Dans le Golan, l’avancée d’Al-Assad oblige Israël à revoir ses plans

La reconquête des zones rebelles limitrophes du Golan par les forces loyalistes syriennes, épaulées par la Russie et l’Iran, oblige l’Etat hébreu à repenser sa stratégie militaire et humanitaire.

Mercredi après-midi, alors que l’avion du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou était quelque part dans le ciel entre Tel-Aviv et Moscou, en route pour parler, pour la troisième fois en six mois, de la «situation syrienne», les alarmes ont retenti à nouveau sur le plateau du Golan.

Un missile Patriot israélien venait de détruire un drone, «de provenance syrienne» a immédiatement précisé Tsahal. Dans la nuit de mercredi à jeudi, Israël a répliqué en bombardant trois positions de l’armée syrienne pour faire bonne mesure. Aucun blessé n’a été signalé.

«La nouvelle normalité», soupirent les experts, alors que les locaux se sont accoutumés aux bruits des chasseurs israéliens en raid nocturne sur des «positions iraniennes» en Syrie. Pendant longtemps, cette zone, capturée à la Syrie en 1967 par les Israéliens et annexée en 1981, était surnommée la «frontière silencieuse». La guerre civile syrienne a chamboulé cet état de fait, les inquiétudes des Israéliens ravivées ces dernières semaines par l’offensive des forces de Bachar al-Assad sur les provinces rebelles de Deraa et Kuneitra. Depuis le début du mois de juillet, Tsahal, en état d’alerte, a renforcé ses troupes sur le plateau.

Deraa, berceau de la révolte syrienne, tombeau de la rébellion

Casquette de trucker et moustache drue, Amir Duvedevani, réserviste dans les services secours locaux, pointe vers une colline scindée par les barbelés israéliens : «Depuis sept ans, d’un côté vous avez le calme, de l’autre, l’enfer.» D’un côté la pente est verte, hérissée d’oliviers, de l’autre, la terre pelée, sans plus aucun arbre. Au pied de la colline : les tentes des quelques milliers de réfugiés syriens, l’un des trois camps constitués depuis 2012 le long de la zone tampon entre Israël et la Syrie, officiellement toujours en guerre. «La plupart vivent ici depuis le début de la guerre sans électricité, ils se chauffent au bois…» À travers les jumelles, à un kilomètre de là, on voit un groupe d’hommes affairés autour d’une moto, quelques silhouettes d’enfants. D’ici, on entend même le chant du muezzin.

«Package»

Depuis 2013, Israël fournit une aide humanitaire à ces réfugiés, dans le cadre de l’opération «Bon voisin». «Depuis le début, on a traité 5 000 personnes dans nos hôpitaux, pour un coût d’environ 250 millions d’euros. A quoi s’ajoute la nourriture, les tentes, les produits pour bébé à hauteur de 100 millions d’euros», résume le lieutenant-colonel de réserve Marco Moreno, architecte de l’opération. À l’origine secret-défense, le programme a ensuite été largement médiatisé par Israël, qui y voit le moyen de redorer son image et l’espoir de changer les préjugés de ses voisins arabes. «La motivation première, c’est notre sécurité, rationalise Moreno. Israël n’a jamais voulu interférer dans ce conflit, mais on s’est dit qu’en créant du lien, ces populations empêcheraient l’implantation de groupes radicaux qui pourraient nous attaquer plus tard. C’était aussi la chose éthique à faire.»

En réalité, sans jamais le reconnaître officiellement, l’Etat hébreu ne s’est pas arrêté là. Plusieurs groupes rebelles locaux ont bénéficié d’armes et de liquidités dans l’espoir de contenir les jihadistes liés à l’Etat islamique ou Al-Qaeda, mais aussi les forces chiites, au premier rang desquelles le Hezbollah. Réfugiés et rebelles sunnites formant pour un temps une sorte de «bouclier humanitaire» d’environ 25 000 personnes à l’intérieur de la zone tampon.

Désormais, la donne a changé, et ces programmes pourraient en subir les conséquences, selon plusieurs experts interrogés par Libération. Les Israéliens se sont faits à l’idée qu’Al-Assad, sur les épaules des Russes et avec l’appui des Iraniens, allait reprendre l’ensemble de la zone. Comme l’a signifié mardi le ministre de la Défense israélien Avigdor Liberman, Israël «n’exclut plus» le dialogue avec Damas. «Israël n’a jamais voulu choisir de camp dans ce conflit, les leçons de la guerre civile libanaise ont été retenues, rappelle Sarit Zehavi, une ancienne du renseignement militaire, qui a fondé un centre de recherche sécurité consacré au front nord-israélien. Après tout, la dynastie Al-Assad a gardé la frontière calme pendant quarante ans. Le problème, c’est que là, ils ne viennent pas seuls : les Iraniens font partie du package.»

Allers-retours moscovites

C’est le cauchemar israélien : que les forces Al-Qods‎ [forces spéciales des Gardiens de la Révolution islamique (GRI) en Iran ndlr] ou le Hezbollah établissent des bases à quelques kilomètres d’Israël, qu’il faudrait alors déloger par la force, au risque de se trouver aspiré pour de bon dans le bourbier syrien. Plutôt que d’en arriver là, Nétanyahou préfère trouver un arrangement que Moscou imposerait à Al-Assad, la raison de ses allers-retours moscovites. Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a déjà indiqué que le départ de tous les éléments iraniens était «irréaliste». Pour l’expert indépendant Stéphane Cohen, ancien chef de liaison israélien avec l’ONU dans la région, Israël pourrait envisager un accord informel limitant la présence iranienne à au moins 50 kilomètres de la Jordanie et d’Israël, avec des restrictions sur le type d’équipements et de troupes déployés. En échange, Israël arrêterait son soutien aux forces rebelles («c’est déjà le cas», assure Cohen) et pourrait geler l’opération «Bon voisin», avec les risques politiques et humanitaires que cela comporte.

Dans le même temps, Israël entend imposer le «silence» dans la zone démilitarisée depuis 1974 en frappant des positions syriennes à la moindre incartade – qu’il s’agisse d’un obus de mortier retombé par erreur près de la ligne de séparation, ou du survol d’un drone.

«La situation devient de plus en plus compliquée pour Israël car le maintien d’Al-Assad n’éclaircit rien, juge Stéphane Cohen. Penser que la Syrie va se stabiliser et se reconstruire avec Al-Assad est illusoire. Le risque, c’est d’avoir à la fois des Iraniens et un Daesh 3.0 dans quelques années, et ça, ce sera un tout autre défi.»

  Libération.fr Guillaume Gendron Envoyé spécial sur le plateau du Golan

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