Carlos Ghosn se dit victime d’un «complot» et d’une «trahison» de Nissan

(FILES) In this file photo taken on September 12, 2018 French Renault group CEO and chairman of Japan's Nissan Motor CO. Ltd and Mitsubishi Motors Corp, Carlos Ghosn poses during a photo session at the Renault headquarters in Boulogne-Billancourt. - Renault boss Carlos Ghosn has handed in his resignation, France's economy minister said on January 24, 2019 ahead of a board meeting at which the French car maker is to appoint his successor. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Dans sa première interview à la presse depuis son arrestation en novembre dernier, l’ancien patron de Renault dénonce un «complot» du constructeur japonais pour l’évincer, et se défend de toute malversation.

Fatigué, meurtri mais pas battu, Carlos Ghosn s’exprime enfin, et rend les coups portés par ses anciens collègues japonais à son encontre. Détenu par la justice japonaise depuis plus de deux mois, l’ex-PDG de Renault n’a «aucun doute» sur la suite d’événements ayant mené à sa chute: dans une interview accordée au Nikkei durant une vingtaine de minutes, il dénonce un «complot» fomenté par les dirigeants de Nissan et réfute plusieurs accusations. L’homme d’affaires franco-libanais, qui reconnaît l’existence d’un «plan» pour fusionner les trois constructeurs membres de l’Alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, estime que les charges dont il se retrouve accusé sont fausses et ont été créées de toute pièce par des cadres de Nissan désireux de faire échouer son projet d’intégration des trois entreprises.

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Triplement inculpé, Ghosn ne revient cependant pas sur les accusations liées à ses déclarations de revenus, et reste vague sur la majorité des thèmes abordés: «je ne suis pas un avocat», se justifie-t-il, expliquant qu’il ne «connaît pas l’interprétation» des faits qui lui sont reprochés, notamment par Nissan.

● Comportement «dictatorial» chez Nissan

L’homme d’affaires nie tout d’abord avoir eu un comportement «dictatorial» lorsqu’il était à la tête de Nissan, et s’il reconnaît avoir mis en place un «leadership fort», il considère que ces coups portés par les cadres de l’entreprise japonaise depuis plusieurs semaines ont pour seul et unique but de «se débarrasser» de lui en salissant son image.

● Abus de confiance

Revenant ensuite sur l’accusation d’abus de confiance, il explique que le paiement de 14,5 millions d’euros pour l’homme d’affaires saoudien Khaled al-Juffali était légal, et avait été approuvé par «l’exécutif en charge de la région». Le paiement a été réalisé grâce à la «réserve du PDG» dont il bénéficiait et validé par «quatre cadres» de Nissan: «la réserve du PDG n’est pas une caisse noire», ajoute Carlos Ghosn. Carlos Ghosn: victime ou coupable ? Bertille Bayart, Emmanuel Egloff, Jean-Marie Bouissou et Bruno Gollnisch décryptent l’affaire Carlos Ghosn.

Carlos Ghosn: victime ou coupable ? – Regarder sur Figaro Live

● Obtention de fonds via une structure néerlandaise

Accusé par le constructeur japonais d’avoir reçu 7,8 millions d’euros versés de manière frauduleuse depuis une joint-venture néerlandaise de Nissan et Mitsubishi sans en informer les directeurs des deux entreprises, Ghosn balaie ces déclarations, et les qualifie de «distorsion de la réalité».

● Achat de résidences de luxe sur les fonds de Nissan

Alors que son partenaire japonais le soupçonne d’avoir obtenu des résidences de luxe à Beyrouth et Rio de Janeiro grâce à des fonds d’une filiale de Nissan, l’ancien patron de Renault explique que ces achats avaient été validés par le service juridique du constructeur, et considère qu’ils lui étaient indispensables pour disposer un «endroit sûr» où il pouvait «travailler et recevoir des invités», au Brésil comme au Liban.

Vers une bataille juridique acharnée

Dans l’ensemble, ainsi, Carlos Ghosn s’estime victime d’un complot destiné à faire échouer ses plans pour l’avenir de l’alliance automobile et mis en place par ses opposants chez Nissan. Pour autant, l’ancien homme fort de Renault, généralement discret sur sa vie personnelle, se dit en bonne santé et explique que ses journées en prison comportent «des hauts et des bas». «Je ne fuirai pas» du Japon, promet-t-il, expliquant qu’il compte bien se défendre face aux accusations. Le combat paraît toutefois inégal: «toutes les preuves sont chez Nissan, et Nissan interdit aux employés de me parler», regrette-t-il, amer.

Réagissant immédiatement à la publication de l’entretien, Nissan a contre-attaqué ce mercredi et rappelé que son patron, Hiroto Saikawa, avait déjà «catégoriquement réfuté la notion de coup d’Etat» mise en avant par Carlos Ghosn. Le constructeur martèle que son enquête interne a permis de mettre à jour des «preuves significatives et convaincantes de malversations», justifiant ses accusations.

lefigaro.fr

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