Défaite du Pr Abdoulaye Bathily : Un échec personnel du président Macky Sall (Par Pape SAMB)

Défaite du Pr Abdoulaye Bathily : Un échec personnel du président Macky Sall (Par Pape SAMB)

Le «succès diplomatique» du Sénégal dans la crise gambienne est l’arbre qui cache la forêt. En réalité, on ne sait pas trop ce qu’on a fait à nos voisins, mais le Sénégal sous Macky Sall est dans un cercle de feu, pris dans un étau par des Etats frontaliers qui ne lui veulent pas que du bien.

En politique étrangère, les expatriés Sénégalais sont traqués aux quatre coins du monde où ils sont emprisonnés ou assassinés tous les jours. L’Etat du Sénégal fait le mort. Comme toute réponse, la diplomatie sénégalaise déclare : «Nous suivons ces affaires de très près».

Le Directeur des Sénégalais de l’extérieur, Sory Kaba, ne montre sa tronche que pour annoncer les mesures prises par l’Etat du Sénégal pour… le rapatriement des dépouilles de nos compatriotes trucidés à l’étranger.

Au nord du Sénégal, les garde-côtes mauritaniens tirent sur les pêcheurs Guet Ndariens comme sur des lapins et arraisonnent leurs embarcations dès que ces derniers commettent l’imprudence de pénétrer dans leurs eaux territoriales sans avoir la licence de pêche.

Pour comprendre les relations tendues entre le président Mohamed Ould Abdelaziz de la Mauritanie et Macky Sall du Sénégal, il faut remonter au XVème Sommet de la Francophonie organisé à Dakar les 29 et 30 novembre 2014.

Le président Abdelaziz a d’abord préféré se taire après avoir été refroidi quand les organisateurs l’ont programmé à la fin du cérémonial d’ouverture.

Il a estimé que sa qualité de président en exercice de l’Union africaine devait le pousser vers l’avant dans l’ordre protocolaire.

C’est ainsi qu’il a préféré se retirer de la conférence de Dakar et rentrer chez lui, plus tôt que prévu, en signe de protestation contre ce qu’il a considéré être une tentative d’humiliation pour l’Afrique dont il était à l’époque le représentant institutionnel.

A cela s’ajoute la question du Sahara occidental. Nouakchott est en effet très remonté contre notre pays qui avait pesé de tout son poids pour un retour du Maroc au sein de l’Union africaine lors du 27ème sommet panafricain. Un retour mal vu par la Mauritanie qui soutient la République Arabe Sahraouie.

Au Sud, la Guinée Conakry du président Alpha Condé ne décolère pas contre notre pays depuis l’affaire Ebola. L’on se rappelle que le président guinéen, Alpha Condé, qui n’arrivait pas à digérer l’isolement de son pays par le Sénégal qui avait fermé ses frontières, avait menacé de boycotter le XVème Sommet de la Francophonie qui s’est tenu au Sénégal.

Une bouderie évitée de justesse par la visite express, qualifiée de visite «de la dernière chance» faite par François Hollande en Guinée, afin d’arrondir les angles et le convaincre à faire le voyage de Dakar.

Qu’à cela ne tienne le président Condé ne s’est pas privé, une fois à Dakar, de régler des comptes à qui de droit pendant le Sommet. En déclarant que «l’isolement et la stigmatisation sont plus nocifs qu’Ebola», il a jeté une grosse pierre dans le jardin du président Macky Sall.

A l’Est, le Mali du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en veut encore au Sénégal d’avoir offert l’asile à l’ex-président malien Amadou Toumani Touré (ATT) en exil à Dakar depuis avril 2013, suite au coup d’Etat militaire du capitaine Amadou Haya Sanogo.

En 2014, le président IBK avait même envisagé de contourner le port de Dakar au profit de ceux de Nouakchott et d’Abidjan. Bamako demandait purement et simplement l’extradition du président ATT.

A l’intérieur du Sénégal, la Gambie, qui est une enclave dans le Sénégal ou, pour paraphraser Amadou Hampaté Bâ, «cette banane engloutie dans la gueule du Sénégal», était jusqu’à une date récente, sous le règne du président Yahya Jammeh, un véritable cauchemar pour Dakar.

Pour les beaux yeux de ce Yahya Jammeh, le président Macky Sall, au mépris de la légendaire Teranga sénégalaise, n’avait pas hésité à chasser Kukoï Samba Sanyang  pour le Mali où il décèdera le mardi 18 avril 2013.

Le 14 janvier 2015, l’opposant gambien Cheikh Sidya Bayo sera, à son tour, expulsé du Sénégal et jeté dans un avion qui va le larguer en France.

Il s’y ajoute que le président Macky Sall s’est révélé comme un piètre médiateur quand, du haut de sa stature de président en exercice de la Cedeao, il avait failli mettre la Burkina Faso à feu et à sang, lorsqu’il avait, de façon maladroite et malhabile, voulu donner le beau rôle au putschiste Gilbert Diendéré.

D’ailleurs, le président Macky Sall devait être mal à l’aise d’assurer la présidence tournante de la Cedeao, une communauté à laquelle il avait manqué de respect en refusant de se conformer à l’arrêt rendu par sa Cour de justice, le 22 février 2013, condamnant l’Etat du Sénégal au sujet de l’interdiction de sortie du territoire sénégalais opposée à Karim Wade et à cinq autres anciens ministres du Pds.

Mauvaise perdante et manquant de fair play devant ce verdict défavorable à l’Etat du Sénégal, Mimi Touré, alors ministre de la Justice du Sénégal, avait sorti cette phrase aussi malheureuse que maladroite : 

«Aucun règlement de la Cedeao ne l’autorise à adresser des injonctions à l’Etat du Sénégal». Qu’est-ce qui devait se passer dans la tête d’un président Macky Sall qui avait ainsi snobé la Cedeao et qui s’est trouvé, après, devoir la diriger et en devenir la personne morale ?

En politique intérieure, le président Macky Sall n’en mène pas large. Son étoile a beaucoup pâli depuis longtemps. Ses nombreux reniements sont passés par là : gouvernement de 25 ministres maximum, 500 000 emplois par an a minima, réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans, etc.

En plus des contre-performances économiques notoires, le recul démocratique est avéré avec l’embastillement de tous les hommes de refus qui ne sont pas prêts à courber l’échine ou à transhumer vers l’Apr.

Le président Macky Sall est même à l’origine de l’implosion du Parti socialiste (Ps). Comme le dit avec une rare pertinence Me El Hadji Amadou Sall du Pds, «l’œuvre de Senghor est totalement vendangée et le taiseux Abdou Diouf, devenu subitement bavard, pourrait se retrouver avec Ousmane Tanor Dieng, son successeur, au directoire de l’Apr». Dans une alliance contre-nature, lui le libéral Macky Sall s’est acoquiné avec les socialistes.

Il a adoubé Ousmane Tanor Dieng en lui offrant le Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) sur un plateau d’argent et est en passe de jeter en prison tous les «trublions» qui empêchent le maire de Nguéniène de dormir du sommeil des justes : Bamba Fall, Barthélémy Dias, Khalifa Sall, etc.

Il déroule le tapis rouge au président Abdou Diouf en le logeant, aux frais de la princesse, dans les meilleurs palaces de la place à chaque fois que ce dernier débarque dans son pays où, tenez-vous bien, il n’a même pas de pied-à-terre, après y avoir été Premier ministre pendant 10 ans et président de la République pendant 20 ans. Le président Macky Sall a même baptisé le centre international de conférences de Diamniadio au nom d’Abdou Diouf.

Tout le monde connaît «Keur Senghor» à Fann-Résidence (appelé encore «les dents de la mer» et transformé aujourd’hui en musée). Tout le monde connaît «Keur Ablaye Wade» au Point E.

Malheureusement, le président Macky Sall l’a fait saisir et immatriculer au nom de l’Etat du Sénégal car comptabilisé dans les biens de Karim Wade dans le cadre de la traque des biens supposés mal acquis. Résultat des courses, le président Abdoulaye Wade est condamné à résider à Versailles en France.

Et quand l’ex-mentor de Macky Sall a le mal du pays et rentre au bercail, il squatte le domicile de Me Madické Niang à Fann-Résidence, sinon il risque de dormir à la belle étoile. Tout le monde connaît, enfin, «Keur Macky Sall» à Fenêtre-Mermoz. Mais, qui a une seule fois entendu parler de «Keur Abdou Diouf» quelque part au Sénégal ?

Etre à ce point aux petits soins du président Abdou Diouf et martyriser en même temps le président Abdoulaye Wade, en le chassant de sa propre maison, puis en envoyant son fils Karim Wade en exil au Qatar, il n’y a qu’un nommé Macky Sall pour arriver à ce niveau de cruauté et d’ingratitude. Pourtant, toutes proportions gardées, en dehors du Bon Dieu et de ses deux géniteurs, tout ce que Macky Sall a obtenu dans sa vie, il le doit à Abdoulaye Wade.

Pendant ce temps, les gangs font la loi dans le pays en attaquant des banques avec des armes de guerre. La semaine dernière, à Yeumbeul, des bandits suréquipés ont en effet attaqué à l’arme lourde une banque et, au prix d’une fusillade monstre, sont arrivés à tenir en respect les policiers venus à la rescousse.

A la fin, ils ont emporté comme butin un coffre-fort bourré de plusieurs centaines millions de nos pauvres francs. Des coupe-gorge tuent à coups de machettes des pauvres pères de famille sous les yeux de leurs femmes et enfants, tout juste pour leur soutirer de l’argent.

Le Sénégal a peur. L’inflation est de retour avec les prix des denrées qui flambent. Les malades du cancer sont abandonnés à leur sort et sont condamnés à une mort certaine à cause de la énième – et cette fois-ci définitive – panne de la seule machine de radiothérapie de l’hôpital Aristide Le Dantec, qui coûte à peine 2 milliards de francs Cfa.

L’on parle de Sénégalais malades du cancer qui, en situation d’urgence, sont référés vers des structures hospitalières… de la Mauritanie voisine, un pays limitrophe, équipée pour sa part d’appareils de radiothérapie dernier cri. Déjà que ce même hôpital, Le Dantec, a sa maternité fermée depuis Mathusalem, faute de moyens.

Pendant ce temps, pour se donner les moyens et créer les conditions de sa réélection en 2019, tout ce qui l’intéresse, le président Macky Sall met sur pied à tour de bras des institutions inutiles et budgétivores, pour caser une clientèle politique ou des alliés pas encore servis et jamais rassasiés.

Le Conseil économique, social et environnemental (Cese), le Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) et la Commission nationale de dialogue des territoires (Cndt) brassent plusieurs dizaines de milliards qui pouvaient servir plus utilement, en permettant, par exemple, l’achat de plus d’une dizaine de machines de radiothérapie de dernière génération, de rouvrir la maternité de Le Dantec et d’en construire d’autres encore, de résorber en partie le chômage des jeunes ou de renforcer en qualité et en quantité les forces de sécurité pour lutter contre l’insécurité et le grand banditisme dans le pays plutôt que de s’auto-glorifier d’occuper le rang de 7ème contributeur mondial dans l’envoi de troupes pour le maintien de la paix.

Se sentant de plus en plus impopulaire, le président Macky Sall essaie de jouer de ruse avec l’opposition, au moyen de combines et de micmacs politiciens. Il y avait cette histoire de la machine qui fabrique les cartes nationales d’identité qui était tombée subitement en panne à quelques encablures du référendum du 20 mars 2016, privant du coup plus de 200 000 Sénégalais de leur possibilité de voter.

Tout le monde vit et déplore la lenteur et les tracasseries dans les opérations d’inscription pour l’obtention de la carte biométrique Cedeao, ce qui rend de plus en plus probable et plausible le report des élections législatives pour… 2019 et les coupler avec l’élection présidentielle.

C’est tout le sens du ballon de sonde lancé par Djibo Kâ, sans doute aiguillonné et envoyé au charbon par le président Macky Sall pour tâter le pouls des Sénégalais. Mais, c’était sans savoir que les Sénégalais, dans leur écrasante majorité, qui en ont ras le bol et qui sont en désamour avec le président Macky Sall qu’ils avaient pourtant plébiscité à 65 % des suffrages il y a cinq ans, n’attendent que l’heure H pour lui faire sa fête.

D’autre part, le dilatoire du gouvernement dans ses négociations avec l’opposition est manifeste. Le dernier avatar en est la trouvaille du régime de sortir de son chapeau de magicien le fameux pôle des indépendants, ce qui a eu le don de décupler l’ire de Mankòo Wattu Senegaal qui a déjà fort à faire avec le combat pour le dessaisissement du ministre Abdoulaye Daouda Diallo de l’organisation des élections.

Résultat des courses, à la énième tentative d’entourloupettes via une invitation du président Macky Sall à une rencontre, fixée pour le vendredi 27 janvier dernier, dans le but de les divertir encore et gagner du temps tout en cherchant à la diviser, l’opposition l’a tout bonnement envoyé promener en boycottant ledit rendez-vous.

Dès lors, le dialogue politique au Sénégal est au point mort, la situation sociale explosive. C’est donc dans ce contexte d’hostilité ambiante de la part de ses pays frontaliers et de tension à l’extrême à l’intérieur du pays, que l’élection du président de la Commission de l’Union africaine s’est tenue à Addis-Abeba.

Avant d’arriver à cet épilogue, le Sénégal s’était grandement engagé à porter la candidature du Pr Abdoulaye Bathilly à la présidence de la Commission de l’Union africaine, et le président Macky Sall a tenté la gageure de rallier à sa cause ses homologues africains.

Il a voulu faire de cette candidature une affaire personnelle, un défi personnel à relever coûte que coûte. Quel que fut le prix à payer. Pour ce faire, le chef de l’Etat a envoyé un commando de ministres un peu partout en Afrique pour défendre la candidature de Bathily auprès de toutes les diplomaties africaines.

Une affaire qui lui tenait à cœur, raison pour laquelle il a usé de tous les moyens à sa disposition pour faire passer son candidat. Il y a eu un déploiement sans précédent de missions ministérielles dans tout le continent. Les ambassadeurs sénégalais dans les pays africains ont également été mis à contribution pour «imposer» dans leur espace diplomatique la candidature du Pr Abdoulaye Bathily.

Les ministres du gouvernement sénégalais ont ainsi déserté leurs ministères pour sillonner le continent. Après l’étape du Mozambique, Mankeur Ndiaye, ministre des Affaires étrangères, accompagné du Pr Abdoulaye Bathily, a été reçu par le président Jacob Zuma de l’Afrique du Sud. Me Sidiki Kaba, ministre de la Justice, a été dépêché au Congo, au Gabon et en République Centrafricaine. Oumar Guèye, ministre de la Pêche, en Tunisie.

Le ministre sénégalais chargé du Plan Sénégal émergent (Pse), Abdoul Aziz Tall, a été reçu en audience par le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, à qui il a remis «une lettre personnelle du président Macky Sall», puis s’est rendu en République démocratique du Congo, en Angola, en Guinée Bissau, au Mali, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, s’est rendu au Caire, en Egypte et au Soudan.

Le ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, Mamadou Talla, a été envoyé en Erythrée. Pour sa part, le président Macky Sall a mis les bouchées doubles pour décrocher en faveur du candidat du Sénégal, Abdoulaye Bathily, des soutiens un peu partout en Afrique.

Le chef de l’Etat a ainsi profité de son voyage à Marrakech (Maroc), pour la COP 22 sur le climat et au Sommet de la Francophonie, à Madagascar, en fin novembre 2016, pour faire la campagne auprès de ses pairs africains. Il faut rappeler aussi que lors de la dernière visite du roi Mohamed VI à Dakar, cette candidature a été au centre des discussions entre le souverain chérifien et Macky Sall. Ce dernier s’en est aussi ouvert à ses pairs dans les couloirs du siège des Nations-Unies lors de la signature de l’Accord sur le climat.

Pour défendre la candidature de Bathily, le président Macky Sall n’a pas aussi hésité à ferrailler avec les journalistes étrangers qui trouvaient à redire. En réponse à la question de savoir s’il n’y avait pas un risque de voir les pays soutenant la République Arabe Sahraouie Démocratique voter pour un autre candidat qu’Abdoulaye Bathily, vu les excellents rapports entre le Maroc et le Sénégal, le chef de l’Etat a appelé à «faire la dichotomie entre la candidature d’Abdoulaye Bathily et la question du Maroc». «Cela n’a rien à voir», a-t-il précisé. «Le Maroc est un pays ami du Sénégal, ça c’est un fait.

La candidature du Sénégal est la candidature du Sénégal. Seuls ceux qui veulent combattre cette candidature veulent créer l’amalgame, cela n’a rien à voir», a-t-il rectifié. Le Sénégal, pour la bonne cause, a même sacrifié Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, qui avait pourtant toutes les chances de gagner, en retirant sa candidature pour la présidence de la Banque africaine de développement (Bad), dans un deal avec le Nigéria pour laisser le poste à ce pays en échange de son soutien à la candidature du Pr Abdoulaye Bathily à l’Union africaine.

Tout cela démontre que le président Macky Sall s’était fortement engagé dans cette campagne et a tout fait pour faire passer son poulain par tous les moyens. En plus, le gouvernement du Sénégal a mis à la disposition du Pr Bathily un avion pour faciliter ses déplacements et lui permettre de déchirer les entrailles du ciel, à chaque fois que l’envie l’en démangeait.

Malgré cette campagne tous azimuts, la candidature du Sénégal à la présidence de la Commission de l’Union africaine a fait chou blanc. Mais, pour qui sait interpréter certains signes et lire entre les lignes, malgré la posture de favori qu’il avait endossée, rien n’était joué a priori pour le Pr Abdoulaye Bathily.

D’autant qu’en face, ses challengers n’étaient pas des manchots. Mais, qu’on ne s’y méprenne pas. La personne du Pr Abdoulaye Bathily n’est pas en cause.

L’homme a le profil de l’emploi et avait des chances réelles de gagner. Le Pr Abdoulaye. Bathily  est un intellectuel connu pour sa rigueur et ayant plus de 40 ans d’expérience dans les domaines politique et académique. Il a eu à travailler sur des questions africaines et internationales, avec un réseau important dans les secteurs politique et académique, militaire et sécuritaire.

Ses récentes missions au service de la paix et de la diplomatie mondiales (Représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies pour l’Afrique centrale et Représentant spécial-adjoint du Secrétaire général des Nations-Unies pour le Mali) étaient, entre autres, des atouts majeurs que le Sénégal a essayé de faire peser sur la balance pour la faire basculer. Le président Macky Sall a bien misé sur un bon cheval.

Le problème se trouve ailleurs. Sur le parieur lui-même : Macky Sall. Il a joué et misé, mais a perdu sa mise. Echec et mat ! On est loin du temps où tout ce que le président Macky Sall touchait se transformait en or.

Aujourd’hui, le leadership du Sénégal dans la sous-région et en Afrique est contesté. La candidature du Pr Abdoulaye Bathily, quoique portée par la Cedeao, s’est heurtée aux tirs groupés d’Alger, de Nouakchott et de Pretoria. La candidature de Bathily a eu également à souffrir de la scission au sein de la Cedeao avec le Togo qui avait décidé d’appuyer la candidature kenyane.

Il y a aussi, la déclaration sibylline de Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères du Mali, en marge du 27ème Sommet France-Afrique : «Le Mali votera au premier tour pour le Sénégalais Abdoulaye Bathily (…) Au cas où il y aurait ballotage et donc l’organisation d’un second tour pour départager les candidats, il y a une dynamique régionale dans laquelle le Mali se situe, et le chef de l’Etat malien, Ibrahim Boubacar Keïta appréciera la situation à la lumière de cette dynamique régionale. En outre, comme il s’agit de vote, en fonction de l’évolution, le Mali reste solidaire de ce qui se décide dans l’ensemble régional, mais aussi reste ouvert à examiner la situation en fonction de la situation réelle au moment de ce vote ». Aïe !

Tout compte fait, Nairobi, capitale d’un Kenya classé 18ème pays africain le plus développé, selon un classement du Pnud sur le développement humain dans le monde, en recueillant l’avis favorable de plusieurs Etats francophones comme anglophones, a eu, petit à petit, à repositionner sa candidate, Amina Mohamed, comme un client sérieux au sacre.

Mais, alors que tout le monde attendait les deux favoris, Abdoulaye Bathily du Sénégal et Amina Mohamed du Kenya, un troisième larron, sorti du bosquet, les a coiffés au poteau et a raflé la mise : le Tchadien Moussa Faki. Au finish, le Sénégal s’est loupé au poste de président de la commission de l’Union africaine, à l’image des «Lions» du football, deux jours auparavant en quarts de finale de la Can Gabon 2017 face aux «Lions indomptables» du Cameroun.

Une élimination qui ôte au président Macky Sall toute possibilité opportuniste d’une récupération politique si les «Lions» avaient remporté le titre continental au Gabon. Pour la présidence de la Commission de l’Union africaine, il faudra repasser.

La défaite du Pr Abdoulaye Bathily, sans doute un grand revers de la diplomatie sénégalaise, est surtout un cuisant camouflet personnel du président Macky Sall qui avait bien besoin de succès à ce niveau pour rebondir, et qui devra désormais se trouver d’autres challenges ainsi qu’un supplément d’âme pour bien se remettre de ses soucis et déboires sénégalo-sénégalais, avant de songer à aller de nouveau à la reconquête de l’Afrique.

Pape SAMB

papeaasamb@gmail.com

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