Chapitre deux : polygamie

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Abi : la comédie

Des jours que je suis scotchée à mon lit, broyant du noir et en voulant à tout le monde pour ce qui m’arrive. Je ne peux supporter cette douleur qui me comprime le cœur et me fait pleurer comme une madeleine. Le pire est que je suis en train de devenir complétement folle de jalousie tellement je pense à eux surtout la nuit. L’image de leurs corps entrelacés me torture. Mon mari est en train de prendre son pied avec une autre femme et moi je dois l’accepter. Pourquoi ? C’est notre religion qui l’admet, pif. Elle aurait dû aussi nous l’accorder, ne serait – ce qu’une fois, pour que nos hommes connaissent la douleur que nous ressentons quand cela nous arrive. Un sentiment de trahison, d’abondon, de tristesse, de haine, de jalousie…Tant de choses qui te donnent envie de mourir.

Des questions reviennent en boucle. Qu’est – ce qu’ils font ? Où sont – ils ? En quoi j’ai failli. Sont – ils partis en lune de miel ?  Est – elle meilleure que moi au lit ? Elle a déjà été mariée si j’en crois l’homme avec qui elle était ce fameux jour où je l’ai vu pour la première fois. D’ailleurs, c’est ce soir-là que ma relation avec Malick a commencé. Je peux dire que c’est grâce à elle que je suis avec lui aujourd’hui. Parce que ce soir-là, il était si bouleversé qu’il s’est jeté dans mes bras pour l’oublier. Il l’aimait déjà, d’un amour qui n’a pas dû s’estomper durant ces cinq ans puis qu’il l’épouse aujourd’hui. Et c’est qui me fait le plus peur : il est fou de cette femme. Qu’est – ce que je vais faire si Malick me délaisse comme mon père l’a fait avec maman ? Au Sénégal c’est chose courante et la société abdique. Pire elle la cautionne en critiquant la femme disant qu’elle n’a pas été une bonne épouse. Pourrais – je supporter qu’il me quitte un jour ?

Ma belle – mère s’est installée ici depuis le fameux jour, ça m’énerve grave. J’ai l’impression qu’elle est là pour me surveiller malgré qu’elle soit au petit soin avec moi. Quand mes amies ou mes tantes viennent me voir, elle est toujours présente. Ce qui fait que personne n’ose dire du mal ou autre chose devant elle. Ce n’est pas juste. Son fils m’a fait mal, donc j’ai le droit au moins de me défouler. J’ai toujours été au petit soin avec elle et là, au lieu de me soutenir, elle vient jouer aux gendarmes chez moi. Juste pathétique, si ma mère n’était pas là, j’aurais fait un scandale depuis longtemps. Bref, j’ai décidé de ne plus descendre manger à table et même quand on m’apporte quelque chose, je refuse. Depuis la dernière fois qu’on a parlé au téléphone, monsieur ne m’appelle plus. Alors j’ai décidé de faire une fausse grève de la faim et ça semble marcher puisqu’il m’a appelé cinq fois depuis ce matin mais je refuse de répondre. C’est ma mère qui m’amène toujours à manger dans son sac et dès fois j’attends que tout le monde se couche pour descendre à la cuisine. Ma belle-mère est complétement affolée. J’ai un peu honte, mais pour saboter un peu leur lune de miel, je suis prête à tout.

La porte s’ouvre avec fracas faisant apparaitre Malick, le visage impassible, les yeux brillants et la peau un peu éclaircie. Bref il est plus beau. Forcément grâce à Aicha et mon cœur se resserre face à ce constat. Il s’approche doucement suivi de Mamie ma bonne qui tient un plateau rempli de je ne sais quoi. En tout cas, ça sent divinement bon, j’ai l’eau à la bouche.

  • Poser ça sur la table, lui dit – il en désignant le petit salon prêt de la fenêtre. Elle s’exécute et nous laisse seuls. Je continue à le dévisager avec sa chemise noire déboutonnée en haut et ce jean serré qui lui va à merveille. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu s’habiller de façon si décontractée. Ça lui donne dix ans de moins et le rend très sexy. Abi, un peu de dignité toi aussi. Je détourne les yeux. J’entends la porte se fermer à clé. Pourquoi ? Ses pas s’approchent et mon cœur se met à battre plus vite sans que je ne puisse m’en empêcher. Shim. Je sens ma couverture descendre vers le bas et le temps que je comprenne ce qui se passe, Malick me soulève du lit. Je me débats sans conviction.
  • Fais-moi descendre tout de suite sinon…
  • Sinon quoi, demande t – il en haussant le ton. Je te jure que si tu ouvres encore ta bouche de femme-là, je ne réponds plus de moi, crie-t-il. Nos regards s’accrochent et je frissonne devant ses yeux qui brillent de colère. Il ne blague pas, quel toupet. N’empêche, la peur finit par dominer mon envie de rébellion. Il me tient toujours dans ses bras et se dirige vers le mini-salon. Comment il fait pour marcher aussi aisément alors que je pèse des tonnes ? Au lieu de me faire assoir sur un des fauteuils, il prend place me gardant toujours dans ses bras. Cette proximité ne m’arrange pas du tout, elle me désarme. J’essaye de me lever mais il me retient fermement et frappe très fort à ma main quand j’essaye d’ouvrir ses bras enlacés autour de ma taille.
  • Aie, criais – je en me massant la main, les yeux grands ouvert. Tu m’as frappé ?
  • C’est rien comparé à ce que je vais te faire si tu continues à te rebeller. C’est quoi ces histoires que tu veux mourir et me laisser seul avec les enfants. Tu es folle ou quoi ? Je crois que ta mère t’a pourri, gâtée et qu’on ne t’a jamais donné une fessée. Mais tu vois ma main là, elle n’attend que ça, finit – il en me le tendant sur le visage.
  • Tu blagues ?
  • Ai – je l’air de blaguer, crie t – il me faisant sursauter. Mais où est passé mon Malick pensais – je. Il n’a jamais été violent. Il est énervé parce que je l’ai obligé à quitter son nid d’amour. Sans plus tarder, il ouvre l’assiette, prend une bouchée avec sa main et me la fourre violemment dans la bouche. Mange, ordonne – t – il. Je m’exécute sans réfléchir, complétement tétanisée.  Deuxième cuillérée, troisième… Ça vient toutes les dix secondes.  Mais plus les secondes passent, plus il devient moins violent. Tu aimes, demande t – il comme s’il parle à une enfant. Je fais juste oui de la tête. Ça vient de ton restaurant préféré, poursuit – il avec plus de douceur. De sa main, il prend une crevette et me l’amène à la bouche.
  • Je peux manger moi-même, dis – je la voix tremblante. Il ferme les yeux comme pour se contenir et reprend une autre cuillérée et me la remet dans la bouche. C’est la première fois qu’il me donne à manger et j’ai de plus en plus chaud, c’est trop intime. Dès fois quand la sauce commence à descendre de ses doigts, il lèche ses doigts tout en me regardant avec convoitise. A quoi il joue. Un moment il met une crevette sur sa bouche et me fait signe de prendre la moitié. Oho, il me fait quoi là. Comme nous sommes trop proches, il suffit qu’il avance sa tête pour que je m’exécute. Je ferme les yeux sans le faire exprès. Ce petit jeu commence à me plaire et je sens que si je ne me lève pas, je risque de l’embrasser. Il commence à me caresser le dos, le cou, les bras. Je le regarde d’un œil interrogatif mais il continue son petit manège en me donnant à manger, m’obligeant dès fois à sucer ses doigts. Quand il m’embrasse tendrement, je réponds sans hésiter tellement il m’avait déjà bien remuée.
  • C’est bon, tu n’as plus faim ? Demande t – il d’une voix très douce qui me fait fondre. Je remue juste la tête. Alors il se lève et cette fois il me dépose et se dirige vers la douche. Je me rassois sur le fauteuil et me prend le visage. Qu’est-ce que tu croyais ? Quelques petits gestes de tendresse par ci et quelques petites caresses par là et madame espère quoi ? Mes larmes commencent à couler, je me déteste d’être si faible. Quand il ressort de la douche et se rapproche de moi, je détourne les yeux. Je me sens vraiment humiliée. Il s’assoit à genou devant moi et commence à déboutonner sa chemise.
  • Qu’est-ce que tu fais Ma…Il me prend avidement la bouche. Quand il me relâche, ma tête tourne.
  • Jure moi que tu ne ferais plus de caprices jusqu’à mon retour et moi je te promets de te faire de ces choses qui vont te faire grimper au plafond et alerter toute la maison avec tes cris. J’ouvre grandement la bouche tandis qu’il jette son haut dans la pièce. La tentation est grande et il ne m’a jamais regardé ainsi, avec autant de gourmandise.
  • Je te jure, dis – je la voix tremblante.
  • Encore mieux, dit – il en caressant suavement sa poitrine et en tournant doucement sa langue sur ses lèvres. Han…
  • Billahi, wallahi, taalahi.

Ce n’est pas la peine de me regarder comme ça, vous auriez fait pareil, ish. Quarante-cinq minutes plus tard, je criais une quatrième fois avant de m’effondrer sur le lit complétement terrassée. Quand il revient de la douche, moi j’étais toujours dans ma petite bulle. Aicha a réveillé un lion endormi, mon Dieu.

  • Ça va ? Demande t – il en ricanant, il semble si heureux.
  • Pourquoi ?
  • Pourquoi quoi ?
  • Tu n’as jamais été si coquin, si bon, c’était extra, je ne sais même pas quel mot employer.
  • Hum, fait – il en commençant à s’habiller. La prochaine fois, ce sera meilleur. Mes oreilles se tendent,
  • Meilleur que ce que tu viens de me faire ? Impossible. Il éclate de rire et vient s’assoir à côté de moi en regardant sa montre.
  • Tu verras, dit – il en me donnant une bise. Il sort ensuite un écrin en me le tendant. C’est pour toi dit – il. Je me rassoie toute excitée et ouvre la boite. Un joli bracelet en or sur lequel il est écrit Malick et Abi. Mes yeux s’embuent de larmes.
  • Il essuie doucement mes larmes et me fait une bise.
  • Tu es ma aawa (première) et je ne veux pas que tu sois triste. Je t’aime, me murmure t – il en m’embrassant. Cette fois je pleure vraiment car c’est la première fois qu’il me le dit.
  • Hey arrête de pleurer s’il te plait. Il me prend dans ses bras en me serrant très fort. C’est vrai que je ne te l’ai jamais dit mais je le pense sincèrement. Malgré tes défauts, tu es une femme adorable alors je ne veux pas être celui qui va te faire souffrir. D’accord ? Je fais oui de la tête. Il faut que j’y aille maintenant. Tu veux que je t’amène quelque chose demain ? Je suis tellement heureuse que mon cœur se glace bilay.
  • Tu vas revenir ?
  • Oui, comme c’est samedi, je viens déjeuner ainsi je verrais les enfants en même temps. Ils me manquent.

Quand il partit, je me suis levée toute souriante et heureuse. Ensuite je suis allée prendre un bon bain et me suis habillée toute pimpante direction le salon de coiffure. Malick vient de me montrer un côté que je ne connaissais pas, à la fois tendre et bestial. Je regarde mon bracelet avec tendresse, il m’a dit je t’aime. Certains hommes ne reconnaissent la bonté de leurs femmes que quand ils en épousent une autre. Ou bien Aicha le rend si heureux qu’il ne peut s’empêcher de le partager. Quoi qu’il en soit je n’en tire que du bien.  C’est en sifflotant que je traverse le salon.

  • Bonjours mes mamans adorées. Elles me regardent toutes les deux avant d’éclater de rire.
  • Tu es bien heureuse ma fille, lance ma belle-mère le sourire aux lèvres.
  • Je me suis réconciliée avec…
  • On sait ; tu as alerté tout le quartier avec tes cris, me coupe ma mère me faisant ouvrir grandement les yeux. La honte.
  • Heureusement que les enfants n’étaient pas là, rajoute ma belle-mère en se retenant. Sans répondre je sors rapidement de la maison et c’est seulement dehors que j’éclate à mon tour de rire. Je n’oserais plus jamais les regarder dans les yeux mahalla cet homme m’a fait de ces choses hii. En tout cas si je savais, j’allais moi-même courir demander la main de Aicha de sa part car j’adore le Malick que j’ai vu aujourd’hui.

Malick : entre deux feux

Je souris en pensant à la Abi hyper docile que je viens de laisser. C’est vrai que je suis marié à elle depuis cinq ans mais elle ne connait pas le côté à la fois bestial et hyper coquin que j’ai. Je n’ai jamais eu envie de le lui montrer à part aujourd’hui. Quand ma mère m’a appelé, il y a deux jours pour me dire qu’elle refusait de se nourrir, j’ai fait le sourd. Mais Aicha a commencé à me faire la tête me disant que je n’avais pas le droit d’être si indifférent et qu’au contraire je devais être au petit soin d’Abi parce que c’est elle qui était blessée et non pas moi. Hier soir, elle a refusé que je la touche et j’ai dû lui faire un vrai tour de charme pour qu’elle succombe. Le matin dès qu’elle se réveille, rebelote, elle me supplie de l’appeler. Et quand Abi a refusé de décrocher, elle m’a fait un grand discours d’une heure de temps pour que j’aille la voir. Elle m’a juré que si je faisais un tout petit effort avec elle, alors c’est sûr qu’elle ne ferait plus ses caprices. Par effort, elle entend être gentil avec elle, lui dire des mots doux, lui offrir un petit cadeau, la réconforter quoi.

Quand je suis arrivé, j’ai direct fait un sprint dans sa chambre saluant à peine maman et ma belle – mère. J’ai d’abord fait semblant d’être vraiment fâché. Vous les femmes, on vous connait, donc il faut bien des fois qu’on vous montre que nous sommes vos maitres. La preuve, Abi a tout de suite arrêté ses caprices quand j’ai haussé le ton.  Je n’avais pas l’intention de lui faire l’amour mais quand je lui ai essuyé une larme, j’ai compris qu’elle était déçue. Je me suis dit pourquoi pas ? Ce serait une occasion de lui montrer que ce mariage avec Aicha a réveillé un côté très coquin en moi, il me donne des ailes.

Ma mère a essayé de me retenir, je savais déjà de quoi elle voulait me parler et j’ai fui comme pas possible. Le lendemain du mariage, elle m’a appelé pour me dire à quel point elle était fâchée de la manière dont j’ai rabroué mes tantes durant le mariage. J’ai juste prétexté un autre appel sur la ligne pour raccrocher. Je parlerais avec elle le moment venu, pour l’instant j’ai d’autre priorité : Aicha. Elle me manque déjà. Dois-je lui dire ce que je viens de faire avec Abi.

J’ouvre mon nouvel appartement en sifflotant. Finalement nous avons déménagé à deux pas du bureau, dans un appartement de quatre pièces avec deux chambres, un grand salon et un séjour bien spacieux avec à coté une cuisine et une salle à manger. Nous ne sommes là que depuis hier et l’endroit commence à prendre forme. Tous les meubles ont été achetés, il ne reste plus que la décoration. Je retrouve Aicha au salon en train de regarder un film en mangeant une glace. Elle me fait un beau sourire en se tournant vers moi. Mon Dieu comme j’aime cette femme. Ces derniers jours ont été merveilleux.

  • Alors ? demande – elle les yeux pleins de malice.
  • Tu avais raison. Elle est revenue à de meilleurs sentiments. Elle applaudit des deux doigts, toutes ses dents dehors. Je la sonde pour voir si je dois lui dire en m’asseyant prêt d’elle qui se dépêche de se blottir dans mes bras.
  • Raconte-moi, tu es un vrai bandit toi. Il y a de l’humeur dans sa voix. Soit elle essaye de m’amadouer pour savoir ce qui s’est vraiment passé, soit c’est sincère et qu’elle n’est pas jalouse d’Abi. On va voir. Alors je commence à lui raconter dans les moindres détails jusqu’à mon retour de la douche. Mais je n’ose pas lui dire les termes exactes, je dis juste : nous avons dérapé. Elle se relève, me faisant face, la bouche ouverte. Mon cœur commence à battre très vite.
  • Le dérapé de dérapé là ? Ses yeux ne lancent pas des éclairs mais elle a plutôt un air taquin.
  • C’est parce qu’elle a juré d’être gentille comme un toutou si je lui faisais mes trucs que tu connais. Elle éclate de rire avant d’ajouter.
  • Il y a de ces choses que tu fais, je te jure que moi – même je suis prête à assassiner quelqu’un pour le revivre.
  • Machala boule ma tiatou (touche du bois). On éclate de rire et je m’assois la prenant dans mes bras. Ouf ! J’ai cru que tu allais te fâcher, lui dis – je en la serrant encore plus.
  • Pourquoi le serais-je, c’est ta femme non.
  • Oui mais…
  • Il n’y a pas de mais, ce serait égoïste de ma part de vouloir lui priver de toi. C’est dur de se lever un matin et de devoir partager son mari avec une autre. Alors je ne ferais aucune objection à ce que tu lui fasses quelque gâterie, dit – elle en rigolant. Je l’embrasse tendrement, le cœur rempli de reconnaissance, cette fille a un cœur en or.
  • Au fait, je prends le déjeuner avec eux demain. Je n’ai pas vu les enfants car ils étaient à l’école et ils me manquent beaucoup.
  • D’accord, j’en profiterais pour aller voir mes parents. Maman m’a dit que le tailleur a fini quelque boubou pour moi.
  • Ok après je passerais te prendre. Nous continuons cette conversation dans le même registre enlacé l’un à l’autre. J’adore cette complicité totale qu’on a et qui fait que l’on se parle de tout même des plus petits détails de la vie. Il n’y a aucun complexe entre nous deux, tout vient naturellement, sans calcul. Au début je ne voulais pas parler de Abi avec elle ; mais en une semaine, nous sommes devenus tellement complices qu’elle sait tout de moi, le plus petit détail et vice versa. Au lit c’est juste magique, ce que je ressens quand on fait l’amour est juste waouh, je ne peux même pas le décrire. Pourtant j’ai connu tellement de femmes ; mais avec elle c’est autre chose, je ne me rassasie pas. Elle est si réceptive, si chaude, si serrée, si… Peut – être que c’est le fait que l’on s’aime autant qui rend la chose toujours si intense.   J’ai honte de le dire mais aujourd’hui en le faisant avec Abi, je pensais à Aicha comme le soir où je l’ai vue au restaurant. C’est pas bien mais je n’ai pas pu m’en empêcher et heureusement que je n’ai pas appelé son nom. Est – ce que ce sera toujours comme ça ? Pourrais – je les mettre sur le même pied d’égalité alors que mon cœur ne bat que pour Aicha. Déjà que je regrette d’avoir dit à Abi que je ne resterais que deux semaines. J’ai tout le temps envie d’être avec Aicha, elle est devenue mon oxygène, ma raison d’être. C’est dans ces pensées que je m’endors. A mon réveil, je suis attiré par l’odeur appétissante qui se dégage de la cuisine. Ma femme sait cuisiner et j’ai adoré le diner qu’elle m’a servi hier. Je me demande qu’est – ce qui sent si bon ? Je la rejoins et la trouve en train de chantonner en grattant de la carotte. Je suis si heureux de la voir si épanouit. J’entoure mes mains autour de sa taille la faisant sursauter.
  • Tu m’as fait peur. Je lui donne une bise au cou, incère ma main dans son body et caresse son ventre. Je te vois venir alors bas les pattes, sale morveux.
  • Je ne fais rien bébé. Je lui mordille le lobe de son oreille ce qui la fait tressaillir. Au fait, je voudrais que tu prennes une bonne dès lundi.
  • Mo, pourquoi faire ? Il n’y a que nous deux dans cet appartement.
  • Quand tu reprendras le boulot ce sera trop dur pour toi.
  • Je n’ai pas besoin de faire le ménage tous les jours et toi tu vas bientôt alterner, alors ce n’est vraiment pas la peine. Je grimace quand elle dit ça, heureusement que je suis derrière elle.
  • Je ne veux pas que ma femme se tue aux travaux domestiques alors que j’ai les moyens de lui payer une bonne. Aussi quand je rentre chez moi, je veux qu’elle s’occupe de moi au lieu d’être à la cuisine. La discussion est close, dis – je en prenant sa bouche. Quand je m’écarte d’elle, ses yeux commencent à virer de couleur premier signe de son envie de faire l’amour.
  • Ok mon chaton, dit – elle en me contournant. Je la suis du regard croyant qu’elle sortait de la cuisine ; mais elle se hisse sur la plaque de la cuisine et s’assoie en croisant lentement les jambes. Son regard est félin et un doigt sur ses lèvres elle me dit d’une voix suave. C’est dommage parce qu’on ne pourra pas faire l’amour dans le canapé, encore moins ici, finit-elle, en caressant la plaque sur laquelle elle est assise. Direct j’avale ma salive et mon battement de cœur commence à s’accélérer. J’adore ma nouvelle Aicha.
  • De toutes les façons les bonnes sont en grèves jusqu’en 2030, balbutiais – je. Elle éclate de rire, ce qui la rend plus sexy. Ah cette fille me tient.

Le lendemain le chauffeur me dépose chez moi avant d’aller prendre Aicha pour l’amener chez ses parents. J’ouvre la porte de la maison et c’est le parfum de l’encense bien à la sénégalaise qui m’accueille. Thièy sama drianké bi (femme à corpulence forte pleine d’astuces féminines). C’est la petite Astou, l’homonyme de ma mère qui vient vers moi en premier avec ses cris de joie. Je la prends dans mes bras et la tournoie  au maxi. Quelques secondes plus tard, les autres la rejoignent et c’est partie pour cinq minutes de chatoiement et de course folle. Je lève la tête en entendant le claquement des talons d’Abi sur le carrelage. Hum, je vois qu’elle a sorti la grande artillerie. A la différence d’Aicha, Abi peut verser la moitié de son fonds de teint sur son visage, une vraie maquilleuse professionnelle. Les habits, je n’en parle même pas, s’il n’y a pas de paillette elle n’est pas contente.

  • Hey ne fatiguez pas papa, tonne-t- elle et comme personne ne l’écoute elle crie cette fois : levez-vous tous de suite et dégagez d’ici. Ils s’exécutent aussitôt et sortent du salon en  rouspétant.  Malick, fait attention toi aussi, tu viens juste de sortir d’un accident.
  • Ce n’est pas ce que tu disais hier quand je te faisais l’amour, réplique – je, en m’approchant d’elle. Elle regarde alertée vers la porte.
  • Les mamans sont juste à côté et….Je l’embrasse et entoure mes bras autour de sa taille.
  • Et alors ? Elle tape sur ma tête.
  • Hé, tu as changé . J’éclate de rire en l’enlaçant plus fort contre moi. Je suis juste trop heureux, avais– je envie de lui dire mais je me tais. Je me tourne vers la table où j’avais déposé son paquet de chocolat préféré et le lui donne. A table, Abi est au petit soin avec moi. C’est comme si ma mère n’était pas là. Je me dis que c’est peut – être parce que je ne lui ai jamais donné un peu d’amour qu’elle s’est détournée de moi. Mon père me disait que les femmes sont prêtes à tout pour leurs hommes quand elles se sentent aimées. En tout cas, je vais faire plus attention à elle, je l’amènerais diner ne serait – ce qu’une seule fois par moi, je lui ferais plus de compliments sur ce qu’elle porte même si je n’aime pas trop….J’ai envie qu’elle se sente aimée et peut – être que les choses iront mieux après. J’ai vraiment envie de bien faire les choses.

Aicha : l’excursion

Cela fait une demi-heure que j’essaie mes nouveaux habits. Ma mère n’a pas lésiné sur les moyens . Vingt tenus traditionnels de toutes les couleurs sont éparpillés sur le lit. En tout cas, le tailleur ne m’a pas raté, tout me va à merveille. Je n’arrête pas de tournoyer devant le miroir.

  • Tu as aimé la petite valise que ta tante t’a confectionnée.
  • Donc c’est elle qui a acheté tous ces chiffons ? J’étais choquée, franchement. Maman éclate de rire avant de se tenir la bouche.
  • Tu peux ne pas les porter mais garde tout bien au frais. Dans un an quand la fougue de ton mari se sera dissipée, tu les mettras.
  • Je ne crois pas qu’il accepte d’attendre d’ici un an, répondis – je en pensant à ses supplications depuis quelques jours. A chaque fois je refuse. Ce mec est déjà comme un lion affamé, si je me mets à vouloir jouer aux coquines, il risque de me tuer. Déjà qu’hier, je n’ai même pas pu m’assoir correctement pour diner après l’épisode de la cuisine. Une chose est sûre, je ne le provoquerai plus jamais
  • A quoi tu penses, demande ma mère avec un sourire qui dit qu’elle a surement deviné.
  • Hey maman, si je te le dis, tu vas sortir d’ici en courant. Je fais semblant d’avoir envie de lui raconter en venant m’assoir près d’elle. Figure-toi que Malick….
  • Bahna (merci), dit – elle en levant les mains au ciel je ne veux rien savoir. Déjà que ton toubab là a bien failli provoquer des crises cardiaques le jour du mariage. Toi aussi, dis-lui qu’il y a des choses qui ne se font pas en public.
  • Maman, laisse la femme d’autrui, ish. Depuis le temps que vous vous êtes enfermés dans la chambre. J’ai besoin de parler à ma sœur moi aussi, s’écrie Menoumbé derrière la porte. Je me dirige vers celle – ci et lui ouvre. Direct il me prend la main et coure avec moi dans sa chambre. Papa m’attend aussi au salon, lui aussi veut me parler. Bref je suis une star en ce moment.
  • Tu sais que les vautours ont commencé à appeler.
  • Non, vrai de vrai ? Les charognards shim. En plus comment ont-ils fait ? Papa avait changé tous les numéros en venant à Dakar.
  • Je ne sais pas . En tous cas, toutes ces années, ils ont fait comme si nous étions morts alors ils n’ont qu’à continuer. Si je vois un oncle se pointer ici, je vais lui faire avaler du piment wallay. Passons, où est ma part de la dot.
  • Chi Menoumbé Ndiaye ne recommence pas. Vois ça avec maman, c’est elle qui a l’argent.
  • Quoi ? Tu sais très bien qu’elle ne va rien me donner. Ma mère a donné à tout le monde sa part, sauf moi, ton frère, ton ami, ton griot le jour j et….
  • Ouvrez-moi cette porte. C’est quoi ces histoires crie mon père nous faisant sursauter. J’ouvre rapidement ma pochette et donne 100 000 fr à Menoumbé. Il regarde l’argent, crie sans qu’aucun son ne sorte, me fait la bise partout….Vous allez ouvrir merde. On sursaute encore et je cours rapidement ouvrir tandis que mon frère se dépêche de cacher ce que je lui ai donné. Je viens de lui donner l’argent que Malick m’a glissé avant de partir. Soit disant au cas où.

Papa m’a fait la morale pendant plus de deux heures. Il aurait dû être prêcheur ou imam. Au lieu des dix commandements c’était plus de cent : Tu dois respecter mon mari, tu dois le chérir, tu dois lui être fidèle, tu ne dois jamais hausser le ton devant lui, tu ne dois jamais lui dire non sur quoi que ce soit, tu ne dois….Ma tête commençait vraiment à tourbillonner, hé padré pardon. Quand j’ai vu Malick franchir le seuil, j’ai presque sauté de joie. Et deviné quoi, le gars est venu avec une grande télé plasma pour mes parents et un téléphone dernier cri  pour mon frère. Chi il faut qu’il arrête c’est trop franchement. Menoumbé a tellement crié et fait son clown que papa lui a donné un heute (coup de poing au dos). N’empêche cinq minutes plus tard, quand Malick a allumé le portable il a repris ses chants de griot. Le gars a même chanté et dansé en peul. J’étais sidérée, ki c’est un vrai clown de cirque. Quant à Malick, il riait jusqu’à se tordre. Il n’a pas l’habitude des singeries de mon frère.

Une demi-heure plus tard, mon mari se lève pour prendre congé disant qu’une longue route nous attendait. Je l’interroge du regard mais il me sourit seulement.

  • Mon fils, j’aimerais dans la semaine, si possible aller saluer ta famille. Aussi, j’aimerais amener ma modeste contribution pour votre nouveau chez vous. Elle a dit modeste, hum qui ne connaît pas les femmes sénégalaises. Quand leurs filles doivent rejoindre la maison de leur mari, nos mères vont dans un magasin avec un camion et le rempli de tous les ustensiles de cuisine. Et avec ces coutumes on veut que l’Afrique se développe. Hé, elle va vite déchanter avec Malick.
  • Cela me ferait énormément plaisir de vous présenter à ma famille. D’ailleurs ma mère m’en a parlé tout à l’heure et je lui ai dit le samedi prochain.
  • Magnifique, observe ma mère en souriant.
  • Pour ce qui est de cette coutume, je n’en vois vraiment pas l’utilité et nous avons déjà tous ce qu’il nous faut.
  • Je sais mais tu dois nous laisser faire au moins un minimum de chose…
  • Je vous l’ai déjà dit, ma mère est une vraie femme du monde. Je vous assure que si vous ouvrez, ne serait – ce qu’une petite fenêtre, vous le regretterez amèrement. Mieux vaut dès le début lui montrer que vous n’êtes pas dans ces trucs de ada (traditions). Faite-moi confiance.
  • C’est à dire…
  • C’est quoi cette façon de harceler l’enfant d’autrui crie mon père. Si jamais je te vois commencer ces trucs de téranga là, c’est avec moi que tu auras à faire. C’est compris, martèle mon père d’un ton tellement virulent que moi-même j’ai sursauté. Papa se tourne vers Malick. Ne vous inquiétez pas, moi aussi je suis contre ces choses sans aucune utilité. Nous serons honorés de rencontrer ta famille.
  • Merci père.

Après cette petite embrouille, nous quittons mes parents direction je ne sais où ? Malick me dit qu’il a déjà pris quelques habits pour trois jours. Je suis sûre qu’il y a fourré une mes chemises de nuit chiffon.

  • On va où ?
  • Sally Portudal, tu es déjà allée là-bas ?
  • Non je sais juste que c’est une station balnéaire située sur la petite – côte au sud de Dakar. Il parait aussi que c’est le haut lieu du tourisme au Sénégal, voire en Afrique de l’Ouest.
  • Exactement, un endroit magnifique. C’est un ancien comptoir portugais et ce sont ces colons qui l’on appelé ainsi. On ira au village artisanal pour acheter quelques tableaux et statuettes, dit – il en glissant sa main sous mon pagne. T’ai – je dis que la tenue traditionnelle te va à ravir. Je fais juste non de la tête en retirant sa main baladeuse. Il m’attire encore plus à lui et rebelote.
  • Tu es vraiment un bandit toi arrête, lui chuchotais – je.
  • Tu m’as privé ce matin de mon petit – déjeuner et je dois dire que j’ai vraiment faim, murmure t – il à mon oreille.
  • Il ne fallait pas être si brusque hier soir. Il arrête de me caresser et me regarde avec interrogation.
  • Je t’ai vraiment fait mal, demande – t – il inquiet.
  • Oui et j’ai toujours mal, continuais- je en mimant un visage triste.
  • Je suis désolé, excuse-moi mon amour, dit – il avec sincérité. Je vais te laisser te reposer au moins deux jours. D’accord ? J’ai envie d’éclater de rire avec les yeux de chat qu’il me fait mais je préfère ne rien lui dire. J’ai vraiment besoin de me reposer, je suis fatiguée même si je prends le pied à chaque fois.

Il est presque 16 h quand la voiture entre dans le quartier que l’on appelle Saly Portudal. De jolies villas bien bâties nous accueillent. L’endroit est juste magnifique et je me laisse emporter par la beauté du paysage qui donne envie de s’acheter une maison ici.

Quand nous arrivons à l’hôtel, Malick me fait une petite visite guidé et je me laisse emporter par le calme et la splendeur de ce jardin tropical bordé d’une magnifique plage ornée de cocotiers. Ensuite il m’amène au spa où on me fit un bon massage. Je me suis endormie avant la fin de la séance, la honte.  Ensuite nous sommes allés diner dans le restaurant de l’hôtel où nous sommes accueillis par un décor hyper romantique en face d’une piscine bien éclairée.

Même chose dans la chambre, décor magnifique, avec un style à la fois moderne et traditionnel. Je m’approche de mon mari et commence à l’embrasser. Un moment il recule en levant les mains.

  • On ne fait rien ce soir, je te laisse te reposer.
  • Pourquoi ?
  • T’as oublié ce que tu as dit dans la voiture.
  • Ah c’est vrai, dis – je sans savoir quoi répondre. Il se tourne et fait comme si je n’étais plus là. Je ne sais pas si c’est l’endroit paradisiaque mais j’ai envie de lui, très envie. Tu sais, je….
  • Chi Aicha, ce soir, je ne te touche pas, n’insiste pas, dit-il avec énervement. Pourquoi il s’énerve même ? Il se dirige vers le lit en prenant la télécommande. Va te changer et si tu n’as pas sommeil on se fait un film. Je prends mon sac et le dépasse pour entrer dans la douche. Comme je l’avais deviné, le gars a mis une de mes chemises de nuit hot-là. Pourquoi pas dis – je en riant. Heum, le gars veut jouer aux durs, il va voir. Après avoir enfilé ma chemise de nuit rouge qui couvre à peine mon corps, je sors sans réfléchir avant de changer d’avis. Malick est couché les mains derrière la tête mais quand il me voit il se rassoie de suite et ouvre la bouche.
  • Tu tu tu….
  • C’est quoi le nom du film qu’on va regarder ? Il éteint la télé, ses yeux changent de couleur, sa poitrine se soulève. Il se met à genoux et me temps les mains.
  • La télé est en panne.
  • Dis plutôt que c’est toi qui l’as éteinte. Moi je veux voir mon film, boudais – je.
  • Aicha Ndiaye vient tout de suite ici, rugit – il. J’éclate de rire n’y tenant plus.
  • Jure d’abord qu’on va le faire doucement.
  • Sur la tête de ma mère je te dis.
  • Ta mère, aye Malick
  • Je le jure sur mes enfants, Abi, ma maison, tout ; vends-moi-même si tu veux walahi… j’éclate encore de rire tandis qu’il bondit sur moi comme un fauve. Je sens qu’il ne va pas tenir parole…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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