Ce que contient le programme de Marine Le Pen

La candidate du Front national à l’élection présidentielle présente, samedi et dimanche, à Lyon, « 144 engagements », parmi lesquels figurent la sortie de l’euro ou la réduction de l’immigration.

D’une présidentielle à l’autre, les programmes se suivent et se ressemblent pour Marine Le Pen. La candidate du Front national à l’élection présidentielle de 2017 a révélé, samedi 4 février, à Lyon, « 144 engagements » à l’occasion de ses « assises présidentielles », organisées au Centre de congrès de Lyon.

Comme l’expliquait ces derniers jours un dirigeant frontiste, la nouveauté réside avant tout dans la « formulation » des propositions de la candidate, qui visent à arrondir les angles sur les points les plus controversés. Le document présenté, samedi, par la présidente du FN, se résume donc à un « mélange d’orientations générales, de principes et de mesures techniques », comme le décrypte un responsable de la campagne.

Programme économique lissé

Les considérations les plus vagues – « proposition n° 12 : rétablir la sécurité sans attenter aux libertés individuelles » – se mêlent à des précisions de pure forme – « proposition n° 121 » : un deuxième porte-avions sera construit et baptisé « Richelieu », cardinal dont le portrait orne le bureau de Marine Le Pen à son siège de campagne.

La façade économique a été ravalée, notamment pour rassurer les retraités, ce fameux électorat qui se mobilise à chaque échéance, mais pas pour le FN. En 2012, un chapitre entier du programme était consacré à la « déconstruction ordonnée de l’euro ». Aujourd’hui, l’affaire est évacuée en une demi-phrase : « rétablissement d’une monnaie nationale, levier de notre compétitivité et adaptée à notre économie ». Le mot « euro » est chastement proscrit, même si l’objectif reste le même.

Nouveauté par rapport à 2012 : chaque parent pourra transmettre « sans taxation 100 000 euros à chaque enfant tous les cinq ans [au lieu de quinze ans actuellement] ». De quoi faire pâlir le très libéral François Fillon, qui préconise « seulement » une réduction à dix ans du délai entre deux donations.

Pour tenter de contourner les accusations de la droite, qui dépeint le FN comme un parti proche de Jean-Luc Mélenchon du point de vue économique, l’accent a été mis sur le soutien aux PME : suppression du compte pénibilité, mise en place d’un « guichet unique dédié [social, fiscal et administratif} », etc. Les charges sur la première embauche d’un jeune de moins de 21 ans seront de plus supprimées sur une période de deux ans maximum pour toutes les entreprises.

De nombreux standards frontistes restent interprétés par la candidate : inscription de la « priorité nationale » dans la Constitution, suppression du droit du sol, fin du monopole syndical, promotion de l’« assimilation » plutôt que de l’« intégration », « expulsion automatique des criminels et des délinquants étrangers », etc.

Grande réforme constitutionnelle

Comme l’a révélé la députée européenne dans un entretien au Monde, jeudi 3 février, une grande réforme constitutionnelle, qui sera soumise à un référendum après les élections législatives de juin, doit permettre d’entériner la « priorité nationale », en plus de la suppression des régions, de la réduction du nombre de parlementaires (300 députés et 200 sénateurs), ou encore de la sanctuarisation « la défense de notre patrimoine historique et culturel » – une proposition dont on ne voit pas très bien ce qu’elle recouvre.

Tout nouveau contrat de salarié étranger sera de plus taxé, et une contribution de 3 % sur les produits importés sera créée.

Certains marqueurs historiques du parti d’extrême droite ont de leur côté disparu. Aucune mention du rétablissement de la peine de mort n’est faite : en 2012, cette mesure devait être soumise à un référendum proposant soit son rétablissement, soit la mise en place d’une « perpétuité réelle ». Seule cette dernière mesure est retenue.

De plus, la réduction de l’immigration devient une proposition parmi d’autres. La candidate propose de descendre à un solde migratoire de 10 000 personnes par an (contre 40 000 aujourd’hui). En 2012, elle promettait de « stopper les flux migratoires vers la France », en réduisant le nombre total d’entrées sur le territoire à 10 000 personnes.

Plus symbolique, le témoignage de « la reconnaissance de la communauté nationale à l’égard des Harkis et de leurs familles » et l’« opposition à toute commémoration du 19 mars 1962 », date des accords d’Evian, qui ont ouvert la voie à l’indépendance algérienne, ont disparu du programme. Ce qui ne devrait pas plaire à certains cadres et militants du parti, pour qui la mémoire de l’Algérie française reste tenace.

De tout cela ressort une impression de flou et de propositions incantatoires. Pour l’heure, aucun chiffrage n’a été communiqué. « En 2012, il fallait descendre à un niveau de granularité extrêmement fin. 2017, c’est l’heure des grands choix. On n’est pas partis sur un programme de 300 pages avec 3 000 feuilles de tableur Excel pour le chiffrage », explique Jean Messiha, coordinateur du programme de Mme Le Pen.

Selon nos informations, le FN table sur une hypothèse de croissance optimiste : 1,3 % en 2017, pour atteindre finalement 2,5 % en 2022.

« On n’a pas encore eu le temps de mentir, nous n’avons pas eu le pouvoir, lâchait récemment avec une pointe d’ironie Jérôme Rivière, ancien député UMP et membre du conseil stratégique de campagne. Qu’on nous donne le bénéfice du doute. » Ce n’est pas écrit dans le programme, mais c’est sans doute un des arguments les plus forts de Marine Le Pen.

LE MONDE

Par Olivier Faye

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