DECROIX : « JE M’ATTENDS TOUJOURS AU PIRE… »

Mamadou Diop Decroix bout de rage. D’habitude très prolixe, le leader de Aj/Pads, membre du Front de résistance nationale (Frn) cherche ses mots. Decroix est énervé et ne s’en cache pas d’ailleurs. «Je suis énervé», avoue-t-il, le ton haut. Interpellé suite au sit-in avorté de l’opposition d’avant-hier, puis relâché dans la matinée d’hier, Decroix ne s’avoue pas vaincu. Selon lui, reculer dans ce combat pour le respect des libertés, ne serait que lâcheté.

Vous avez passé la nuit dans les locaux du commissariat du Plateau, suite à votre interpellation lors de votre manifestation d’avant-hier, qu’est-ce qui s’est réellement passé ?

Nous avons été à la Police. Ils (les policiers, Ndlr) nous ont retenus là-bas jusqu’à 6 heures du matin et nous ont libérés. C’est tout ce qui s’est passé.

Avez-vous été brutalisés?

Non. Nous n’avons pas été brutalisés. Pendant l’arrestation, il y a eu des tiraillements. Ils ont voulu m’arrêter, j’ai refusé, parce qu’il n’y avait pas d’état d’urgence ni d’état d’exception. Les citoyens circulaient librement à Sandaga, je ne vois pas pourquoi on doit m’arrêter à Sandaga, alors qu’on laisse les autres circuler. C’est une violation de ma liberté de circulation.

C’est parce que vous vous dirigiez vers le ministère de l’Intérieur que vous avez été arrêté, non ?

Ce n’est pas une raison. Ils devaient m’attendre au ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas parce que je dis que je vais au ministère de l’Intérieur qu’ils doivent m’arrêter à Sandaga. C’est une violation et j’ai refusé d’obtempérer, parce que j’ai des libertés, je dois les exercer.

Qu’avez-vous ressenti quand les policiers vous ont mis de force dans leur véhicule ?

Cela ne me fait absolument pas mal. Je n’ai pas eu mal. Ensuite, même s’ils m’avaient fait mal, quel est le problème ? Les gens ne comprennent pas ce combat. Est-ce que vous avez vu dans l’histoire de l’humanité, un peuple s’émanciper, se libérer, sans en payer le prix ? Ce n’est pas possible.

Est-ce que vous vous attendiez à cela ?

Peut-être à pire. Je m’attends toujours au pire pour faire face au moins mauvais. C’est ma formule.

Pourquoi insistez-vous pour tenir un sit-in à la place Washington, alors que c’est toujours interdit ?

Vous voulez qu’on arrête d’aller là-bas ? On ne changera rien du tout. Je ne suis pas pour qu’on change quoi que ce soit. Ils interdisent les manifestations à la place Washington. Cette interdiction est contre la Constitution et contre la loi.

Et l’arrêté Ousmane Ngom, vous en faites quoi ?

Je ne parle pas d’arrêté, je parle de Constitution et de loi, qui sont supérieures à un arrêté. Etre là-bas, c’est exercer ses libertés. Si eux (les tenants du pouvoir, Ndlr), ils décident d’interdire aux gens d’exercer leurs libertés, les gens exerceront leurs libertés. Advienne que pourra. C’est tout.

Si c’était à refaire…?

On sera là-bas peut-être dès la semaine prochaine. Nous y retournerons. Il faut qu’on sache si nous sommes des lâches ou des gens qui ont de la dignité. On ne peut pas dire que puisqu’il y a un arrêté, même s’il viole les lois, il faut changer de lieu, ça, c’est de la déversion, c’est de la lâcheté. Ceux qui sont lâches sont libres de l’être, mais il faut laisser à ceux qui veulent exercer leurs libertés, le droit de le faire. Si on ne peut pas nous soutenir, qu’on nous laisse tranquilles. En fonction du bord où ils sont, certains changent de discours et d’attitude, ce n’est pas mon cas. J’ai attaqué publiquement le ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom, quand j’étais ministre du Commerce sous Me Abdoulaye Wade. Il a bousculé les Oumane Tanor Dieng et les Amath Dansokho dans une manifestation comme celle que nous avons organisions hier. Je me suis élevé publiquement contre cela. Je défends des principes.

Vous avez l’air très énervé ?

Je suis énervé parce que parfois, il y a des choses qui énervent, mais ça passe très vite. Ce qui s’est passé hier (avant-hier, Ndlr), c’est une catastrophe. Quand ils se satisfont de taux de croissance, ils pensent que tout leur revient, mais c’est parce que l’opposition est très républicaine. Ce qu’on est en train de faire, si on le faisait depuis 2000, vous pensez que des investisseurs viendraient dans ce pays ? Quand vous avez des opposants qui essaient de se battre dans le cadre des libertés qui sont définies par la Constitution, vous leur tapez dessus, vous croyez qu’ils ont peur, on verra. Cette affaire-là, ce n’est qu’un début, ça augmentera et ça s’accroîtra et s’approfondira.

Le régime en place dit que vous avez peur d’aller aux urnes parce que persuadés de votre défaite, c’est pourquoi vous voulez saboter les élections. Est-ce le cas?

Allez demander dans les grands-places, les bureaux, parlez avec eux et vous saurez ce que les Sénégalais pensent de leur gestion. Ce qui m’intéresse, c’est l’expression de nos libertés.

Et vous n’allez pas reculer ?

Jamais. Pourquoi reculer ? Reculer, c’est trahir ceux qui se sont battus pour que ces libertés soient instaurées. Ceux qui se sont battus pour cela, reculer aujourd’hui, alors que le pouvoir piétine les libertés, c’est trahir ces gens-là.

Igfm

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