Coopération économique, Casamance, homosexualité : Leçons d’adieu de Lewis Lukens

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Sur l’homosexualité, les questions économiques, la Casamance, les menaces terroristes entre autres, Lewis Lukens, ambassadeur américain à Dakar qui doit quitter son poste, a donné ses impressions teintées de vérités crues.

Les adieux sont teintés de pessimisme. L’ambassadeur des Etats-Unis à Dakar,  Lewis Lukens, multiplie les sorties pour donner ses dernières images du Sénégal et ses rêves pour ce pays qu’il a servi pendant trois ans. Conscient des  points forts et des points faibles du pays, il apprécie les axes d’intervention des programmes financés par les Etats-Unis notamment le Mca, le commerce et l’investissement.

«Le focus que le gouvernement a mis sur l’investissement et de commerce est très important. Nous soutenons ces efforts parce que c’est avec ces deux axes que le Sénégal peut espérer atteindre le développement», se félicite Lewis Lukens.

«Dans tous les projets, nous avons fait de bons progrès. L’Usaid ainsi que le Corps de la paix sont en train de travailler sur le terrain.

Les résultats prennent du temps, mais j’espère qu’à mon retour ici au Sénégal d’ici 20 ans il n’y aura plus de Usaid et le Corps de la paix. Je voudrais retrouver un pays qui aura atteint un niveau de développement très appréciable pour se passer du soutien d’autres Etats», espère le diplomate. 

Dans son discours, l’ambassadeur des Etats-Unis à Dakar rappelle que «le gouvernement des Usa fait beaucoup au Sénégal en matière de santé, d’éducation, de promotion de démocratie, de bonne gouvernance. Le plus grand projet actuellement en œuvre au Sénégal avec le soutien des Usa est le Mcc avec un financement de 540 millions de dollars. C’est aussi le plus grand Mca présentement en Afrique, il prend fin en septembre 2015».

A terme, dit-il, «il devra donner un nouveau visage au Sénégal avec de bonnes infrastructures en Casamance entre Ziguin­chor et Kolda, au nord du pays avec deux ponts neufs sans oublier les projets liés à l’agriculture, l’irrigation toujours dans le nord qui va pouvoir booster le processus d’autosuffisance en riz». Il ajoute que le Sénégal «peut toujours faire mieux tout comme pour les Etats-Unis. J’encourage le Sénégal à travailler sur les questions d’ouverture de marché, de réforme de politiques économiques afin de mieux attirer l’investissement».

Casamance
Par ailleurs, il révèle que Macky Sall a donné son onction pour la nomination d’un «Monsieur Casa­mance» par les Etats-Unis. Dans son speech, il a assuré  que «les Etats-Unis ont une position d’assistance derrière le gouvernement du Séné­gal». Cette précision permet de lever les équivoques sur une prétendue immixtion dans les affaires intérieures du Sénégal. «Quand je suis arrivé, il y a trois ans, j’ai fait une étude sur les différents problèmes du Sénégal. Il en est clairement ressorti que ce conflit casamançais qui perdure depuis trente ans empêche véritablement le développement agricole et économique de cette région.

Après l’investiture du Prési­dent Macky Sall, nous lui avons fait la proposition. Si le gouvernement sénégalais n’y voit pas d’inconvénients, nous pouvons envoyer un diplomate à la retraite pour coordonner avec le gouvernement sénégalais et les autres bailleurs de fonds afin de trouver une solution durable à ce conflit», annonce M. Lukens.

Il dévoile le profil de cet envoyé spécial qui «est ancien ambassadeur en Afrique de l’Ouest. Il est là pour coordonner toutes les questions sur la Casamance. Je n’ai pas le temps de m’occuper à plein temps de ce problème. Nous ne sommes pas là pour résoudre le conflit, mais dans une position d’assistance, travailler derrière le gouvernement sénégalais et aider à développer ce terroir», renchérit le diplomate.

Il reste néanmoins optimiste pour la paix. Même s’il admet que «cela prend beaucoup de temps et de travail, mais pendant les trois dernières années, Macky Sall a fait beaucoup de progrès. Le gouvernement devra beaucoup en faire sur cette crise qui existe depuis 30 ans. Saint Egidio et quelques partenaires internationaux font aussi un excellent travail». 

Le diplomate américain encourage le Sénégal à lutter contre les ordures pour améliorer son attraction dans le domaine touristique où «il dispose d’un énorme potentiel». «Quand on voit les ordures, on se pose des questions. On se demande pourquoi c’est comme ça», a-t-il déclaré. Quid des groupes islamistes qui menacent la stabilité de l’Afrique de l’Ouest ? Lewis Lukens écarte tout risque de contagion pour le Sénégal en insistant sur la «forte tradition de tolérance» des Sénégalais.

«Le Sénégal a une forte tradition de tolérance et de gouvernance civile. Les Séné­galais ne veulent pas de cet extrémisme», annonce sans ciller le diplomate américain. Selon lui, le Sénégal «reste un leader dans la sous-région et sur le continent au niveau politique, avec une forte tradition de démocratie» en insistant sur la promotion de la bonne gouvernance et la démocratie.

Homosexualité
Dans son discours d’adieu, il n’a pas occulté de poser le débat sur l’homosexualité. Il n’a pas parlé de dépénalisation des délits liés aux actes contre nature réprimés par le Code pénal sénégalais. Lui pose le débat autrement. «Pourquoi pénaliser ?

C’est ce que je pense qui n’est pas bon. Le Sénégal doit être un pays où tous […] sont respectés pour leur croyance et leur statut. Je sais et je comprends que les questions sociétales telles que celle-ci sont abordées différemment selon les pays, en fonction des traditions religieuses et culturelles. Mais je pense aussi que l’égalité des droits pour les homosexuels est un mouvement inévitable de l’histoire, et j’espère que le Sénégal se tiendra à la pointe de ce mouvement», dit-il. En définitive, il avoue que «ce fut vraiment un honneur» de «servir en tant qu’ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal». 

Écrit par Bocar SAKHO

bsakho@lequotidien.sn

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