Colonisation : Les enseignements du référendum sur la Nouvelle-Calédonie

– Selon les résultats provisoires, 56% de la population locale a voté pour que la Nouvelle-Calédonie reste française. Le chiffre est riche d’enseignement car les sondages estimaient que la fourchette serait plus de 70% (pour le non)/30% (pour le oui) voir dans les estimations pessimistes de 60%/40%, or les résultats montrent que le non à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie a perdu considérablement du terrain et dépasse le simple phénomène des indépendantistes Kanak.

C’est un premier signal d’alerte pour la République française car un deuxième référendum devrait normalement se tenir dans 2 ans puis encore dans 2 ans et il n’est pas impossible que tôt ou tard l’île regagne son indépendance volée par les colons français en 1853. Louis Mapou, chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès, a déclaré à l’AFP : “les indépendantistes sont encore plus motivés qu’avant pour demander le deuxième et troisième référendum. Dès demain, on va préparer la mariée pour qu’elle soit encore plus belle en 2020”. “On est à deux doigts de la victoire, et il nous reste deux consultations à venir”, a aussi souligné Alosio Sako, président du rassemblement démocratique océanien (FLNKS).
Historiquement, la Nouvelle-Calédonie est une colonie de peuplement qui a fait passer les habitants de l’île d’une majorité à une minorité. Avec le boom de l’extraction du Nickel à partir des années 1970, les Kanak sont devenus minoritaires sur leur propre île passant actuellement à 39% de la population de l’île.
Le fait que près de 44% des votants aient voté oui à l’indépendance montre qu’il y a une réelle volonté de la population de prendre son indépendance de la France qui pourrait dépasser la simple communauté des Kanaks. Il a souvent été dit que la Nouvelle-Calédonie ne serait pas viable si elle s’autonomisait. Rien n’est moins sûr. Les richesses minières en Nickel mais aussi en Cobalt, dans cette période de folle promotion des voitures électriques, pourraient booster l’économie de l’île, de même sa position géostratégique pourrait lui faire monnayer la présence militaire française très chère, la France ayant déjà envisagé en cas d’indépendance de continuer à participer à l’économie de l’île ; le caillou gagnerait à négocier et s’appuyer sur différents partenaires notamment la Chine. Les partis loyalistes mettent en exergue le 1,3 milliard d’euros d’aides annuelles de la France mais cela ne pourrait n’être qu’un apport relativement faible au regard de ce que pourrait engranger une Nouvelle-Calédonie unie et indépendante en cas de diversification des partenaires commerciaux et de renforcement de son économie.
Pour l’heure, les discriminations et les disparités entre les autochtones Kanaks et le reste de la population sont criantes.
Patrick Roger écrit dans Le Monde “qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour rattraper des décennies de ségrégation et d’humiliations”. Si la République française n’arrive pas à enrayer les injustices issues de la colonisation que vit la communauté Kanak ainsi que la paupérisation de l’économie locale (40% de chômage chez les jeunes contre 20% en métropole), cela pourrait pousser de plus en plus de gens (en dehors même de la sphère Kanak) vers l’indépendance.
par SLT

Afrique Monde

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