Côte d’Ivoire : À Bouaké la fête de Ramadan fait découvrir une « Mutinerie infantile »

Ce qui devrait être un fait banal ce jour de célébration du Ramadan est devenu un véritable buzz sur les réseaux sociaux. Une horde d’enfants tous de treillis vêtu dehambulant dans les rues de la deuxième ville du pays. Une fois encore Bouaké est au devant de la scène.

La célébration du Ramadan à Bouake est depuis des années un moment important dans la vie de cette ville compte tenu de la forte communauté musulman qui y vit. Ce jour de fête le commerce, quartier des affaires est pris d’assaut par les gamins qui viennent se balader et surtout manger des glaces. Cette année encore ils n’ont pas fallit à la tradition sauf qu’un fait peu ordinaire a attiré l’attention de tous.

Arrivant des quartiers de Sokoura, Dar-es-salam, Belle-ville, Kôkô, Djambourou à moto ou sur des engins à trois roues, ils sont en grande partie vêtu de treillis. La scène ne passe pas inaperçu surtout qu’on a encore en mémoire la dernière mutinerie qui avait assiégée pendant une semaine la ville de Bouake.

5 Millions le nom de la nouvelle mode en treillis

Approché pour savoir pourquoi ils étaient tous en treillis, les gamins répondent en cœur  » on appel ça 5 millions ». En référence au montant réclamé et obtenu par les mutins de l’ex-rebellion lors de leur dernier soulèvement, le chiffre de 5 millions est devenu symbole chez les Bouakois.
Les mutins ont bien inspiré les gamins qui aujourd’hui arborent la tenue treillis avec fierté.

Au grand marché de Bouaké il y a déjà rupture de stock et les commerçants se frottent les mains. Barry Abdoulaye, vendeur de tissu au centre commercial Ran-Hotel dit que la fête de Ramadan lui a permis de ventiler son vieux stock de tissus treillis qui traînait sous sa main depuis belle lurette.

Quand nous lui posons la question de savoir si la commercialisation du treillis civile n’était pas interdite. Il est ferme pour pour dire qu’il attend le premier qui viendra lui demander des comptes.  » Depuis ils ont pris le pouvoir ils ne connaissent plus la route de Bouaké, ils sont tous riche aujourd’hui donc qu’ils nous laissent nous débrouiller pour gagner pour nous »

En remontant le fil pour comprendre pourquoi le treillis à subitement ressurgit à Bouaké. Souleymane D. Soldats au camp du 3e bataillon révèle que certains collègues militaires voulant exprimer leur satisfaction après la récente bataille menée pour avoir leur prime ont acheté des vêtements en tissus treillis pour leurs enfants. Le concept est vite partagé entre militaires au point d’atteindre d’autres villes comme Korhogo, Daloa et Odienné ayant participée à la révolte. Ainsi à cette fête de Ramadan au lieu du boubou habituel c’est à un défilé de mode en treillis que les enfants et d’adolescents ce sont adonnés.

Le malaise que cache ces enfants en treillis

Loin de dramatiser cet effet de mode qui n’est néanmoins pas fortuit nous devons nous poser des questions de conscience. Pourquoi choisir d’habiller des gosses en treillis quand le boubou ou le complet pagne de coutume répondent à la norme de cette fête religieuse ? Les parents à travers ce geste anodin voulaient t’ils passer un message à leur progéniture ou à la société toute entière ?

Sachant que les enfants ne sont que le reflet des parents car ils copient leurs faits et gestes surtout qu’ils restent leur véritable modèle il faut craindre pour l’avenir. Des gamins né pour la plupart pendant la période de rébellion et qui ont été habituer au son du crépitement des armes. Ils ont aussi été témoins des derniers événements même s’ils n’ont compris grand chose ils ont vu la transformation de certains parents. De simples menuisier ou mécanicien sont devenus millionnaires. D’autres sont chef dans l’armée et arborent fièrement la tenue militaire. À Bouaké à longueur de journée les « grins » continuent de faire l’éloge des chefs de guerre parti de rien mais avec le courage et la force des armes sont aujourd’hui à l’abri du besoin. Tous parlent de la grande propriété de Guillaume Soro au quartier beaufort ou des résidences de certains anciens Comzones au quartier Kennedy. Facebook leur permet de suivre au quotidien la vie de ceux-ci à travers les photos qu’ils postent pas pour les narguer mais leur montrer le chemin de la « réussite ».
Les valeurs ont foutus le camp, l’école et les diplômes sont devenus illusoires.

Plusieurs adolescents interrogés dans cette Ambiance disent vouloir être militaire dans l’avenir.

« Tant que la politique sera la voie la plus sûr de réussite en Afrique, les rébellions et autres mouvements de violences seront légions

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