Concert de Waly Seck au Zénith : La 2Stv bloque SenTv à la porte

C’est un secret de polichinelle. Les télévisions au Sénégal excellent dans une guerre à visage découvert pour la retransmission d’importants évènements. Rts, 2Stv, SenTv, Walf Tv… toutes sont au banc des accusés. Mais la dernière «passe d’armes» a eu lieu ce week-end au Zénith de Paris entre la 2stv, détentrice de l’exclusivité de la retransmission du concert de Waly Seck, et la SenTv, venue «pêcher en eaux troubles».

C’était le spectacle du moment. Waly Ballago Seck était samedi dernier au Zénith de Paris pour un spécial «Beureung Beurigo». La jet-set sénégalaise pour rien au monde n’a voulu manquer ce rendez-vous qui a longuement fait l’objet de promotion, aussi bien dans Dakar qu’en Europe.

Côté média, «c’est la 2stv qui détient l’exclusivité de la diffusion de cet évènement organisé par Maktar Diop», souffle-t-on. Sur plusieurs semaines d’ailleurs, la chaîne de El Hadj Ndiaye a diffusé une série de publicités annonçant le concert de Waly Seck au Zénith de Paris. Seulement, à quelques jours de l’évènement et contre toute attente, la SenTv de Bougane Guèye Dany a, elle aussi, pris le pari d’être au cœur de l’évènement.

Un fait qui rappelle bien un scénario similaire entre la Tfm et la SenTv, à l’occasion du dernier concert de Coumba Gawlo au Grand Théâtre. En tout cas, pour rien au monde l’équipe de Bougane ne voulait rater ce rendez-vous, après avoir organisé l’avant Zénith, il y a une semaine au Grand Théâtre de Dakar. La SenTv avait donc passé une bande annonce sur ce concert, promettant un direct à ses téléspectateurs.

Ce pari, la SenTv l’a sûrement pris sans compter avec les règles du jeu et les incongruités des médias audiovisuels du Sénégal. Jamais, nos chaînes de télévision n’arrivent à s’entraider et travailler en bonne collaboration. Surtout lorsqu’il s’agit d’évènements «importants» ou d’un évènement pouvant intéresser un large public. La Rts, la SenTv, la 2stv, Walf Tv et la Tfm ont, à maintes reprises, révélé au grand jour leur guéguerre lors d’évènements culturels ou sportifs.  Et cette fois-ci au Zénith de Paris, pour les besoins du spectacle de Waly Seck, l’accès à la salle où doit se tenir le concert a été au dernier moment refusé à la SenTv.

Le staff de techniciens et journalistes dépêchés par Bougane Guèye Dany n’a donc pas pu offrir comme promis le direct aux téléspectateurs de la SenTv. «Arrivée sur les lieux avec ses caméras et sa régie, l’équipe de la SenTv a été surprise par la réaction de la télévision concurrente détentrice des droits de retransmission, comprenez par-là, la 2s Tv», a révélé le site dakaractu. Il précise : «L’équipe de reportage de la SenTv a dû rebrousser chemin et retourner à son hôtel, à la porte de Bagnolet.»

Malheureuse  coïncidence
Cette attitude, qui  coïncide avec la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, dénote d’un manque de courtoisie et d’entente entre deux entités évoluant dans le même secteur. Cela n’honore nullement les médias sénégalais. Et ce n’est malheureusement pas une première sous nos cieux. Les exemples sont légion. En avril dernier, pour les affiches organisées par Gaston Mbengue, le Groupe futurs médias qui était sûr d’obtenir l’exclusivité des diffusions avait fermé les portes du stade à la télé du Groupe D-Média.

Et il a fallu les interventions du commissaire de Dieuppeul, du Cng et du directeur du stade Demba Diop, Ousmane Ndiaye, pour arrondir les angles. On se souvient également, il y a quelques semaines lors d’un concert de Coumba Gawlo au Grand Théâtre, que la SenTv avait simplement (volontairement ou non) censuré des images de «promotion de personne travaillant pour la Tfm», allant même jusqu’à ne pas montrer en live aux téléspectateurs les retrou­vailles sur scène du duo Youssou Ndour- Coumba Gawlo.

Cette guerre sournoise qui s’entretient entre les télévisions de la place commence à prendre trop de proportion. Certes, lorsqu’un groupe de télé a l’exclusivité d’un évènement, il est incontestablement maître du jeu. Mais qu’est-ce qui explique que l’on ne puisse pas s’entendre et trouver des collaborations gagnant-gagnant, lorsque véritablement ces évènements sont attendus du public ? Est-ce l’ego démesuré des détenteurs des fréquences de télévision qui empêche toute collaboration ? Est-ce les médisances entretenues de part et d’autre entre journalistes ou techniciens de ces télévisions ? Est-ce encore les séries de débauchages ou de transhumances de certains animateurs (trices) ou de journalistes entre ces différentes chaînes qui encouragent cette guéguerre ?

Les cas Youssou Ndour et Bougane Guèye Dany
Une chose est sûre, l’attitude de «œil pour œil, dent pour dent» entretenue par les télévisions commence par avoir des impacts négatifs sur le travail des autres organes de presse. C’est un secret de polichinelle de noter que lorsque Youssou Ndour organise un évènement tel que Bercy, sortie d’album, concert ou autres, c’est seulement le Groupe futurs médias qui est privilégié dans la couverture des évènements. Parfois, les autres organes ne sont pas associés ou sont juste conviés sans avoir la liberté de creuser l’information.

Normal diront certains. Mais il faut remarquer que depuis quelque temps, Bougane Guèye Dany tresse les mêmes sillons dans son champ. Puisqu’à l’image de ses concurrents, et de plus en plus, lorsque D-Média organise un évènement, la couverture n’est assurée que par les organes maison : SenTv, Zik fm, Tribune et Dakar Life. Une attitude toutefois surprenante, lorsqu’on sait que Bougane Guèye Dany est un pur produit de la presse sénégalaise et qu’il est entouré de talentueux journalistes. Pourtant, le dernier concert de Waly Ballago Seck au Grand Théâtre est un exemple élogieux.

Toutes les tentatives menées par les journalistes culturels de la place pour obtenir une accréditation sont restées vaines. Et pour cause, Bougane himself avait souhaité ne faire profiter que ses propres supports de communication. Un choix que n’a pas manqué récemment de condamner l’animatrice Dior Ndiaye sur l’émission Petit-déjeuner de Walf Tv.

Au regard de ces mauvaises pratiques qui commencent à prendre des proportions, il urge que des mesures soient prises pour un meilleur fonctionnement et une meilleure collaboration de l’audiovisuel sénégalais.

Écrit par Gilles Arsène TCHEDJI

arsene@lequotidien.sn

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