Cuba : Le Lion est mort, les hyènes dansent…

fidel-castro-amis01Les heures s’égrènent, les jours passent, et face à une actualité toujours plus déprimante, l’envie d’écrire s’est absentée momentanément. Je ne pouvais cependant pas faire l’impasse sur une nouvelle aussi forte qu’importante, et je me joins à mes confrères afin de rendre un hommage au révolutionnaire anti-colonialiste qu’était Fidel Castro, décédé le 25 novembre 2016.

Si certains lecteurs de l’histoire bien-pensante seront heureux de célébrer la disparition d’un « dictateur », bien d’autres – tout comme moi – seront en peine de voir disparaitre le leader historique de l’insurrection qui renversa le dictateur Batista et rendit à son pays sa liberté, dignité et souveraineté face à l’impérialisme américain.

Ce révolutionnaire qui avait pour idéal d’éradiquer inégalités et discriminations fût le dernier « monstre sacré » de la politique internationale, tenant tête à pas moins de dix présidents américains (Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Bush Père, Clinton et Bush fils) durant la période ou il a gouverné (de 1959 à 2006).

Pendant plus de cinquante ans, une longue partie de bras de fer fût engagée entre Fidel Castro et les les dirigeants des États-Unis qui voyaient en lui l’« ennemi à abattre ». Ces derniers échouèrent à le renverser (avec la participation de sa sœur Juanita Castro) et à l’éliminer, et ce malgré les 638 tentatives de la CIA pour y parvenir. Durant tout ce temps, Cuba subit un blocus économique qui avait pour principal objectif de rendre la vie du peuple difficile afin qu’il se retourne contre Fidel. Il fallait empêcher par tous les moyens que le peuple cubain s’affranchisse du pouvoir impérial et devienne pour les autres peuples un exemple à suivre :

 Le 6 avril 1960, Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines affirma que « la majorité des Cubains soutenait Castro » et qu’il « n’existait pas une opposition politique effective », en ajoutant que « le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passait par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques (…) Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. (wikipedia)

Désormais, le Lion est mort, et les hyènes dansent à la perspective de pouvoir « reprendre la pays en mains », comme elles le font au Brésil ou au Venezuela. A ce propos, Barack Obama a exprimé au peuple cubain un message évident pour ceux qui savent lire entre les lignes comme cela est d’usage :

Dans les jours qui viennent, les Cubains vont regarder leur passé, et aussi leur futur. Qu’ils sachent que les Etats-Unis sont leur ami et leur partenaire

Pour sa part, Donald Trump s’est exprimé sur Fidèle Castro, le qualifiant de « dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple », ajoutant qu’il ferait « tout pour obtenir un accord solide » avec La Havane. Le chef d’État actuel, qui n’est autre que son demi-frère Raúl Castro, ne s’en laissera pas conter aussi facilement, mais il se retrouve seul aux commandes pour assurer la continuité d’un régime vieillissant, et va devoir gérer la crise de confiance d’une population jeune et étrangère aux valeurs de la Révolution.

Raúl Castro, qui s’est lancé dans de nombreuses réformes structurelles afin d’« actualiser le modèle » économique vieillissant de son pays, se retrouve seul aux commandes et doit encore organiser la succession au pouvoir afin de donner un nouveau visage politique au régime castriste en vue de son départ annoncé pour 2018. Pendant ce temps, les hyènes dansent…

Le Veilleur

Fidel le bien-nommé

Fidel Castro vient de partir dans l’autre monde, et déjà on entend la rumeur mensongère propagée par les calomniateurs de service. Les chacals de la presse bourgeoise tournent autour de sa dépouille avec gourmandise. Ceux qui couvrirent Hugo Chavez de leurs ordures sont là, décidés à repasser à table. Pas de doute. Ces journaleux à la solde de leurs maîtres, ces chiens de garde du capital vont le clamer sur tous les tons : Fidel Castro était un tyran.

Un tyran, celui qui risqua sa vie dans la fleur de la jeunesse, balaya la dictature de Batista, restaura la souveraineté nationale, restitua sa fierté au peuple cubain, rendit la terre aux paysans, éradiqua la misère, fit taire le racisme, libéra la femme cubaine des chaînes du patriarcat, créa le meilleur système de santé du Tiers Monde, réduisit la mortalité infantile dans des proportions inconnues dans le reste de l’Amérique latine, élimina l’analphabétisme, offrit l’éducation à tous, et résista victorieusement avec son peuple à l’agression impérialiste ?

Ils ne vous diront pas que Fidel Castro était un tyran parce que c’est vrai. Ces affabulateurs vous le diront parce que le castrisme incarne tout ce qu’ils détestent. L’amour de la liberté, l’exigence avec soi-même, la fierté de n’obéir à personne, l’éthique révolutionnaire alliée au sens du réel, l’élan généreux qui triomphe de l’indifférence, la solidarité sans faille à l’intérieur comme à l’extérieur, le patriotisme qui n’éloigne pas de l’internationalisme, au contraire, mais en rapproche. Tout cela, c’est le castrisme. Un illustre combattant de la libération africaine en savait quelque chose.

Lorsque Nelson Mandela quitte sa prison sud-africaine, son premier voyage hors d’Afrique est pour La Havane. Il vient remercier le peuple cubain qui a versé son sang pour terrasser l’apartheid. En vingt ans, 300 000 Cubains combattirent le colonialisme en Afrique. L’armée sud-africaine repoussée à Cuito Cuanavale, l’indépendance de la Namibie arrachée à Pretoria, l’ANC dotée d’une base-arrière et confortée par la solidarité communiste internationale, la chute finale de l’apartheid rendue inéluctable : ces pages de l’histoire africaine ont aussi été écrites avec du sang cubain. Nous l’avons oublié. Les Sud-Africains et les Cubains, eux, s’en souviennent.

Les intellectuels en service commandé, bien sûr, vous diront avec une moue dédaigneuse que Castro était communiste. Il l’était, en effet ! Parce que l’Union soviétique s’était rangée au côté de cette révolution cubaine que les États-Unis voulaient étouffer, parce que l’idéologie communiste soulevait les affamés et les humiliés, parce qu’elle signifiait un avenir meilleur que l’enfer capitaliste. Au cours de son histoire, l’URSS a commis de lourdes erreurs, mais elle fut souvent du bon côté de la barricade.

Oui, Castro était communiste, et il avait bien raison. Lénine fut le premier à proclamer le « droit des nations à disposer d’elles-mêmes » (1916). L’URSS liquida le nazisme au prix de 20 millions de morts, elle joua un rôle décisif dans la décolonisation de l’Asie du sud-est, elle aida les Arabes face à l’agression sioniste en 1967 et 1973, elle soutint la lutte pour les indépendances africaines et donna le coup de grâce à l’apartheid en fournissant un appui décisif à l’ANC. Ce n’est pas si mal. Ennemis jurés de Castro, les USA ont tué Lumumba et Allende, destitué Mossadegh, massacré deux millions de Vietnamiens et un million d’Irakiens, soutenu l’agression sioniste, livré Mandela, assassiné Che Guevara et créé Al-Qaida.

Fidel Castro avait vu juste. Fidèle à ses idéaux, Fidel le bien-nommé est désormais entré dans l’Histoire par la grande porte.

Par Bruno Guigue – source arretsurinfo.ch

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: Afrique Monde

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