DE LA THEORIE DE LA LIBERTE ET DE LA DEMOCRATIE A LA RECONCILIATION Madiba, stratège politique et médiateur

Théoricien infatigable de la liberté et de la démocratie des peuples, Nelson Mandela ne fut pas seulement un combattant acharné de la lutte contre l’apartheid et la ségrégation raciale. Il se révéla aussi  fin stratège politique usant à fond de la réconciliation et de la négociation pour unifier la nation sud-africaine et au-delà, rabibocher bien de belligérants dans des conflits en Afrique, voire dans le monde, tout en n’oubliant pas, des fois, de dire non à l’hégémonisme occidental et américain.nelson_mandela_vieux

« Toute ma vie, je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

Cette déclaration professée au procès de Rivonia (1963) qui le condamna à l’emprisonnement à vie, réitérée à sa libération, le 11 février 1990, résume à elle seule bien des aspects de la dimension politique de Nelson Mandela, l’icône de la lutte anti-apartheid.  Après 27 années de détention dans des conditions souvent effroyables à Robben Island puis à Portsmore, le premier avocat noir d’Afrique du Sud avec Olivier Tambo, autre figure emblématique de l’Anc, est resté chevillé à ses convictions politiques : combattre la ségrégation sous toutes ses formes, surtout sous l’apartheid, et faciliter l’avènement d’une société libre et démocratique.

A sa libération en 1990, il révèle le grand stratège politique qui sommeillait en lui. Récusant toute idée de vengeance, l’icône de la lutte anti-apartheid soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du Président Frederik de Klerk. Dans un climat national tendu, marqué par les irrédentismes de tous bords, Mandela parvient à éviter, grâce à son génie politique, une guerre civile entre les partisans de l’apartheid, ceux de l’Anc et ceux de l’Inkhata à dominante zoulou.

D’une main ferme mais ouverte, Nelson Mandela mène le parti lors des négociations sur l’élaboration d’une nouvelle constitution transitoire sud-africaine qui ont lieu entre mai 1990 (accords de Groote Schuur[120]) et mars 1994. Le 6 août, Mandela confirme les accords avec de Klerk, et l’ANC proclame la fin de la lutte armée. Cette grande victoire agrégée à la déstructuration progressive des derniers bastions de l’apartheid (reconnaissance de l’Anc, programmation des élections générales multiraciales pour 1994) lui valurent même l’obtention du prix Nobel de la paix, une distinction obtenue en compagnie du président d’alors Frédérik de Klerk pour avoir conjointement et pacifiquement mis fin au régime d’apartheid et jeté les bases d’une nouvelle Afrique du Sud démocratique.

Nelson Mandela devient le premier président noir d’Afrique du Sud au cours des dites élections en se donnant pour principaux objectifs de mener une politique de réconciliation nationale entre Noirs et Blancs, voire de lutter contre les inégalités économiques. Bien que plébiscité avec 62,6 % des voix, Mandela poussera alors son génie jusqu’à limiter son temps de pouvoir à la magistrature suprême. Le père de la nation arc en ciel ne fera qu’un unique mandat à la tête de l’Etat sud-africain. Il se retire de la vie politique active en 1999, tout en continuant à soutenir publiquement le Congrès national africain et en même temps à en condamnant les dérives.[]
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MANDELA, LE MEDIATEUR

Quoiqu’il eût à s’employer dans l’ardue tâche de réconciliation de la nation sud-africaine meurtrie par près d’une cinquantaine d’années d’apartheid et de ségrégation raciale, Nelson Mandela est activement sollicité à l’extérieur de son pays. La dimension de l’homme politique, sa reconnaissance et son aura de défenseur des libertés dépassant largement les frontières de l’Afrique du Sud, Madiba insuffle un nouveau dynamisme dans les rapports  internationaux.

Dès le début de sa présidence, il est  sollicité pour arbitrer plusieurs conflits africains bien qu’il souhaite tenir son pays à l’écart des conflits régionaux. Mandela accepte ainsi d’être le médiateur de moult négociations de paix, notamment dans l’Afrique des Grands Lacs (au Zaïre et au Rwanda) et aussi en Angola. Après la victoire des forces de Laurent-Désiré Kabila au Zaïre, il assure le nouveau régime de son soutien sans faille.[] D’autres médiations de Nelson Mandela ont également lieu au Timor oriental (1997) et au Soudan. En février 2000, Mandela devient médiateur au Burundi, où il remplace le président tanzanien Julius Nyerere, mort peu avant, et qui avait commencé les négociation en 1998. Les accords de paix sont signés en août 2000, mais Mandela refuse ensuite d’être médiateur au Kosovo et en République démocratique du Congo mettant en avant son âge avancé face au poids de négociations extrêmement fatigantes.

Homme de conviction, héraut d la justice sociale, mais également homme de paix, Nelson Mandela refusait toute compromission. Entre 2003 et 2004, il marqua ainsi  son opposition ouverte à la politique étrangère du président américain Georges Bush. Il fut l’un des rares chefs d’Etat, ami de l’oncle Sam, à dénoncer l’attaque des États-Unis et de leurs alliés contre l’Irak. Ayant profondément marqué son époque, Nelson Mandela laisse derrière lui un monde orphelin d’un homme à la dimension politique sans commune mesure avec ses pairs. Les observateurs se demandent même, avec sa disparition, qui reprendra le flambeau de la lutte pour la paix et la tolérance dans le monde.