroun:c’est lui qui fixe la date des élections, c’est lui qui décide de combien doit être alloué aux opposants en termes de financement de la campagne, c’est lui qui décide même des opposants qui doivent l’affronter, les membres d’Elecam, de la préfectorale et de la Cour suprême ( qui proclame les résultats) sont nommés par lui.
L’armée à sa disposition est prêt à mater toute contestation électorale. Le Code électoral d’avril 2012 lui garantit une victoire avant la date. Même sa candidature à lui Cabral Libii à la présidentielle ne changera rien à la donne.
Et même s’il venait à Paul Biya l’idée de quitter le pouvoir, que fera t-il de certains membres de sa famille, véritable association de malfaiteurs qui ne jurent que par la conservation de leur biens mal acquis et dont le triste bilan se résume au détournement de fonds publics, aux assassinats, aux complots contre des serviteurs de l’État les plus brillants (la plupart sont soit en prison, soit en exil), à l’accaparement des projets d’investissement portés par d’hommes d’affaires étrangers, etc. Autant de choses qui font que Biya ne renonce point au pouvoir. Voilà qui me fait douter du succès de l’opération 11 millions d’électeurs. Le dire n’a rien du scepticisme ni du pessimisme mais a tout du réalisme.
La voix des urnes étant donc bloquée, que reste t-il au peuple camerounais pour envisager un avenir sans Paul Biya? Le coup d’État?
Mieux vaut ne même pas y penser, l’armée camerounaise étant embourgeoisée et foncièrement corrompue grâce aux multiples passe-droits qu’elle s’offre depuis le coup d’État manqué de 1984 (pratique des multiples salaire encore appelé ‘mboma’, marchés sans appels d’offres, trafics de bons de carburant, etc.). D’ailleurs, deux précautions valant mieux qu’une, Paul Biya a pris toutes les dispositions pour sur-armer et choyer les corps d’élite tel que le BIR, la GP, la DSP, véritable digue de protection prête à parer à toute velléité de coup de force qui pourrait provenir de l’armée régulière, abandonnée à elle-même.
Que reste t-il donc au peuple camerounais pour reprendre sa souveraineté confisquée par un clan familial?
Sans être un adepte de la violence, je pense très sincèrement que le Cameroun n’est pas loin des révolutions burkinabé et du printemps arabe, au regard des nombreuses frustrations et humiliations accumulées par le peuple camerounais après 35 ans de dictature et de terreur. Quoi qu’il en soit, les Camerounais ont toutes les cartes en main. A eux et à eux seuls de tirer les conséquences de ce qui précède.
Par Michel Biem Tong, Journaliste et correspondant du CL2P au Cameroun

 

: Afrique Monde

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