CONCESSIONS DOMAINES PORTUAIRES Si le vraquier était roulier

port_de_dakar_2Les actualités du Port Autonome de Dakar (PAD) sont dominées depuis un certain temps par l’attribution de la concession des môles 2 et 8 affectés respectivement au trafic RoRo (Roll On- Roll Off) et vraquier. A l’analyse, si les responsables de la Direction générale du Pad semblent avoir été bien inspirés dans la procédure de concession du môle 2, ils sont complètement passés à côté pour ce qui est du terminal vraquier.

Le 28 novembre 2013, le groupe Bolloré Africa Logistics représenté par son Président, Dominique Lafont, a signé à Dakar une convention de concession du terminal roulier du port de Dakar. La concession qui porte sur 25 ans et engage le groupe Bolloré à investir 94 millions d’euros sur la durée de la concession, soit 64 milliards de FCfa, a été conclue suite à un appel d’offres international lancé le 30 décembre 2010 et matérialisé par plusieurs publications dans la presse.

Moins d’un mois après la signature de ladite convention, il nous est parvenu qu’au départ, quelque 14 sociétés et groupements avaient soumissionné à l’opération mais au final, le Comité technique chargé de l’examen des dossiers a reçu deux offres, celle du groupement Grimaldi-Smith and Krafft et celle de la société Bolloré Africa Logistics, toutes deux éligibles à l’issue de l’examen des offres techniques et financières.

Sur la base des notes attribuées aux divers critères de consultation, le Groupement Grimaldi-Smith and Krafft a été classé 1er et, tout en engageant des négociations avec ce dernier, la direction générale du port laissait (par courrier en date du 13 mai 2011) la porte ouverte à des négociations avec la société Bolloré Africa Logistics, classée seconde, en cas de désaccord avec le premier ou de renonciation de sa part conformément aux dispositions de l’article 8 du Règlement de la consultation.

Les négociations avec le Groupement Grimaldi-Smith and Krafft ont cependant abouti, le 28 novembre 2011, à l’approbation par le Conseil d’administration du Pad de l’attribution de la concession audit groupement. Il ne restait alors qu’à signer le contrat et le cahier des charges mais, coup de théâtre, Grimaldi opère un revirement à 190° et « jette l’éponge ».

Atermoiements  et tergiversations

Il semblerait que dans un premier temps, le groupe a retardé la signature des documents contractuels en faisant valoir qu’il devait au préalable les soumettre à l’approbation de son conseil d’administration ; par ailleurs, il a adressé, le 2 juillet 2012, un courrier au Pad estimant que l’offre qu’il avait remise avait expiré et était «caduque».

Pendant ce temps, Bolloré était toujours devant la porte laisse ouverte par le Pad qui, par lettre en date du 31 octobre 2012, adresse un courrier au directeur général de l’Autorité de régulation des marchés publics(Armp) pour avis concernant le désistement du Groupement Grimaldi-Smith and Krafft et confirmation sur la possibilité de négocier l’attribution du Môle 2 avec Bolloré Africa Logistics.

Par retour courrier en date du 28 novembre 2012, l’Armp signifie au Pad son « incompétence » quant au marché en question dont les prestations envisagées « ne peuvent être assimilées à un marché public et consistent en un contrat d’occupation du domaine portuaire sans rapport avec la gestion d’un service public ». Rappelant au passage que le Comité de règlement des différends avait déjà eu l’occasion (Décision N° 036/11/ARMP/CRD du 16 mars 2011) de se prononcer sur ce dossier, suite au recours de l société Thocomar dénonçant le rejet de son offre pour tardiveté.

Le Pad était ainsi mis devant ses responsabilités et, appréciant les «tergiversations » et «atermoiements» du Groupement Grimaldi/Smith and Krafft comme une volonté délibérée de faire prévaloir le «statu quo », il prend acte et, sur autorisation de son conseil d’administration, « s’assoit » avec le second candidat Bolloré Africa Logistics.

On pourrait  alors se demander pourquoi est-ce que le Pad n’a pas dès lors opté pour une reprise de toute la procédure ? Mais il semble que c’est par souci de conformité aux prescriptions règlementaires en l’occurrence les dispositions de l’article 8 du règlement de la consultation.

En poussant plus loin, il apparaît dans ce dossier que le problème, si problème il y a, se situerait au sein même du Groupement Grimaldi/Smith and Krafft dont les membres n’ont visiblement pas accordé leurs violons. Certains d’entre eux dénoncent même une «violation» des accords et un «manque de loyauté» de la part de l’italienne Grimaldi.

En définitive, il semble que dans ce dossier du terminal roulier, la procédure  été respectée. Ce qui est loin d’être le cas cependant pour ce qui est du terminal vraquier que le directeur général du Pad et son conseil d’administration veulent coûte que coûte fourguer à Necotrans, sans prendre l’autoroute des procédures règlementaires.

Malick NDAW

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*