Centrafrique : Paris mobilise 600 soldats
ACTUALITE, INTERNATIONAL, POLITIQUE Mercredi, janvier 2nd, 2013
Un contingent de 150 parachutistes français venus de Libreville, au Gabon, est arrivé vendredi à Bangui. Des renforts sont arrivés à Bangui pour protéger les ressortissants français, alors que la rébellion progresse. La France saura-t-elle se sortir du piège centrafricain? Alors que les rebelles de la Séléka s’approchent de Bangui, la capitale, dans une offensive qui semble inarrêtable, et que le pouvoir ne paraît pas enclin à la négociation, les regards se tournent vers Paris.
«Nous demandons à nos cousins français et aux États-Unis (…) de nous aider à repousser les rebelles sur leurs positions initiales», a dit François Bozizé, le président centrafricain, lors d’un discours prononcé mercredi sur la place principale de Bangui. La fin de non-recevoir de François Hollande fut nette.
La France n’est pas présente dans son ancienne colonie pour «protéger un régime», mais «pour protéger (ses) ressortissants et (ses) intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays». Le président français a en revanche appelé «toutes les parties à cesser les hostilités».
Pour l’Élysée, c’était une occasion de symboliser la rupture avec la «Françafrique» prônée par le nouveau président. Mais la cassure pourrait être plus difficile à faire qu’à dire. Car, sur le terrain, quelque 250 militaires français étaient déjà présents dans le cadre de la mission Boali, une opération de soutien à une autre mission, la Micopax, un corps expéditionnaire composé de troupes d’Afrique centrale et destiné à stabiliser le pays.
Ces derniers jours le contingent tricolore n’a cessé de monter en puissance. D’abord vendredi, avec un renfort de 150 parachutistes des troupes de marine puis dimanche avec l’arrivée de 180 légionnaires supplémentaires. Au total c’est donc près de 600 hommes qui sont stationnés à l’aéroport de Bangui.
« Ils sont là à titre de précaution en cas d’opération d’évacuation», assure-t-on au ministère de la Défense. Environ 1200 Français vivent en Centrafrique. Mais pas plus de 500 à 800 de nos compatriotes seraient dans le pays actuellement. Si l’on ajoute les Européens que la France a la charge de protéger, c’est un peu plus de 1000 personnes qui pourraient être exfiltrées. Un nombre relativement faible au regard du dispositif.
«On compte presque un militaire par citoyen français», sourit un homme politique centrafricain. «Il semble que Paris redoute un affrontement dans la capitale. Il serait alors difficile d’assister à un bain de sang sans tenter de calmer les choses», explique un bon connaisseur du dossier.
Le retour des paras
Paris se défend d’avoir de telles intentions mais le soupçon persiste. Ancienne puissance coloniale, la France fut longtemps la force qui faisait et défaisait les régimes à sa guise, et la Centrafrique, une sorte de caricature de la Françafrique. Depuis une quinzaine d’années, les autorités françaises tentent de rompre avec ce passé, sans y parvenir.
Le tournant fut pris à la fin des années 1990 avec la fermeture de la base militaire de Bangui, puis le retrait des coopérants. Pourtant, en 2003, c’est avec la bénédiction française que Bozizé, aidé par le Tchad, avait pris le pouvoir.
En 2006, le même Bozizé était parvenu à convaincre d’appliquer les accords de défense. La France était encore intervenue. Mais moins d’un an plus tard, les parachutistes français étaient de retour pour dégager Birao, une ville du Nord, de rebelles soudanais.
La fin de l’accord de défense, remplacé en 2010 par un partenariat, impliquait la fin de ce type d’opération. «C’est le but de ce nouveau texte», assuraient les diplomates. Voici venue l’heure de l’épreuve des faits.
Par Tanguy Berthemet
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