De Toulouse à Dakar, dans le sillage de l’Aéropostale

Cent ans après l’entrepreneur Pierre-Georges Latécoère et son pilote René Cornemont, « Le Monde Afrique » a refait le trajet des pionniers de l’aviation commerciale.

Il savait que c’était impossible, mais il en fallait plus pour le retenir. A la fin de la première guerre mondiale, l’avionneur Pierre-Georges Latécoère réfléchit à une adaptation civile de l’aviation, jusque-là réservée au domaine militaire. Il imagine alors une ligne commerciale qui partirait de Toulouse, siège de sa société familiale, et arriverait à Dakar après avoir traversé les Pyrénées, l’Espagne, la Méditerranée et longé les côtes occidentales de l’Afrique du Nord. Soit près de 4 000 kilomètres à survoler« J’ai refait tous les calculs, assure-t-il à son ami Beppo de Massimi, en mai 1918. Ils confirment l’opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste plus qu’une chose à faire : la réaliser. »

L’aventure commerciale aérienne est née ainsi. D’un doigt qui glisse sur une carte et de l’obstination d’un visionnaire à vouloir rapprocher les hommes et les continents. La société Aéropostale, descendante de Latécoère et dont les actifs seront rachetés par l’Etat en 1933 dans le cadre d’un regroupement des lignes aériennes pour créer la compagnie Air France, est entrée dans la légende de l’aéronautique. Qu’ils s’appellent Jean Mermoz, Henri Guillaumet, Marcel Reine ou évidemment Antoine de Saint-Exupéry, les plus célèbres pilotes ont tous travaillé pour elle.

« CE QUI DONNE UN SENS À LA VIE DONNE UN SENS À LA MORT », ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY

Comme l’exigeait Didier Daurat, directeur d’exploitation, ils ont commencé au « Royal Cambouis », c’est-à-dire dans un hangar toulousain, pour apprendre à démonter et remonter eux-mêmes le moteur de leur avion. Puis, à Casablanca, Cap Juby, Saint-Louis, et plus tard Rio de Janeiro et Santiago, ils ont été accueillis en héros pour leur courage et leur sens du sacrifice. A cette époque, la trajectoire de chaque vol s’écrivait en pointillé. Dans des circonstances différentes, les quatre plus célèbres d’entre eux ont disparu à bord de l’avion qu’ils pilotaient. « Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort », a écrit Antoine de Saint-Exupéry.

« Facteur du ciel »

Un siècle plus tard, l’esprit des pionniers de l’Aéropostale plane toujours au-dessus des pistes. Si depuis plus de quatre-vingts ans les pilotes d’Air France portent une cravate noire, c’est en hommage à Jean Mermoz, disparu dans l’Atlantique Sud en 1936. En 2018, une chanson raconte la mission et les espoirs d’Antoine de Saint-Exupery, dont on ne compte plus le nombre d’écoles ou d’aéroports portant son nom. « Je transporte des lettres, des rêves dans les étoiles, chante Calogero. Je suis facteur du ciel pour l’Aéropostale. Je regarde le monde depuis mon appareil. C’est beau comme vu d’ici, on a tous l’air pareil. Voler de nuit comme Saint-Exupéry. Voir le monde d’en haut sans le prendre de haut. »

En ce jeudi 27 septembre, il n’y a pas de Breguet XIV ni de Latécoère XXVIII mais des Cessna, des Robin ou des Beechcraft sur l’aérodrome de Francazal, au sud-ouest de Toulouse, d’où a décollé le raid Latécoère-Aéropostale. Depuis 2007, l’association du même nom propose chaque année à tous les passionnés d’aéronautique de suivre la ligne mythique et de voler dans le sillage de ceux qui ont marqué son histoire.

« L’idée est venue au cours d’une navigation aérienne entre Tarfaya et Dakhla [Sahara occidental], se souvient Hervé Berardi, président du raid Latécoère-Aéropostale et pilote de ligne. On voulait créer un événement qui suive le parcours de l’Aéropostale tout en organisant des actions de solidarité entre les écoles des pays traversés. Comme à l’époque de Mermoz, l’avion n’est qu’un trait d’union entre les populations, un moyen de tisser un lien entre elles. »

Le 25 décembre 1918, Pierre-Georges Latécoère et son pilote René Cornemont ralliaient Toulouse à Barcelone et inauguraient ainsi le premier tronçon de la fameuse ligne aérienne. Un siècle plus tard, soixante avions, soit quasiment le double qu’en 2017, se sont envolés de la Ville rose pour commémorer cet exploit. Le Monde Afrique était à bord de l’un d’eux.

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