DAMEL MEÏSSA FALL: "SEULS LES DÉPUTÉS DE SUNU NAATANGUÉ RÉEW PEUVENT BIEN REPRÉSENTER LA DIASPORA"

Créé en avril 2011, Sunu Naatangué Réew revendique une proximité singulière avec la diaspora sénégalaise d’où est issu son président Damel Meïssa Fall. Entretien.

SunuNews: Comment et pourquoi Sunu Naatangué Réew est-il né et de quel courant ou idéologie politique vous vous réclamez? 

Damel Meïssa Fall: Sunu Naatangué Réew (SNR) n’est l’héritière d’aucune autre formation politique et n’est pas née dans le conflit, la frustration ou la confrontation. Notre unique désir c’est de servir le Sénégal, c’est d’apporter une solution aux difficultés rencontrées par nos populations. C’est dans ce contexte que SNR a été créée dans la diaspora – chose inédite – par des immigrés. D’abord parce que nous avons compris que le personnel politique qui est en place depuis que nous sommes nés ne parvient pas à apporter des solutions à nos problèmes. Et surtout la manière dont la politique est pratiquée au Sénégal ne nous convient pas. Donc au lieu de passer notre temps à nous plaindre, nous avons choisi la dynamique de la proposition, d’où SNR, un parti en mesure de proposer des solutions capables de répondre à la demande sociale et aux autres attentes du peuple sénégalais. 

Nous ne nous sommes jamais réclamés de quelque courant que ce soit parce qu’auparavant nous n’avions jamais milité dans quelque parti sénégalais que ce soit. Nous avons tous été activistes dans le monde occidental pour la défense des immigrés et des peuples dits noirs. Toutefois, comme cela est inscrit dans nos statuts, nous appelons à l’Afro-pragmatisme. Ni socialistes, ni communistes, ni libéraux mais des pragmatiques à la recherche de solutions aux problèmes des Sénégalais. Que ces solutions viennent de New York, du Djoloff ou d’Iran, elles seront toujours bienvenues. Panafricanistes convaincus et Sénégalais avant tout, nous croyons à l’éternité du Sénégal, à la grandeur du Sénégal. Persuadés du génie du peuple sénégalais, nous pensons qu’il ne s’agit plus que de bien regarder autour nous, de discuter de manière sérieuse, rigoureuse et consistante pour trouver les solutions.

SunuNews: Sur la scène politique sénégalaise, êtes-vous allie ou en discussion avec un parti ou une coalition de partis? 

Damel Meïssa Fall: Depuis notre première déclaration politique en septembre 2011, certaines formations sénégalaises avaient commencé à nous démarcher. Le parti au pouvoir à l’époque, le PDS du président Abdoulaye Wade, avait envoyé Moustapha Sourang pour qu’on l’accompagne dans la reconquête du pouvoir. Ce que nous avions refusé. Cheikh Tidiane Gadio et Amsatou Sow Sidibé aussi avaient fait de telles propositions. Mais celui qui s’était vraiment échiné pour que l’on travaille avec lui, c’était le président Macky Sall. Il était venu chez moi à Thies solliciter mon appui lors de la présidentielle de 2012. Nous l’avons accompagné, j’ai même été pendant des années le président de la commission diaspora de Macky 2012. Au moment où je vous parle le protocole d’accord signé entre nos deux partis à l’époque reste valide. Toutefois, dans les faits chacun chemine de son côté aujourd’hui. En tout cas dans le cadre des prochaines législatives, il est clair que nous n’allons pas accompagner le président. 

SunuNews: SNR est-il un parti qui ne se préoccupe que la diaspora ou cherchez-vous aussi une base au niveau local? 

Damel Meïssa Fall: Si nous sommes dans la diaspora, c’est parce que nous n’avons pas eu ce que l’on voulait à l’intérieur de notre pays. Mais nous constituons un parti politique pour apporter des solutions au Sénégal; et cela ne peut se faire sans tenir compte de ceux qui vivent au Sénégal. Donc, c’est un parti pour l’ensemble des Sénégalais, même s’il est fondé par des immigrés. Et cette identité-là nous y tenons, non pas juste pour nous démarquer mais comme une affirmation de notre rigueur dans le travail et aussi la marque d’une expérience et d’une expertise que nous avons accumulées. Autre chose, la politique au Sénégal, on l’assimile à de la corruption et c’est ce qu’elle est. C’est de l’argent qui circule pour appâter les adversaires, mais nous avons conscience que cette corruption a moins prise sur les immigrés. C’est la raison pour laquelle aussi nous sommes venus dans la diaspora pour avoir un personnel politique, des militants, des leaders qui ne seront pas très facilement corruptibles par les politiciens. 

SunuNews: Vous êtes actuellement en visite aux USA, est-ce que vous pouvez nous parler des tournées que vous faites dans la diaspora? Avez-vous senti une forte implication politique des immigrés sénégalais? 

Damel Meïssa Fall: Il y a une implication et des prises de position au niveau des leaders de la diaspora, mais en réalité nous n’avons pas d’impacts utiles en ce sens que nous sommes disséminés dans les autres partis. Si l’on vote PDS, APR ou PS, il est bien évident qu’une fois élus ces candidats déroulent les programmes de leurs partis et écoutent souvent leur base. La diaspora n’aura d’impact politique qu’en se constituant en force politique autonome pour opposer un rapport de force aux autres formations politiques. Les questions qui se posent à nous ce sont des questions politiques et pour leur apporter des réponses, il faut les poser dans l’espace politique. Il y a des associations, des dahiras, mais ces organisations n’en ont pas les capacités, ne sont pas en mesure d’imposer un rapport de force dans l’espace politique. Ce dont la diaspora a véritablement besoin, ce sont des acteurs politiques en mesure d’engager cet affrontement avec les pouvoirs politiques afin d’apporter de vraies réponses. 

Il y a même une forme de puérilité, si je puis dire, et d’irresponsabilité chez certains responsables de la diaspora. Pourquoi? Quand ils disent “On ne s’engage pas politiquement”, c’est comme s’ils essaient de préserver un petit leadership autour de 30 personnes. Mais il est évident que si nous voulons faire quelque chose de grand, je pense qu’il faudrait avoir l’humilité nécessaire pour se dire qu’au-delà de mon organisation ce qui est important, c’est de promouvoir un mouvement supra-communautaire qui permettra aux immigrés de jouer un rôle essentiel au Sénégal. Nous sommes dans une telle logique. On ne nous rend pas la vie facile, parce qu’il y a des leaders dans la diaspora qui ont tout fait pour que l’idée n’avance pas. Des rencontres se sont faites dans notre dos, des tentatives d’anéantir SNR après les élections de 2012. Tout ceci pour le moment n’a pas fonctionné ou a fini en queue de poisson, alors que SNR est encore là et prêt à aller aux prochaines élections législatives. 

SunuNews: Quelle est votre analyse de la situation politique actuelle au Sénégal? Votre appréciation du bilan des cinq ans de Macky Sall? 

Damel Meïssa Fall: Comme je le dis souvent, il y a des ministres, des députés, des directeurs d’agence qui sont beaucoup plus qualifiés que nous pour parler du bilan du président. Ce que je peux analyser, c’est le bilan du protocole qui nous lie avec le parti du président. Nos relations avec l’APR sont des plus exécrables. L’APR a essayé tout ce qu’elle pouvait faire pour nous liquider, mais cela n’a pas marché. Le bilan de notre compagnonnage avec l’APR, c’est la trahison et le mensonge érigé en système de communication et de gestion des rapports entre alliés politiques. 

SNR est né et a accompagné le président pour que l’on n’ait plus les éléphants et autres dinosaures dans l’espace politique, mais nous les avons toujours. Donc de ce point de vue, c’est un échec et nous regrettons d’avoir cheminé avec le président pour qu’après il maintienne des gens que l’on voulait mettre dehors. Aujourd’hui, le sommet c’est de s’être arrangé pour que le président Abdoulaye Wade revienne pour être tête de liste aux législatives. C’est le comble de l’échec. Je crois que si le travail avait été bien fait le président Wade aurait été aujourd’hui dans son rôle de sage du Sénégal et de l’Afrique. Quelle que soit sa volonté de se mêler au jeu politique, on devrait trouver les moyens de le mettre à la retraite, lui et les gens de sa génération.

SunuNews: Que pensez-vous de la nouvelle loi instituant l’élection de 15 députés pour la diaspora et de la polémique qui s’en est suivie relativement à la charge financière?

Damel Meïssa Fall: Ceux qui parlent de charge financière, ils oublient que si la diaspora n’apportait pas ses centaines de milliards, le Sénégal serait en guerre. Donc qu’ils s’estiment heureux d’avoir la diaspora. On ne fait que retourner à la diaspora une toute petite part de sa contribution, et c’est plus que légitime. Maintenant, il faut qu’on s’entende sur une chose, les députés de la diaspora ça n’existe pas. Et là, je peux comprendre la réserve des gens parce que si les députés de la diaspora se comportent comme les députés sénégalais, effectivement on n’en a pas besoin. Des députés de la diaspora, nous en voulons des vrais. Si les députés de la diaspora n’existent pas c’est parce que une fois élus, ils vont se comporter en députés des partis qui les ont investis. Et pour préserver leur mandat en 2022, ils seront obligés de défendre la ligne de leur parti même si elle va à l’encontre des intérêts de la diaspora. C’est pour cette raison que Sunu Naatangué Réew le dit haut et fort, il n’y a pas de députés de la diaspora autres que les députés de SNR. Pourquoi? Parce que SNR a été fondé dans la diaspora, s’affiche avec la diaspora, se réclame de la diaspora, défend les intérêts de la diaspora. Ce qui revient aussi à défendre tous les Sénégalais car la manne financière introduite par la diaspora au Sénégal sert en définitive l’ensemble du pays. Les députés de SNR, qui veulent garder leur mandat, devront se battre à l’Assemblée nationale pour la diaspora. Chez nous, il n’y aura pas de tricherie possible: un parti créé dans la diaspora pour défendre les intérêts de la diaspora, il est clair que ses députés seront les porte-voix de la diaspora dans l’Hémicycle. Alors que les députés APR, BBY et PDS parleront d’abord des intérêts de leur chef de parti.

SunuNews: Ne pensez-vous pas aussi qu’une réforme du mode de désignation des candidats députés de la diaspora est nécessaire?

Damel Meïssa Fall: Nous pensons que la solution, c’est de poser la diaspora en force politique autonome. Cela veut dire, venir voter SNR parce que si nous avons 15 députés SNR, il est évident qu’il y aura une force politique émergente. Et ce que les Sénégalais attendent depuis longtemps, à savoir la rupture, ils l’auront. C’est aussi une occasion formidable pour la diaspora de marquer son territoire dans la politique. Jusqu’à présent on a absolument rien, la diaspora c’est zéro en politique. Maintenant notre parti offre la possibilité de participer aux élections sans aucune forme de coalition et nous assumons nos responsabilités par rapport à ce choix. Nous ne dirons pas que notre score va indiquer le poids politique de la diaspora, parce que toute la diaspora ne viendra pas certainement dans un premier temps avec nous. Mais il est clair que ce sera une indication pour notre parti et un baromètre qui sans doute agira sur le subconscient des immigrés qui se diront que quelque chose est né et qu’avec cette chose, on peut construire le futur.

SunuNews: Est-ce que SNR a un candidat dans toutes les circonscriptions ou un député de la diaspora doit être élu?

Damel Meïssa Fall: Pour les États-Unis, l’Europe du Centre et de l’Ouest, l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, c’est une évidence. Pour toutes ces circonscriptions, SNR entrera en compétition. Pour ce qui est de l’Afrique où nous avons fait beaucoup moins de tournées, nous sommes dans les consultations avec nos amis pour voir comment y constituer des listes. Et nous sommes optimistes et nous espérons qu’avant la clôture du dépôt des candidatures les choses prendront forme pour que nous ayons des candidats dans ces régions. 

SunuNews: Quand vous voyez la crise politique dans les démocraties occidentales ayant propulsé dans un pays comme les USA, par exemple, un candidat anti-système de comme Donald Trump, pensez-vous que cela puisse arriver au Sénégal?  

Damel Meïssa Fall: Je ne parlerai pas de crise mais de renouveau. C’est le monde qui a changé. Les partis dont on parle ont grandi avec des médias classiques, comme la radio et la télévision. Aujourd’hui, il y a une nouvelle donne et il faut s’attendre à ce que des médias complètement nouveaux aient un impact sur la structuration mentale des électeurs, sur leur mode de choisir. Avant on pouvait leur raconter tout et n’importe quoi, aujourd’hui le pouvoir n’a plus le monopole de la diffusion de ce “tout et n’importe quoi”. Par exemple, on peut citer l’influence supposée des russes dans les résultats de la présidentielle américaine. Il va falloir que les uns et les autres s’adaptent à cette nouvelle situation. On n’est pas en crise mais c’est le monde qui a changé; et le personnel politique changeant, les méthodes aussi vont changer. Au Sénégal, c’est bien possible et nous travaillons à ce renouveau parce que les partis classiques n’apporteront pas une alternance “générationnelle”. Qu’on se dise la vérité, un jeune formé au PS ou au PDS ne peut reproduire que les systèmes de ces partis. Ce que nous voulons, c’est une rupture dans les pratiques instituées par ces partis, un personnel politique qui ne partage pas d’histoire avec ces formations traditionnelles, qui est courageux, qui aime le pays et capable de regarder le peuple en face pour lui tenir un langage de vérité.

SunuNews: Vous songez à 2019? 

Damel Meïssa Fall: La priorité, c’est d’abord de réussir 2017. Nous travaillons pour que ces législatives soient un succès pour nous. Un parti né dans la diaspora, qui amène les immigrés dans une élection nationale sans aucune forme de coalition, pour nous c’est déjà un succès. Nous travaillons bien sûr pour tous les Sénégalais, mais la diaspora c’est nous Sunu Naatangué Réew.

Par Ngagne Fall, propos recueillis à New York

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