October 21, 2017
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Des «élections anticipées», nouveau credo de La France insoumise

Depuis quelques jours, les partisans de Jean-Luc Mélenchon répètent que la situation sociale aboutira à un départ anticipé de l’exécutif.

Un autre gouverne encore la France mais ils se tiennent déjà prêts à le remplacer. Et avant même la fin de son quinquennat. Depuis quelques jours, des élus de La France insoumise font monter une petite musique : élections anticipées il y aura. Lors du discours de clôture du week-end de rentrée des insoumis, Jean-Luc Mélenchon affirmait ainsi : «Nous sommes prêts à gouverner demain s’il le faut.» Laissant entendre, en filigrane, qu’Emmanuel Macron pourrait bien ne pas rester. Car les insoumis comptent bien le mettre sous pression. «Nous proclamons en septembre la mobilisation générale contre le coup d’Etat social» fomenté par le Président, a déclaré le député, alors qu’une journée de mobilisation contre la réforme du code du travail est prévu le 23.

Lundi, c’était au tour du député Alexis Corbière, interrogé par Patrick Cohen, de relancer l’idée et d’entrer dans les détails du plan. «Il pourrait y avoir dans ce pays une situation où le gouvernement et le président de la République, à juste raison, considèrent qu’il faut peut-être des élections anticipées, voire un référendum […] S’il y avait par exemple des mobilisations sociales qui se multiplient, des sondages qui le scotchent en dessous de 10%… Il peut y avoir un moment démocratique ou celui qui est en responsabilité dit “je ne vais pas jusqu’au bout”.»

Pas vraiment la définition d’un coup d’Etat, contrairement à ce qu’a laissé entendre le professeur de philosophie et chroniqueur Raphaël Enthoven. Point de départ de son billet offusqué, une phrase prononcée par Raquel Garrido, dans la même veine que celles de ses collègues. «On peut brusquer les événements. On ne va pas attendre 2022 !», a-t-elle déclaré, toujours lors du week-end de rentrée de La France insoumise. Une phrase que l’intéressée confirme à Libération avoir prononcé, précisant qu’elle avait pour cadre une conférence sur l’Assemblée constituante. «Une chose est de rapporter des doléances, toute autre est de menacer d’un coup d’Etat si elles ne sont pas entendues», s’est alors indigné le chroniqueur, lançant un débat qui s’est poursuivi sur Twitter.

Trois cas de figure

«Mais qui a menacé de faire un coup d’état ??, s’est agacée Raquel Garrido. Critiquez-nous, affrontez-nous, ok. Mais ces délires verbaux sont grotesques !» Réponse de l’intéressé : «Auriez-vous la bonté d’expliquer au grotesque comment vs comptez arriver au pouvoir avant 2022 sans coup d’Etat ?» Et retour à l’envoyeur : «Par des élections anticipées. Vous faites complètement fausse route, Raphaël. La révolution citoyenne doit absolument être pacifique et légale pour marcher.»

Les moyens légaux existent mais il semble peu probable qu’ils aboutissent. Il existe trois cas de figure où un Président ne termine pas son mandat : la mort – comme ce fut le cas pour Pompidou en 1974 –, la démission – qu’a choisi De Gaulle en 1969, après l’échec de son référendum sur les régions –, ou la destitution, possible depuis la révision constitutionnelle de 2007 mais encore jamais mise en œuvre. La procédure qui mène à la destitution doit être déclenchée par l’Assemblée ou le Sénat «en cas de manquement [du président] à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat». Encore faut-il que les deux tiers de leurs membres votent pour. Pour rappel, la procédure lancée contre François Hollande, dont la majorité était bien plus friable que celle de son successeur, pour divulgation d’informations secrètes après la parution du livre Un président ne devrait pas dire ça, n’avait pas abouti, loin de là.

Reste en fait une dernière option, puisque les partisans de La France insoumise ne demandent «qu’à» gouverner (pas forcément à présider) : qu’Emmanuel Macron décide de dissoudre l’Assemblée et perde à cette occasion sa majorité, comme l’expérimenta Jacques Chirac en 1997, déclenchant la seconde cohabitation.

Dégagisme ambiant

On peut raisonnablement douter de la réalisation de l’un de ces scénarios dans un futur proche. Mais les amis de Jean-Luc Mélenchon ont fait un pari, histoire de mobiliser les troupes et de conforter leur position d’opposants numéro 1 : le manque de légitimité d’un président mal élu, allié au dégagisme ambiant aura raison de Macron. Pour déclencher la vague de ras-le-bol, manquait simplement un événement déclencheur qui a pris pour forme une réforme du code du travail pas franchement bienvenue. Interrogée sur la façon dont ils pourraient arriver au pouvoir, Raquel Garrido expose à Libération : «La première possibilité est un collapse du pouvoir affaibli par sa propre politique. Il n’a pas assez de légitimité démocratique pour se qu’il s’apprête à faire.»

A l’annonce des résultats de la présidentielle comme des législatives, Jean-Luc Mélenchon martelait déjà que seule l’abstention était majoritaire. Il expliquait y voir «une énergie disponible, pour peu que nous sachions l’appeler au combat». L’adversaire étant le pouvoir en place, choisi par défaut, ayant réussi à passer entre les mailles du filet dégagiste par un concours de circonstances appelé, entre autres, le FN.

Il prévoyait encore au mois de juillet : «Il faut donc se préparer à connaître des moments de grande instabilité institutionnelle et politique. […] La rédaction des ordonnances sur le code du travail et les autres avatars du type Pénicaud vont conforter un nouvel épisode dégagiste dans la conscience populaire.» Et de conclure : «Notre tour pourrait venir plus vite que prévu». «Le dégagisme devrait en toute logique l’atteindre aussi», se persuade également Raquel Garrido, peut-être confortée par la chute du président dans les sondages. Selon le raisonnement qu’ils déroulent, il serait en outre légitime que le pouvoir laisse le champ libre. Ce n’est autre que Macron qui est en train de faire «un coup d’Etat social», affirment-ils, arguant que son projet de réforme du code du travail n’avait pas été clairement énoncé avant l’élection ni débattu à l’Assemblée ensuite.

Cette prétention à dégager un pouvoir élu entre également en résonance avec la conception de la souveraineté du peuple portée par les insoumis. «Elle n’est pas intermittente. On ne range pas notre cerveau au placard jusqu’aux élections», explique Raquel Garrido à Libération. C’est la raison pour laquelle l’Avenir en commun, le programme de Jean-Luc Mélenchon, proposait de révoquer les élus par référendum. Faute d’avoir été élu et de pouvoir l’appliquer, il devra se contenter des options prévues par la Constitution.

Charlotte Belaich

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